DES INDICATIONS HYGIÉNIQUES QUI RÉSULTENT DE LA MÉNOPAUSE
Parlant de la ménopause, Michel Lévy s'exprime ainsi: «L'hygiène seule protège efficacement la femme contre les suites de cette révolution d'âge, et sait conjurer l'imminence morbide qui l'accompagne et lui succède, pendant un temps indéterminé.» C'est, en effet, à l'hygiène, seule, qu'il faut demander secours, lorsque la santé de la femme n'est point atteinte, et qu'il ne s'agit que de lui faire traverser indemne une période qui a ses dangers propres, par conséquent ses exigences. Au surplus, lorsqu'aucun trouble morbide ne s'est encore produit, à quel agent de la matière médicale pourrait-on s'adresser? Nous ne connaissons point de remèdes à effets préventifs. Cependant, nous savons que i'âge critique qui se déroule de la façon la plus normale, introduit dans
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l'organisme, à un degré quelconque, une perturbation qui peut ne se traduire que par quelques légers malaises, ou donner lieu à une maladie Lien caractérisée. Dans ce cas, le problème consiste essentiellement à maintenir l'intégrité des fonctions, à peine encore touchées, et à empêcher que les menaces de maladies ne se réalisent. Dans l'une et l'autre de ces vues, c'est à l'hygiène qu'il faut recourir. Mais il ne suffit pas d'observer les précautions qui sont de mise dans toutes les circonstances de la vie. Il est des règles plus parti» culièrement applicables à l'âge critique, et dont Tinfraction, à cette époque, entraîne une gravité qu'elle n'aurait point eue en d'autres temps. Par compensation, elles peuvent suffire à éloigner tout péril, quand elles sont judicieusement appliquées. C'est pourquoi il importe de vulgariser des connaissances si utiles, pour épargner aux femmes des maux sans nombre, dont elles sont le plus souvent l'unique artisan.
Cependant, avant d'aller plus loin, il importe de bien préciser notre sujet, et d'adopter une division qui puisse guider le lecteur, et le conduire, graduellement, au but que nous assignons à nos recherches.
Tout d'abord, il convient d'établir les indications
générales sur lesquelles repose la conduite à tenir par le praticien, en face d'un cas donné , soit qu'il s'agisse d'une femme bien portante, sans prédominance excessive d'un tempérament quelconque, soit, au contraire, qu'il s'agisse d'une femme prédisposée, par sa constitution, à des déterminations pathologiques de diverses natures, soit enfin qu'une affection morbide vienne accidentellement troubler l'évolution normale de la période critique.
En second lieu, se présentent les préceptes qui découlent des indications générales, et qui en sont comme la mise en œuvre.
Nous étudierons donc en deux paragraphes distincts :
1° Les indications générales de l'hygiène :
a. Chez la femme en état de santé ;
b. Chez celle qu'un tempérament exagéré prédispose à quelque accident ;
c. Chez celle qui se trouve sous le coup d'une maladie intercurrente.
2° La conduite à tenir par rapport aux divers agents qui constituent la matière de l'hygiène.
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§ I. Indications générales de l'hygiène.
Disons, en commençant, qu'à l'approche de l'âge critique, si quelque altération de peu de gravité survenait dans la santé de la femme, le médecin devrait se garder de toute intervention énergique, de peur de troubler l'évolution naturelle qui se prépare, et ne demander ses moyens d'action, qu'aux modificateurs hygiéniques. Alors même qu'un véritable état morbide, indépendant de la ménopause, réclamerait un traitement plus actif, il faudrait encore éviter, — à moins d'urgence absolue, — les purgatifs drastiques^ les bains de siège, les pédiiuves, les émissions sanguines trop copieuses ou trop répétées, etc.
