‹ Conscience et science du devoirChapitre 182 sur 331 · PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE VH · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE VH

leurs devoirs. La condition de chacun doit être en rapport avec le mérite de ses efforts.

L'égalité absolue, promenant, sur toutes les têtes, un inflexible niveau, attribuant à tous les membres d'une association des parts mathématiquement adéquates, est, d'après Montesquieu, aussi loin de la véri'* table égalité que « le ciel est éloigné de la terre *. »

C'est, suivant la belle expression de Vergniaud, l'égalité du lit de Procuste.

693. Egalité proportionnelle, voila tout ce qu'il est possible de demander. L'égalité proportionnelle, c'est l'égalité raisonnable, la seule qui mérite le nom ffégalité. C'est celle dont Leibnitz a dit : « JSquita^, « seu œqualîtaSy id est duorum pluriumve ratio vel (c proportio, consistit in harmonia, seu congruentia^ . »

694. Formulons les trois conséquences de Y égalité proportionnelle :

Egalité dos devoirs, proportionnelle aux aptitudes.

Egalité des droits, proportionnelle aux devoirs à remplir.

Egalité des conditions, proportionnelle aux devoirs remplis.

696. 1'® conséquence. — Egalité des devoirs, proportionnelle aux aptitudes. — Il est entré dans les d^seins de la Providence de créer des inégalités dans les aptitudes. Ces inégalités résultent de la distinction des sexes et de celle des âges, des degrés différents de force physique, d'intelligence et de sensibilité. —

* Espnt des Uns, liv. VIII, chap. m.

s Nwa methodm discendœ dœendœque jurisprudentiœ, pars. U, S 7. IL «0

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L'égalité proportionnelle assigne à chacun le devdr de contribuer au progrès, dausla limite depes aptitudes.

La môme tâche n'est pas imposée à la femme et à l'homme, à l'homme dans l'enfance, dans l'âge mûr et dans la vieillesse. La folie, l'ignorance, la sottise, n*ODt pas à verser le même contingent que lu raison, la science, le génie. L'action imposée est mesurée sur la puissance, a II sera, d'après l'Evangile, beaucoup (( demandé à celui qui peut beaucoup ^i> ce Servus a servorum, dit un auteur moderne ', voilà le titre véa ritable du pouvoir le plus haut placé sur la terre. »

696. 2« conséquence. — Egalité des droits, pfih portionnelle aux devoirs à remplir. « — Nous Tavcms dit (tom. I, a<» 191) : nul n'a de droits y si ce n'est parce qu'il a des devoirs. Vous avez le devoir de contribuer au perfectionnement général : de là, pour vous, le droit de demander les instruments nécessaires pour accomplir vos devoirs. Champs à cultiver, maison pour vous abriter, éducation pour vous éclairer, autorité sur vos semblables, si tout cela vous est confié, c'est en regard du bon usage que vous êtes tenu d'en faire.

En un mot, les droits doivent être accordés à l'homme qui peut et veut s'en servir pour collaborer. — Ils doivent être refusés à l'homme qui pourrait, mais ne veut pas s'en servir pour collaborer. — Entre les deux, se présente un troisième : c'est Thomme

* « Omni autem cui multum datum est, multum quaeretur ab eo. »

(Saint Luc, cap. xu, S 6, 'vers. A8,)

' M, l*$bl^ Bautain, PhUotophie moraU, tome II, partie théorique, S 8*

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de bonne volonté, mais débile, qui voudpait, mais ne peut pas se servir des droits pour eollaborer. A eeluH là, faut-il accorder ou refiisér des droits? / La déclaration des droits de l'homine disait : c< Tout citoyen qui est dans l'impuissance de pourvoir « à ses besoins a droit aux secours de ses conci« « toyens. » Et la Constitution de 1848, art. 8, prescrivait d'assurer l'existence des citoyens nécessiteux. -^ Loin de nous de repousser ces conséquences de la fraternité humaine ! Mais pourtant modifions leur gé* néralité par une distinction. Il y a des honmies qui sont devenus malheureux par leur faute; il y en a d'autres malheureux sans leur faute. En assistant les premiers, faisons miséricorde; en assistant les se^ condSt faisons justice^ !

697. 3^ conséquence. — Egalité des conditions, proportionnelle aim devoirs remplis. — L'égalité pron portionnelle des devoirs aux aptitudes, et l'égalité proportionnelle des droits aux devoirs, enseignent à la liberté la direction qu'il est bon de suivre, -rr Mais la liberté est maîtresse de suivre la direction tracée par la raison, ou de s'en écarter. De son option entre ces deux partis résulte, pour elle, Timputabilité ; Tattribution d'un mérite appelant récompense, ou d'un dé-mérite soumis à punition. Récompense ou punition, ce sont les bases légitimes de l'égalité proportionnelle des conditions. « Ce serait une inégalité que de donce ner des choses égales à ceux dont le mérite est

* Comparez, sur le droit des pauvres, Bentham, Principes du Code civil , chap. XI et xii. —Circulaire de M. de Rémusat, ministre de rintérieur, aux préfets. (Moniteur du 20 aoftt 18)50.)

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« inégal ^ » u Si le iot de Tindustrieux n'était pas (( meilleur que celui du paresseux, il n'y aurait plus c( de motifs à l'industrie *.

698. Égalité proportionnelle, entraînant les trois conséquences que nous venons d'expliquer, voilà, d'après le troisième système, le moyen de chercher le but commun '.

L'école pythagoricienne indiquait cette égalité , en définissant le droit la rétribution réciproque, àvTi-

wiwov6d<;, et la justice dpiôfjtoç loaxiç toroç*.

C'est cette égalité, bien comprise, qui, seule, peut réaliser le principe d'union entre les hommes, appelé par Cooper, comte de Schaftesbui^, « harmonie « des penchants sociaux et personnels ^^. » C'est elle que Condorcet présente comme la seule voie du progrès ^. — C'est son nom qu'un philosophe de nos jours regarde comme synonyme des mots liberté, justice, ordre ^.

N'est-ce pas sous l'inspiration de cette égalité qu'est née la formule morale de Kant : c< Voyez si ,

* Philo, De monarchia^ lib. II, pag. 640.

s Bentham, Principes du Code civil, partie I, chap. m.

s < Statera justa et sequa sint pondéra ! Justus modius, œquusque sexta- « nus! » (Levit,^ cap. xix, S 4, vers. 36.)

* Manuel de Tennemann, S 04* ^ Ibid.,S348.

6 Encyclopédie nouvelle de Condorcet.

' Cousin, cours de 1819.

Suivant Destutt de Tracy, sur le livre VII, chap. vu, de V Esprit des lois : a Tout le bien des sociétés humaines est dans la bonne application du tra- « vail, et le mal dans sa déperdition. »

a La civilisation, dit M. Guizot, est, d'une part, la production croisât santé des moyens de force et de bien-être dans la société, et, de Tantre, « ime distribution plus équitable de la force et du bicn-Otre produits. »

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