‹ Conscience et science du devoirChapitre 174 sur 331 · PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE VII · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE VII

pire à la réalisation d'une expiation due. Plus elle sera cruelle, plus il atteindra sûremeut la purification cherchée. Sans doute, si son cœur sent quelque noble joie à se sacrifier pour autrui, il ne refusera pas la sainteté de cette joie ; (sa logique deviendrait tout-à-fait absurde, en lui ordonnant la méchanceté, pour mortifier son désir d'être bon. . . ) M ais toute volupté qui n'apporterait du bien-être qu'à lui, il la repoussei'a : plus il s'aimera, plus il prendra pour règle l'abnégation. Ce n'est pas à son profit que le vigneron cultive, que le manufacturier fabrique. Ce qu'il veut, c'est l'holocauste perpétuel de ses désirs, ce sont les macérations. Heureux surtout s'il trouve, en confessant sa foi, le martyre, salutaire délivrance, fin glorieuse ardemment désirée!

Ne parlons pas à l'ascète de la personnification de l'humanité! Ne lui disons pas qu'elle se développe, distincte de l'individu, dans un perfectionnement progressif..... Ce perfectionnement se changerait, pour l'ascète, en redoublement de la sévérité de Dieu. Que serait l'augmentation d'un bien-être tentateur, sinon une série d'occasions plus multipliées de séductions à éviter : donc une série de rigueurs de plus, imposées à l'héroïsme de la pénitence?

Cette seconde partie de la formule du spiritualisme ascétique nous parait devoir être réfutée.

683. Pour entamer cette réfutation, divisons notre tâche. — Distinguons deux sortes de souffrances, savoir : i^ la souffrance qu'on s'impose à soi-même, pour soimême; 2" la souffrance qu'on accepte dans l'intérêt d'autrui .

tm CONSCIENCE ET SCIENGB DU DEVOOU

Gela fait, démontrons rimpossibilité de trouTor un premier principe de la science du devmr dans k recherche absolue de Tune ou de Fauta^e de ces deax souffrances.

684. ImpossiHlité de trouver un premier principe de la science du devoir ^ dans la recherche absolue de la souffrance quon s'impose à soi-même f pour soimême. — Dire qu'on doit se tracer, pour loi, la privation de toute jouissance, c'est accuser Dieu d'une in« justifiable rigueur.

Est-il conforme à l'idée que nous nous faisons des perfections de sa bonté, de croire qu'il a créé le soleil pour nous donner le mérite d'en fuir les rayons bien« faisants? qu'il a donné à l'homme l'activité, pour Yétouffer dans l'abstention? la sensibilité, pour la blesser dans tous les froissements? tous les dons de la sociabilité, pour les laisser sans emploi? Non! La loi générale n'est pas que tout homme soit « un sublime es- « clave comme Ëpictète, appliqué à bien supporter la « mauvaise fortune, sans s'efforcer de la surmonter, « ou, comme l'auteur de l'Imitation^ l'angélique ha- « bitant d'un cloître*. »

Epictète et Gerson seraient les premiers à affirmer que Dieu ne nous a pas donné la vie pour nous permettre de la détruire à notre gré. Etouffant avec résignation tout murmure, l'obéissance humaine doit accepter l'épreuve entière. L'abréger volontairement serait un crime. Eh bien! rechercher la souffrance pour la souffrance môme, c'est distinguer illogique-

* Cousin, Le Vrai^ le beau, le bien, 12' leçon.

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