Deux ordres de considérations doivent surtout guider le praticien dans cette occurrence. Laisser en repos l'utérus et ses annexes, et éveiller aussi peu que possible les sympathies qui naissent de ces organes. En second lieu, veiller au maintien de l'harmonie nécessaire entre les systèmes sanguin et nerveux.
Quelque temps avant l'âge delà cessation desrègles?
une femme, soucieuse de l'avenir, devra déjà s'astreindre à certaines précautions, en rapport avec sa constitution et son tempérament, afin d'amender les tendances morbides qui pourraient en résulter. Ainsi devront être soigneusement bannis les abus de la bonne chère, les vins généreux, le café, le thé, etc.; pour peu qu'il existe une propension accusée à la pléthore sanguine, que la ménopause ne ferait qu'exagérer plus tard, en vertu de son action physiologique. Le régime sera donc atténuant, plutôt que stimulant, et composé de viandes blanches, de laitage, de végétaux, d'œufs frais et autres aliments du même ordre. La boisson préférée sera le vin étendu d'une plus ou moins grande proportion d'eau, et, pour certaines personnes, de l'eau pure. Il va sans dire que dans l'institution de ce régime, toute exagération devra être écartée. Les idiosyncrasies demandent à être respectées, de même que les habitudes, dans des limites dont le médecin sera le seul juge compétent. En effet, il se présentera des cas, — et nous en avons rencontré bien fréquemment, —où l'indication consistera, vers l'âge de retour, à relever des forces défaillantes et à réparer un sang appauvri, par une
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nourriture substantielle et des boissons toniques et stimulantes. Dans ces circonstances, on aura recours aux viandes noires, saignantes, aux potages consommés, aux poissons, aux "vins de Bordeaux ou d'Espagne, et enfin, à tous les agents de la bromatologie qui ont la propriété de fortifier l'organisme. Encore une fois, c'est à l'homme de l'art que, seul il appartient de déterminer le régime à suivre d'après les circonstances individuelles.
A. Indications à suivre chez la femme en état de santé. — Quelque bénigne que s'annonce la révolution qui va s'opérer en elle, la femme ne saurait se dispenser de porter une certaine attention sur les phénomènes par lesquels se traduit d'ordinaire l'âge critique. Prévenue par les irrégularités qu'elle observera dans l'apparition et la durée de ses règles, que le moment est venu de se préparer à une phase nouvelle de son existence, elle commencera par réformer, dans ses habitudes, toutes les exagérations, même alors que rien ne l'avertirait encore de leur nocuité. Ainsi, elle se préservera des trop grandes fatigues, même dans les plaisirs, comme des nuits entières passées dans les bals et
les soirées. Elle évitera, dans les représentations théâtrales, les pièces tragiques qui mettraient à une trop rude épreuve son impressionnabilité. Pendant les jours où elle perdra, elle devra être plus attentive encore ; et si le flux était abondant, ce ne serait pas trop de se condamner au repos absolu, sur une chaise longue, car la marche, seule, prolonge quelquefois la durée de l'écoulement, et lui fait atteindre les proportions d'une véritable métrorrhagie. Il nous est arrivé souvent, par ce simple conseil, de mettre fin à des accidents qui menaçaient de devenir inquiétants.
L'équitation qui congestionne les organes du basventre et peut amener l'engorgement des veines hémorrhoïdales, devra être proscrite. Au contraire, les promenades à pied, pourvu qu'elles ne soient pas poussées jusqu'à la lassitude, seront un exercice favorable.
Les bains tièdes en hiver, et les bains de rivière en été, seront utiles, tant pour entretenir la propreté de la peau, que par la sédation qu'ils apporteront au système nerveux.
Il serait oiseux d'énumérer compendieusement les recommandations banales qui s'adressent à cette phase de la vie, et dont on pourrait facilement étendre la no-
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menclature. Nous rappellerons, d'ailleurs, que notre objectif est, en ce moment, la femme en état de santé, chez laquelle quelques préceptes généraux, faciles à suivre et à retenir, seront plus efficaces que les longs exposés qu'on ne lit pas; et nous préférons réserver certains conseils importants, pour les développer à fond, quand se présentera l'occasion de les appliquer, dans les paragraphes qui vont suivre.
