‹ Conseils à ma filleChapitre 4 sur 15 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je crois, ma Flavie, t'avoir fait parcourir les diftorents sentiers qui conduisent à l'époque la plus importante de la vie, puisqu'elle détermine les goûts et les peu-

chants ; établit le caractère, fonde la réputation dans le monde, et bientôt enchaîne les destinées. J'ai voulu te conduire, moi-même dans cette route difficile et périlleuse, pour te faire remarquer tous les écueils qui se trouveraient sous tes pas, et t'indiquer, en même temps, les moyens les plus sûrs de les éviter. J'ai pensé que je pourrais t'épargner la fatigue et l'ennui du voyage en causant avec toi ; en attachant tes regards sur plusieurs sites remarquables ; en dirigeant ta pensée et ta réflexion sur des tableaux dont le charme et l'intérêt devaient laisser dans ton cœur un souvenir ineffaçable.

Les Conseils du moraliste le plus éloquent, qui ne s'exprime que par sentence, sont presque toujours sans effet sur l'adolescence, dont l'imagination active se rebute de leur sécheresse ; mais quand ses Coiiseils sont appuyés sur des anecdotes et consacrés par des noms chéris, ils se gravent profondément dans l'âme neuve qui les reçoit. Son attention se trouve excitée par la curiosité ; elle se met à la place des personnages qu'on lui présente, et la leçon devient alors, d'autant plus profitable, que, en paraissant frapper moins directement, elle ménage l'amour-propre.

Aussi t'ai -je vue plus d'une fois, en écrivant ces Conseils sous ma dictée, sourire lors même qu'ils retraçaient un défaut dont je voulais te corriger; t'attendrir jusqu'aux larmes quand ils offraient un trait touchant, une action louable que déjà tu brûlais d'imiter. Je n'avais pas besoin de te dire : " Tu ressembles à tel personnage; cette anecdote te dépeint trait pour trait." Je racontais : aussitôt tes yeux baissés, ton aimable rougeur me prouvaient que j'avais frappé juste ; et l'heureux empressement avec lequel tu consacrais, par écrit, la remontrance même la plus

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