‹ Conseils à ma filleChapitre 1 sur 15 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

séduisante qu'elle paraisse, a moins d'attraits à ton âge que la simple vérité.

Je te préviens donc, ma Flavie, que ce sont des Conseils qui vont succéder à ces Contes que le public a daigné couronner de son suffrage ; à ces Contes auxquels je dois le changement remarquable qui s'est opéré dans tout ton être, et qui m'a donné la plus douce récompense que je pouvais ambitionner.

Ne va pas t'effrayer à ce titre imposant : Conseils à ma Fille : garde-toi de penser que, censeur austère, ou moraliseur fatigant, j'aille t'ennuyer par des systèmes profonds et de tristes maximes, en un mot, par cet échafaudage de science et de morale dont abusent trop souvent ceux qui, croyant instruire l'adolescence, ne font que l'ennuyer, l'assourdir, et se ferment pour jamais les jeunes cœurs dont ils ne cessent de contrarier les penchants. Ce n'est point là ma méthode. Instruire sans qu'on s'en aperçoive, charmer l'étude par la variété, persuader par des exemples, et surtout gagner la confiance par le sentiment ; telle est, selon moi, la marche la plus sûre, et la seule que je suivrai toujours avec toi.

Cependant je ne te dissimulerai pas que^ l'entreprise que j'ose tenter est vaste et délicate. Si j'essayai dans mes Contes de te retracer à-la-fois les ridicules, les défauts et les aimables qualités d'une jeune fille de douze à quinze ans ; si j'eus le bonheur de détruire en toi le germe des uns et d'augmenter les autres, il me faut maintenant t'éclairer sur tous les dangers

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qui souvent environnent les premiers pas qu'on fait dans le monde; il me faut te guider dans tes liaisons, t'en faire sentir toute l'importance, te faire voir que, sous les dehors de l'amitié, se cachent quelquefois l'envie et la fausseté, qui tourmentent le cœur trop confiant qu'elles avaient séduit par de fausses apparences. Il me faut, daijs les cercles nombreux où tu commences à te montrer, te faire distinguer l'adulation de réloge mérité ; le caquet brillant de l'intrigante, du langage modeste de la femme sensée ; la morgue ridicule de la parvenue, du ton simple mais imposant de a femme bien née. Il me faut te disposer à devenir un jour dame de maison ; à te faire rechercher, moins par des dehors sémillants que par ta gaieté franche et ta bonté naturelle ; à t'entourer, non de ces coquettes imprudentes qui mettent leur amusement et leur jouissance à compromettre celle dont elles forment la société, mais d'amies véritables qui soient heureuses de ton bonheur, gardiennes tutélaires de ta réputation, et fières de t'appartenir par les liens sacrés de l'amitié. Il me faut enfin, ma Flavie, diriger, sans jamais les contraindre, les mouvements de ton cœur, et te guider dans le choix d'un époux ; te le faire chercher, non dans cette foule d'oisifs, opulents, de sots titrés, de beaux diseurs de rien, de savants ampoulés, de doucereux hypocrites et de fades soupirants, mais parmi ces hommes francs, et simples dans leurs manières ; d'une profession utile à l'Etat, habitués au travail ; amis des mœurs sans être ennemis du plaisir ; placée dans la société ni trop haut ni trop bas, sentant toute la dignité de leur être, et regardant le mariage, moins comme un marché conclu par l'intérêt, que comine

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rengagement sacré de rendre heureuse celle qui leur a confié ses destinées.

Une pareille découverte est difficile à faire, je ne puis te le dissimuler. Je n'oserais te promettre d'atteindre ce but de tous mes travaux, de tous mes soins, de toute ma tendresse; mais j'ose du moins me flatter qu'une fois éclairée par les différents exemples que je vais mettre sous tes yeux, tu calculeras toi-même de quelle importance est un lien qui nous enchaîne pour la vie ; et que, te trouvant si bien dans les bras d'un père qui te chérit, tu n'iras pas te jeter inconsidéremment dans ceux d'un époux, sans avoir éprouvé ses sentiments, étudié ses goûts et sondé son caractère.

Afin que les exemples que j'emploierai pour te diriger et te convaincre, se gravent dans ton âme, et puissent m'attirer ta confiance, ton attention, je les appuierai d'anecdotes prises dans l'Histoire, et principalement de celles dont je fus le témoin dans les différentes classes de la société que je parcours depuis long-temps. C'est surtout parmi les personnes qui laissent un nom célèbre que je choisirai mes modèles ; et voulant que ces anecdotes, dont je te garantis ici l'authenticité, t'amusent en même temps qu'elles t'instruiront, je me suis occupé d'avance à choisir celles qui te sont inconnues, ou dont l'effet ne pouvait être remarqué par ton âge et ton inexpérience.

Ce choix, tu t'en apercevras sans peine, m'a coûté bien des recherches : il exigeait beaucoup de patience et de méditation. Tout est classé dans ma tête et dans

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iDon cœur : il ne me reste plus qu'à m'occuper avec toi de ce qui peut en utiliser la leçon, en faire aimer la morale, et s'il se peut, en charmer le récit.

Tu sais qu'habitué à te dicter d'abondance, je m'abstiens ordinairement de toute prétention littéraire, je n'emploie que le style le plus simple, et ne m'attache qu'à la vérité. Je tâcherai cependant, en amenant sous ta plume les principales difficultés de la langue française, auxquelles j'ai déjà su te familiariser, de donner à mes phrases plus de force et d'expression, à mesure que tu parcourras les différents tableaux que je te présenterai.

Enfin, ma Flavie, je m'empresserai d'offrir à ta pensée tout ce qui peut faire chérir et respecter ton sexe. Je te citerai des faits à l'appui de mes Conseils, afin que, si, quelque jour, tu te trouves dans telle ou telle situation que je t'aurai retracée, tu puisses te la rappeler ; et joignant alors l'avis d'un père à l'authenticité historique, il te sera facile d'éviter le mal, ou de faire le bien dont mes Conseils t'auront offert l'exemple.

Si mon plan te convient, si tu crois qu'il puisse t'intéresser et te plaire, prends la plume : embrassonsnous et commençons.

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