I. — DU RHUMATISME
Le rhumatisme constitue une classe naturelle de maladies, qui se distingue par les caractères suivants : 4° son siège dans les tissus fibreux; 2° sa mobilité; 3° ses intermittences.
Il y a deux espèces de rhumatismes : 1° ceux qui se portent sur les muscles et qu'on appelle musculaires; 2° ceux qui attaquent les articulations et qui sont désignés sous le nom de rhumatismes articulaires.
a. Le rhumatisme musculaire peut se fixer sur tous les muscles du corps : le lumbago, le torticolis et la pleurodynie, en sont des exemples, les plus communs dans la pratique.
Les symptômes caractéristiques du rhumatisme musculaire sont :
1° Une douleur plus ou moins intense, qui s'exalte par la contraction du muscle affecté et qui, par conséquent, paralyse les mouvements de ce muscle, ou, au moins, gêne considérablement ses fonctions. Dans le rhumatisme musculaire, la température de la partie ne s'élève pas comme dans l'inflammation. On y observe môme parfois un sentiment de froid. Le gonflement et la rougeur font également défaut.
2° La mobilité est un autre caractère du rhumatisme des muscles. Celui-ci se déplace ou s'étend par voie de contiguïté, avec une facilité remarquable.
3° Enfin, il s'exaspère ou se calme, d'une façon intermittente, et souvent affecte une périodicité régulière.
Traitement, — Les moyens les plus efficaces, usités contre le rhumatisme musculaire, sont : les narcotiques à l'intérieur et en applications locales, le sulfate de quinine, en cas d'intermittence, les vésicatoires volants, les injections hypodermiques d'une solution de morphine, l'électricité, etc.
b. Le rhumatisme articulaire aigu n'offre rien de particulier, à l'époque de la ménopause. Seule, l'espèce qu'on a nommée rhumatisme noueux, et qui, par
DES AFFECTIONS DIATflÉSIQUES. 177
sa nature, affecte une marche chronique, présente un intérêt spécial à l'âge critique, en raison de sa fréquence à cette période de la vie, et des lésions qui en sont le résultat. Nous voulons parler de la déformation-dés jointures envahies, qui perdent graduellement leur mobilité et finissent par devenir impropres à tout usage.
Les articulations douloureuses sont notablement gonflées, lorsqu'elles ne sont pas recouvertes d'une grande épaisseur de parties molles, comme les poignets et les genoux. Quand ce sont les épaules, au contraire, on n'observe pas de tuméfaction apparente. Aux doigts, la déformation est plus sensible, parce que la maladie détermine, à la longue, la luxation des phalanges.
Traitement. — On a préconisé contre cette maladie une infinité de remèdes, tous plus ou moins infidèles. Ceux qui nous inspirent le plus de confiance, à cause des succès qu'ils nous ont procurés, sont : les préparations iodées à l'intérieur, les bains arsenicaux et les eaux minérales chaudes, des Pyrénées, d'Aix en Savoie, de Bourbonne, de Plombières, etc.
A l'extérieur, les douches, les bains de vapeur,
l'hydrothérapie judicieusement administrée, les frictions sèches et médicamenteuses, etc.
§ II. — De la goutte.
La goutte est une maladie constitutionnelle, le plus souvent héréditaire, déterminée par la prédominance de l'acide urique dans l'économie, et par des attaques de fluxions articulaires, sujettes au déplacement (métastase). La division la plus pratique de cette maladie est celle-ci : forme aiguë et forme chronique.
a. Forme aiguë. C'est le type de la goutte normale, telle qu'elle se déroule, dans ses premières manifestations, chez un sujet encore jeune, robuste et à réaction énergique. Les attaques sont ordinairement annoncées par des symptômes précurseurs, auxquels les malades ne se trompent pas et qui, différents selon les individus, sont toujours identiques chez les mêmes personnes. Enfin, survient l'attaque, et voici en quoi elle consiste : « Un individu s'est couché bien portant, souvent même avec une sensation toute particulière de bien-être; il s'est endormi ; puis, au bout de quel-
DES AFFECTIONS DIATI1ESIQUES. 179
que temps, généralement entre une heure et trois heures, il est réveillé par une douleur qui occupe l'un des gros orteils ; il éprouve alors un petit frisson, suivi de malaise fébrile, et la douleur acquiert bientôt une violence sans pareille : après quelques heures de souffrance, qui sont une torture, les phénomènes s'apaisent, des sueurs modérées sont produites et le malade s'endort. Au matin, l'orteil est gonflé ; la peau, d'un rouge foncé, est tendue et luisante; la jointure est douloureuse à la pression, et les veines qui en partent sont turgescentes et dilatées.
