‹ Conscience et science du devoirChapitre 188 sur 331 · Ainsi la vertu n'existe, que parce que Yégoîsm existe · texte numérisé non relu

Ainsi la vertu n'existe, que parce que Yégoîsm existe

Si tous les hommes respectaient la loi d'égalité proportionnelle, nul ne faisant moins qu'il ne doit, tous feraient ce qu'ils doivent.

Mais puisque, d'un des côtés de l'équateur moral se trouve un pôle, celui de l'égoïsme, pesant de tout sou poids pour détruire l'équilibre par la somme du mal, il faut, de l'autre côté, le pôle correspondant opposant son contre^poids pour rétablir l'équilibre par la somme du bien.

Egalité proportiotmelle de collaboration, tu n'es qu'une loi insuffisante ^ ! Vienne donc, à ta place, une loi supérieure! la loi d'enihousiasme ! la loi qui nous dit de chercher dans Timmolation à tous, s'il le faut, la voluplé suprême ! <« Si vous vous considérez,

* a Cum effuderis esurienti animain tuam, et animaia afflictam reple- • veris. » (Isaie, chap. lxviii, § 2, vers. 10.)

* Nous reconnaissons le tort que nous avons eu de nous en contenter, dans nos Premiers essais de philosophie du droit.

partu it, «. aciEirGR du obvo», w. uvius vn. w

H disaient les ttoïcieng, coaune une partie d'un tout» t il peut quelquefois convenir, relativement au tout, a que voua soyez malade, dans le besoin, ou que vous

a périssiez à la fleur de votre âge Ne savez- vous

« pas 9 en vous plaignant, que vous cessez d'être « homme, comme le pied cesse d'êti'e un membre du c< corps, lorsqu'il refuse de marcher * ? »

Socrate et Léonidas, mourant pour obéir à des lois respectées; Charondaa, législateur do Sicile, s'apercevant, en entrant dans l'assemblée du peuple, qu'il a oublié de détacher son épée, et s'en frappant à l'iustant, parce qu'il uvait lui-même décrété peine de mort contre quiconque viendrait voter en armes ^ ; bien d autres encore nous montrent, dans l'histoire, que tt le sacrifice du moi à la justice et à la vérité est dans a le cœur de l'homme "* ; » « que l'homme puise sa « foroe et sa joie dans cet entier abandon *. »

71S, Du moins, l'immortalité est la compensation

attendue de cet abandon Ëh bien ! il s'est trouvé

une âme généreuse qui a içompris le sacrifice pour le

* Airian, lib. II. cap. v.

« Valère Maiime.

* ViUemain, leçon du 13 mai iaa8«

« Pliilosopher, c'est apprendre à mourir ; c'est apprendre à sacrifier les « teipressions accidentelles et passagères, les sensations bornées, les joies c Spies et imparfaites, (Gratby, De la connaissance de Dieu^ p^. i, cb, ix.)

* Cousin, Le Vraiy le beau^ le bien^ 5» leçon.

« La privation même, la privation réfléchie et volontaire renferme plus a de jouissances réelles qu'une satisfaction sans bornes. »

(Louis Rbybaud.)

« L*ange bénin et consolateur, apparaissant à Tbomme, l'épouvante au « conunencement, le console en la fin, le rend content et satisfait. L'ange « malin et séducteur, au commencement réjouit l'homme, en la fin, le laisse « perturbé, fâché et perplexe. » (Rahelaiq, liv. III, chap, xiv.)

810 GOlfSGIElICB ET SdENGB DU DEVOm

sacrifice même, et accepté^ au besoin, pour le oonsommer, Tiinmortalité même de la souffrance. On n'a point assez remarqué cette phrase de Descartes, où se trouve 9 suivant nous» le dernier degré du sublime: « Jusque-là qu'on voudrait aussi perdre son âme, si c< se pouvait y pour sauver les autres ^

Page 1