‹ Conscience et science du devoirChapitre 183 sur 331 · PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE VII · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — SCIENCE DU DEVOIR. — LIVRE VII

« eo génériilisant Faction que vous allez faire, vous « pouvez la considérer comme une loi de Tordre gé- « néral, dont vous faites partie? » Et aussi cette définition de la justice, donnée par Herder : a La justice (( est la mesure des actions et réactions d'êtres semce blabies entre eux, et limités l'un par l'autre pour (( la stabilité de tous? ))

699. Consultons l'instinct des langues humaines : qu'y trouvons-uous? Dans la langue latine, le mot œquitds ; dans la langue française, le mot équité. Or, ces mots sont les synonymes parfaits du mot égalité. — En disant, après Sénèque * : « Légalité est la prea mière pierre de l'équité y » Montaigne a appelé première pierre ce qui peut être regardé comme l'édifice entier^. Cicérou a dit plus complètement : a Jus ce semper quœsitum est œquum; neque aliter jus esset. »

1 Epist. XXX : « Prima pars asquitatis est œqualitas. »

s Dans la langue grecque, le mot Sixaiov contient l'idée de distribution.

En est-il de même du mot vo(i.oc ? Oui, suivant Gicéron {De Uçib.^ Ii 6 ) : « Legem (dit-il) illi grseco putant nomine, a suum cuique tribuendo, ap- « pellatam, ego nostro a legendo, Nam utilli sequitatis, sic nos delectus vim « in lege ponimus ; et proprium tamen utrumque legis est. »

Falck {Cours d' introduction ^ Introduction, S 5) conteste cette étymologie : • Il est sans exemple, dit-il, qu'un peuple désigne ses lois par un « mot qui présente l'idée du droit par un côté abstrait. Toutes les déno- • minations d'ailleurs connues des lois, sont, au contraire, empruntées à « des circonstances extérieures et accidentelles. Et il doit en être de même «( du mot vo(i.o;... Le mot votJ.oc a dû signi^r originairement, section, divi- « sion (comme capitulumj. Cette explication tire un nouveau degré de vrai- « semblance du rapprochement du mot latin nummus ou numm.,. L'usage « qu'on en faisait pour désigner les provinces de l'Egypte, les districts de « la Laconie ou de la Messénie, et son emploi en musique, s'accordent très « bien avec la signification fondamentale que nous venons d'indiquer.

c Alors même qu'on expliquerait le mot vo(io; dans le sens de loi^ en c disant que les plus anciennes lois étaient rédigées en vers (Aristote, « Problemata, xix, 28), explication qui a tout contre elle, cette significa- « tion se rattacherait encore à une forme purement extérieure. »

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700. De tout ce qui précède, tirons un oonsfÂl. C'est qu'il faut prendre garde d'employer le mot égalUé, sans l'expliquer. Si des novateurs passionnés se mettent à déclamer contre les inégalités des conditions, inten*ompez-les, lecteur, pour leur demander, d'abord, quelles sont les inégalités qu'ils blâment?

S'ils vous signalent, dans une législation positive , des inégalités arbitraires, établies par le caprice ou l'abus de la force, écoutez, et instruisezrvous !

Mais si» refusant toute distinction, ils proposent

un niveau général, à établir prenez garde ! Ou

bien ce sont des fatalistes qui rejettent toute liberté de l'agent» et, en conséquence, toute imputabilité : ou ce sont des tribuns habiles à faire jouer le levier révolutionnaire, en parlant de l'égalité sans la définir ' ; ou ce sont des i^éveurs de bonne foi, qui croient à l'efficacilé des lois agraires, oubliant que ces lois (( coupent un bras pour le sauver d'une égratignure^; » oubliant encore plus que ce le mouvement même de la a vie sociale oppose un obstacle invincible à l'égalité a des fortunes. Etablie le matin, le soir elle n'existec< rait plus ; l'industrie plus ou moins intelligente, « plus ou moins active , la bonne ou mauvaise écono- « mie, l'auraiont déjà détruite ^. »

701. Dans tout ce que contient le troisième système, dont nous achevons l'explication, il y a de

« Bentham, Principes du Code civil, part. I, chap. m. — Ajout, chap. n

« Id., ibid.

Un décret de la Convention , du 18 mars 1703, prononçait peine de mort contre quiconque proposerait les lois agraires.

3 Lamennais, Lit^e du peuple.

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