‹ Conscience et science du devoirChapitre 189 sur 331 · Ici se termine l'explication du quatrième système · texte numérisé non relu

Ici se termine l'explication du quatrième système

Est-ce à lui que nous allons nous attacher, de préférence aux trois autres, expliqués dans les titres I, II, et III de ce livre?

Nous repoussons ces derniers. Nous ne pouvons accepter :

1* Ni cette devise périlleuse: Recherche, par l'in- Divmu, d'une part de bonheur ici-bas : devise trop superficielle dans la forme, et trop usurpatrice au fond ; adoptée par le matérialisme stationnaire, qui voit, dans la création de l'humanité, un caprice sans but, et, dans la vie de l'homme, un jour sans lende-

main;

2^ Ni cette sombre devise : Recherche, par l'individu, d'une souffrance improductive ici-bas : devise trop fimeste à la création, trop injurieuse au Créateur, adoptée par le spiritualisme ascétique, qui considère le corps comme une prison expiatoire où l'âme est tourmentée;

3" Ni cette devise incomplète : Recherche du per-

< Deicartes, édition Gamier, tom. UI, Lettre V à la princesse Palatine.

PARTIB lY. -^ SCIENCE DU DEVOIR. -^ LIVRS VU. Stl

FECTIONNEMENT DE l'eSPÈCE ICI-BAS, ET, PAR CE PER- FECTiONNEMEIH', ATTRIBUTION d'uNE PART DE BONHEUR A

l'individu ici-bas : devise trop impuissante à rémunérer l'individu, et, par cela même, trop impuissante à sauvegarder l'espèce ; devise adoptée par le matérialisme progressif; transaction inconséquente, qui donne une âme à l'humanité, en la refusant aux êtres qui la composent.

714. Par les raisons développées plus haut (n«" 411 à 415, et 426 à 430) nous croyons à l'immortalité de riiidividu, comme à la perfectibilité de l'espèce. — Nous adoptons donc le quatrième système. — Il donne satisfaction à notre raison, en conciliant l'idée d'une destinée que l'individu doit se faire à lui-même, avec l'idée d'une mission pleine de grandeur que l'humanité doit accomplir. — Il donne satisfactîoti à notre sensibilité, en plaçant, à côté des efforts de la charité, les encouragements de la foi et de l'espérance.

715. En conséquence, dégageons ici la promesse que nous avons faite précédemment (n" 392) :

Au premier principe du devoir, Assistance due par TOUT être a tout ÊTRE (qui pose la conclusion de notre premier volume), ajoutons la détermination sommaire des objets et de l'étendue de cette assistance : pour cela, résumons le premier principe de la science du devoir dans cette formule : Recherche du perfectionnement de l'espèce dans cette vie, par le dévouement DE L'iNDIVroU, espérant, DANS UNE AUTRE VIE, SA RÉCOMPENSE.

716. Donné par la raison, le premier principe du devoir, Assistance due par tout être a tout être, a

SM G0N8GIENCB BT SGIENGS DD DEVOIR.

été confirmé 9 comme nous Favons vu (tome I, n^* 226, 227), par FEvangile ainsi qu'il suit : « Omnia qtiœcumque vultis ut faciant vobis homines, et vos for cite illis. »

Donné aussi par la raison, le premier principe de la science du devoir, Recherche du perfectioniiement

DE l'espèce dans CETTE VIE, PAR LE DÉVOUEMENT DE L'iNDrVIDU, ESPÉRANT, DANS UNE AUTRE VIE, SA RÉGOM*

PENSE, trouve également dans l'Evangile la confirmation des trois idées dont il se compose ; perfectionnemenlj iinmorialité, dévouement.

Le perfectionnement : La recherche en est recommandée par ces préceptes : « Estote ergo vos perfecti, sicut et pater vester cœlestis perfectus est^....^a Ego in eis, et tu in me, tU sint consummati in unum^.ï>

L'immx)rtalité : Est-il besoin de rappeler combien de fois elle est promise, dans les innombrables passages où l'Evangile distingue le royaume des cieux et celui de ce monde ^?

Le dévouement : C'est la dernière conséquence contenue dans les termes bien compris du précepte : a Diliges proximum^ tanquam te ipsum*, »

« Saint Matthieu, chap. v, § 7, vers. 48. « Saint Jean, chap. xvii, § 3, vers. 23.

s Saint Matthieu, chap. v, S 1, vers. 10;— chap. viii, S 2, vers. 11; — vers. 11; — chap. xiii; § 3, vers. 24; — S 4, vers. 31; § vi, vers. Uh, 45, 47»

Saint Marc, chap. xii, § 3, vers. 25, 27.

Saint Luc, chap. xviii, § 2, vers. 17; S 3. vers. 18; — chap. xx, $4» vers. 35, 36, 38.

Saint Jean, chap. v, § 2, vers. 21, 24; — chap. xviii, § 3, vers. 36.

* Saint Matthieu, chap. xxii, § 4, vers. 39, 40. Saint Luc, chap. x, § 3, vers. 27.

Saint Marc, chap. xii, S 3, vers. 31.

PAATIB IV. ^ SCIENCE DU DBVOin. — UVflE VIL 3SS

Ce précepte nous enseigne la charité. Or, comme nous l'avons vu (tome I, n®^ 301), cette charité se présente sous deux formes, savoir : !• Za charité instinctive individuelle : 2® la charité générale éclairée.— La charité instinctive individuelle est le commencement de l'accomplissement du devoir; ou du moins c'est la préparation du cœur à cet accomplissement (tome I, n^234). Elle donne un premier élément de la justice, mais un élément insuffisant, trompeur même, s'il reste isolé (n^^ 303 à 305). — La charité générale éclairée est le couronnement dé l'accomplissement du devoir; c'est l'union de l'amour et de la raison, inspirant et enseignant la loi du sacrifice (tome I, n® 306). « Si quis vult post me venir e, abneget semet ipsum^! » c< Al ter alteriu^ onera portatel Et sic adimplebitis legem Chris ti! Nam si quis existimet se aliquid esse y cum nihil sitj ipse se sedticit^.»

La charité générale est ainsi, comme nous Tavons annoncé (tome I, n^ 302), la science elle-même du devoir. Dévouement! voilà sa devise : enseignée par les Evangiles, recommandée bien plus encore par l'exemple sacré de la vie et de la mort de celui qui les a dictés ' !

1 Saint Matthieu, chap. xvi, S 5, vers. 24.

s Épltre de saint Paul aux Galates, chap. \r, vers. 2 et 3.

' Sur l'action et la réaction de la sensibilité et de Tintelligence, cherchant ensemble le devoir, il faut citer ces belles paroles de Jansénius :

« De même que l'arbre naît de la semence, et que la semence à son tour « naît de l'arbre, et qu'ainsi l'un et l'autre, par cette production réci-

« proque, vont se multipliant à l'infini La charité excite une nou-

« velle lumière de connaissance, et cette lumière provoque une flamme

C01I86IENCE ST SCIENCE DU DEVOnU

TITRE V

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