L'accès est fini, mais il n'est ordinairement que le premier anneau de la chaîne plus ou moins longue qui continue l'attaque. La journée se passe assez tranquillement, mais la nuit ramène l'exacerbation de tous les accidents ; au matin, une seconderé mission a lieu et; les choses vont ainsi, durant plusieurs jours, ou même quelques semaines. » (S. Jaccoud et F. Labadié-Lagrave, art. Goutte, du Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques .)
b. Forme chronique. Consécutive à la forme aiguë, la forme chronique peut se montrer d'emblée chez des sujets originairement chétifs, ou débilités par une
80 DES MALADIES DE i/AGE CRITIQUE.
cause quelconque. Souvent elle est le résultat de traitements intempestifs ou d'attaques avortées.
La physionomie des symptômes, dans ces cas, est toute différente. Moins intenses, ils durent plus longtemps, et dans l'intervalle des attaques, la santé ne se rétablit pas complètement. Il y a à cela de graves inconvénients, qui ne se rencontrent pas dans la goutte aiguë. De ce que le malade souffre moins, il s'ensuit qu'il ne s'astreint pas à la diète et aux 'autres précautions si utiles pour l'élimination du principe goutteux. De ce que la résolution du gonflement articulaire ne s'opère pas complètement, il résulte que chaque attaque nouvelle ajoute un certain degré de tuméfaction aux jointures, et que les dépôts d'urates se superposent incessamment, jusqu'à produire ces ankyloses qui deviennent une infirmité incurable.
Aussi bien, n'est-ce pas la forme que nous venons de décrire, sous ses deux aspects, qui menace spécialement l'âge de retour, chez la femme. Il n'y a donc pas lieu d'y insister. En effet, la statistique établit pour la goutte régulière, répartie entre les deux sexes, les proportions suivantes :
Sur 80 cas rassemblés par Pâtissier, il n'y en avait
DES AFFECTIONS DIATHESIQUES. 181
que deux appartenant à des femmes, et sur 500 observations rapportées par Durand- Fardel, le sexe féminin ne figure que 22 fois.
La goutte qui survient lors de la ménopause a, communément, d'autres allures et revêt une toute autre physionomie. C'est une goutte anomale.
c. Goutte anomale. On a cru, pendant longtemps, et beaucoup de personnes croient encore, que la goutte peut sauter une génération et réapparaître dans une génération suivante. C'est une erreur: la maladie se transforme, prend un masque qui la déguise aux yeux inexpérimentés, et voilà tout. C'est sous cet état qu'on la voit, presque toujours, se développer, à l'époque de la ménopause, chez des femmes qui, jamais, dans leur jeunesse, n'avaient subi d'attaques régulières, mais qui, issues de parents goutteux, en portaient le germe à l'état latent, c'est-à-dire à l'état de diathèse. Il survient alors ce qu'on a appelé la goutte anomale, ou une succession de symptômes mal dessinés, sous lesquels se dissimule l'arthritisme le plus invétéré. On comprend aisément qu'une affection de cette nature, qui envahit tout l'organisme, se manifeste dans tous les organes et
trouble toutes les fonctions, doit amener, dans un ave-
nir prochain, une débilité générale et une déchéance profonde de la vitalité. C'est ainsi qu'on voit. les malades, parvenues au dernier degré de l'anémie et du marasme, d'une pâleur jaunâtre, la face bouffie, les jambes infiltrées, d'une humeur sombre et soupçonneuse, traîner des jours condamnés et invoquer la mort comme une délivrance.
Mais, avant d'atteindre cette période, la maladiepasse à travers une gradation déterminée, qu'il est permis à l'art d'interrompre, et dont on peut conjurer les suites funestes. C'est du médecin qu'il faut tout attendre dans ces conjonctures. Les gens du monde seraient incapables de saisir le lien qui enchaîne au tout, tel symptôme, pour en faire le cachet de la goutte, alors qu'isolé, ce symptôme aurait une signification toute différente ; à plus forte raison, y aurait-il plus d'inconvénients que d'avantages, à faire ici une description analytique des formes variées et presque toujours insidieuses, sous lesquelles se présente la goutte anomale. On se heurterait inévitablement à ce double écueil : ou de faire croire à la malade qu'elle est capable de débrouiller dans ce chaos inextricable pour elle, ce qui est d'origine goutteuse et ce qui ne l'est pas, ou, au contraire,
DES AFFECTIONS DIATHESIQUES. 183
de lui montrer la goutte partout, comme une menace incessamment suspendue sur sa tête ; fâcheuse alternative, on en conviendra, devant laquelle nous nous abstiendrons, en rappelant, toutefois, à nos lectrices qu'elles sont, jusqu'à un certain point, les propres arbitres de leur sort, puisqu'elles peuvent, à leur gré, laisser accumuler les périls, par leur incurie, les prévenir par une hygiène bien observée, ou les combattre à l'aide d'une science suffisamment armée pour triompher du mal, à condition qu'on l'invoque en temps utile.