ACTE DEUXIÈME
MADAME P AGE VIN
Une consultation! C’est donc grave!
y PAGEVINj à sa femme.
1 ne me revient pas, à moi, ce médecin-là !... Je n’ai
BAZOCHE
pas confiance !...
Je diagnostiquerais...
TUBEUF
Il ne s’agit pas de tout ça... voici la chose !... Ce monsieur, qui se porte comme un charme, veut aller aux eaux.
BAZOCHE
Ah! très bien...
TUBEUF
Sans sa femme !
BAZOCHE
C’est un cas, qui se présente souvent!... Alors !... il faut l’envoyer aux eaux ?
TUBEUF
C’est cela!...
BAZOCHE
Justement, j’allais les lui prescrire !.. Je les prescris toujours.
MADAME PAGEVIN, s’avançant vers eux.
x Hé bien, messieurs?...
BAZOCHE
Hé bien! Madame, nous sommes tout à fait d’accord, mon savant confrère et moi ; nous pouvons affirmer que l’indisposition de monsieur votre mari n’aura pas de suites fâcheuses... Une bonne saison aux eaux, mon cher propriétaire...
TUBEUF
Parfaitement !
BAZOGHE.
A Vichy !
PAGEVIN, à part.
Vichy?...
TUBEUF
Non, Royat!...
BAZOGHE-
N on, Vichy !
Royat !
BAZOGHE.
Vichy !
MATHIEU, à part.
Ça se gâte !
TUBEUF, se fâchant.
Je sais ce que je dis, je suppose !...
BAZOGHE, id.
Mais, moi aussi, mon cher confrère !
PAGEVIN, à part.
Allons, c’est raté!
BAZOGHE.
Monsieur trouvera dans nos eaux de Vichy des principes minéralisateurs, qui lui feront le plus grand bien: bicarbonate de soude et protoxyde de fer, arsénicate de soude, chlorure de sodium, etc., etc..
TUBEUF
Ta, ta, ta !.. Qu’est-ce que ça prouve?
BAZOGHE.
Royat ne le guérira pas!...
MADAME PAGEVIN
Messieurs !...
TUBEUF
Et Vichy le tuera!...
MADAME PAGEYIN.
' Je vous en prie !
Pagevin donne un renfoncement à Bazoche et lui fait des signes.
PAGEYIN.
Messieurs, savez-vous ce que je ferai? Cette année, j’irai à Royat et, l’année prochaine, mon cher locataire, j’irai à Vichy!...
TUBEUF
C’est cela !... Parfait !...
BAZOCHE
Soit!.. Mais l’année prochaine...
PAGEVIN
Je vous le promets !
MADAME PAGEVIN
' ^Pourrai- je accompagner mon mari?
BAZOCHE
Mais oui... (Voyant les signes de Pagevin.) Hum ! jusqu’à la gare .
^'"'Seulement ?
BAZOCHE
Là-bas, il faut qu’il soit seul, bien seul !
MADAME PAGEVIN
! vous croyez aussi que ma présence?...
BAZOCHE
Serait d’autant plus dangereuse quelle aurait pour lui plus de charmes.
MADAME PAGEVIN
Cependant, si je vous donnais ma parole d’honneur...
BAZOCHE
Je ne serais pas tranquille !
Il va parler à Mathieu.
TUBEUF
Nous ne serions pas tranquilles I
MADAME PAGEYIN.
Je me sacrifie... et je m’incline devant la science !
PAGEYIN.
Allons, ma bonne, il faut se résigner! Toi, tu iras t’amuser à Veulettes; moi, je me soignerai à Royat.
MADAME PAGEVIN
Au moins, tu m’écriras ?
PAGEVIN
è Je te le promets !
MADAME PAGEVIN
Mathieu t’accompagnera; sans cela, je ne vivrais pas!...
Elle va parler à Mathieu.
PAGEVIN, à Tubeuf.
Major, voilà vos mille francs !
TUBEUF
Ça n’a pas traîné, hein?
BAZOCHE, à Pagevin.
Mon cher propriétaire...
PAGEVIN
Merci, docteur, merci !...
BAZOCHE
Hum !... J’aurais besoin de quelques réparations...
MADAME PAGEVIN, à Mathieu.
Yqus m’écrirez... vous me tiendrez au courant !
MATHIEU
De tout, madame, de tout !
PAGEYIN, à Bazoche.
C’est entendu, j’en parlerai à l’architecte.
MADAME PAGEYIN, à Tubeuf.
Docteur, je vous le recommande.
TUBEUF
Ne craignez rien, madame, je ne le quitte pas ; je l’emmène avec Léontine !
MADAME PAGEYIN.
Léontine ?
P AGE VIN
Sa pauvre mère ! Il lui paie les eaux !... (a part.) Ça me coûte gros, mais enfin, un mois sans ma femme !... Quel rêve!...
Il esquisse une danse joyeuse.
TUBEUF, bas, à Pagevin.
Prenez garde!...
Pagevin reprend son air malade. Sa femme s’empresse autour de lui.
Rideau.