CONCLUSION
austère m'assurait que, loin de te blesser, elle excitait ton intérêt, et me donnait de nouveaux droits à ta confiance.
Enfin, te voilà parvenue à cet âge où l'éducation est terminée ; où l'on prend date dans la société, où Ton se montre ce qu'on doit toujours être : en un mot, tu
vas compter ton dix- huitième printemps Cette
époque, ma Flavie, la plus brillante pour une jeune femme est en même temps la plus dangereuse. Les hommages dont l'adulation l'environne, détruisent souvent en elle cette candeur si touchante qui faisait son plus doux charme : tous les yeux qui s'attachent sur elle, à son apparition dans le monde, lui font prendre pour admiration ce qui n'est que simple curiosité. La première attention qu'elle excite, le premier silence qui se fait quand elle parle, et le cercle qui se forme autour d'elle pour l'entendre, tout lui persuade qu'elle est au-dessus de ce qu'elle croyait être. De là, cette aveugle présomption qui conduit au ridicule ; de là, cette funeste atteinte de la coquetterie qui, seule, détruit en un instant, le fruit des plus tendres soins et de l'éducation la mieux dirigée.
Garde-toi bien, ma Flavie, d'abuser du droit d'intéresser et de plaire : n'oublie pas que l'âge heureux qui le donne, éveille la critique et l'envie ; qu'à dix-huit ans on ne doit plus compter sur l'indulgence. N'oublie pas qu'à cette époque l'opinion publique se prononce, et qu'elle enregistre, pour ainsi dire, les qualités et les défauts dont l'influence se fait sentir sur tout le reste de la vie. Que ta modestie et ta discrétion te fassent jouir en paix des avantages que le sort te destine ! N'imite pas ces jeunes insensées qui, fières de leurs premiers succès, éblouies par l'encens qu'on leur pro-
digue, et qui bientôt s'évanouit comme une ombre légère, s'imaginent qu'elles réunissent tous les suffrages et s'empressent de paraître au grand jour. . La fleur printannière, exposée sans cesse aux rayons du soleil, perd son parfum avant l'été, se fane et tombe décolorée ; tandis que celle qui fleurit lentement, à l'abri d'un modeste feuillage, conserve long-temps sa fraîcheur, et charme encore ceux qui la découvrent dans l'arrièresaison.
Pardonne-moi cette digression, ma fille, et ne la regarde que comme l'élan d'une âme habituée à s'épancher dans la tienne. . ou plutôt comme la dernière leçon d'un père instituteur. Encore quelque temps, et peut-être tu ne m'appartiendras plus ; l'amour et l'hyménée, te faisant entendre une voix plus éloquente que la mienne, t'arracheront des bras de ton premier ami, pour t'imposer à ton tour les devoirs que j'eus tant de plaisir à remplir envers toi. . . . Oh ! si mes soins et ma tendresse ont quelques droits sur ton cœur ; si mes Conseils sont chers à ton souvenir ; si tu les regardes comme l'égide paternelle qui, protégeant ta jeunesse, la mit à l'abri de tous les dangers et de la moindre peine, promets-moi, ma Flavie, de les relire quelquefois : et pour me donner le juste salaire que j'ose en attendre, fais que celui, à qui tu dois associer ton sort, puisse les parcourir à son tour, et se dire : *' Je dois à cet ouvrage une amie sûre, une compagne aimable, et le bonheur de ma vie."