B. Indications à suivre en cas de prédisposition morbide. — Chez les femmes douées d'une grande prédominance du système sanguin, qui, pendant le cours de la vie utérine, ont été souvent en proie aux hémorrhagies actives, il faut prévoir les accidents de la pléthore, à l'époque où va cesser le flux cataménial qui venait périodiquement mettre un terme à la tension des vaisseaux et diminuer la masse du sang. A cet effet, une double indication se présente : choisir les matériaux de réparation parmi les aliments les moins nutritifs et dépenser les forces en excès, par un exercice judicieusement réglé; au besoin, on pourra avoir recours à la stimulation des surfaces sécrétoires, pour obtenir une modification dans la crase du sang. Le
régime sera composé de viandes blanches, de laitage, de végétaux, de féculents. Le vin blanc largement étendu d'eau, remplacera aux repas le vin rouge. Une promenade en plein air, d'environ une heure, à pied ou en voiture, immédiatement après le déjeuner et le dîner, contribuera efficacement à procurer des digestions rapides et complètes. Le sommeil de la nuit ne devra pas être prolongé au delà de huit heures, sur un lit plutôt dur que moelleux; deux ou trois fois par semaine, il pourra être bon de se purger légèrement, avec un verre d'une eau minérale purgative, naturelle ou artificielle. Enfin, on agira dans le même sens, à l'aide de boissons rafraîchissantes et diurétiques : les limonades, la décoction de chiendent, etc.
La femme qui, jusque-là, n'aura pas porté de flanelle sur la peau, fera bien de s'en couvrir, aux approches de la ménopause, afin d'activer la perspiration cutanée, et de se préserver, du même coup, des refroidissements qui peuvent devenir la cause de fluxions du côté de la matrice.
Voilà pour les prédispositions qui sont l'apanage du tempérament sanguin exagéré.
Le tempérament lymphatique, lorsqu'il est par trop
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accentué, ne comporte pas moins de précautions, pour ne pas devenir une cause de trouble dans l'évolution de l'âge critique. Ce tempérament se rencontre plus souvent chez la femme que chez l'homme, et il peut être considéré comme assez favorable, lorsqu'il n'est point poussé à l'excès. Il est caractérisé, en général, par la prédominance des liquides sur les solides, d'où résulte la réplétion du tissu cellulaire, qui donne à tout le corps un volume considérable. La complexion est lâche, la graisse abondante, les muscles, bien que volumineux, sont mous et faibles. La peau est blanche et lisse; les veines sont d'un petit calibre et profondément situées. Les artères, également grêles, dessinent. à peine leur relief à la surface du tégument. La circulation générale est languissante, le pouls faible et difficile à percevoir. Toutes les fonctions participent de la torpeur de la circulation sanguine. Les mouvements manquent d'agilité et de souplesse. Les cheveux sont habituellement blonds ou cendrés. Ils sont très-fins. Le plus souvent l'œil est bleu et la physionomie langoureuse ou éteinte. Lorsque ce tempérament demeure dans certaines limites, il est compatible avec une santé parfaite. Mitigé par le tempérament sanguin,.
c'est celui qui se concilie le mieux avec les exigences de la vie sociale, et réalise plus aisément les conditions du bonheur.
Les maladies propres à ce tempérament, sont trèsnombreuses, et c'est principalement à l'époque de la ménopause qu'elles font explosion, quand elles ne se sont pas manifestées déjà dans la jeunesse ou l'adolescence ; ce sont : les dartres, les scrofules, les leucorrhées, les engorgements glandulaires, les tumeurs blanches, les tubercules pulmonaires, et, enfin, les dégénérescences cancéreuses. L'indication consiste, dans ces cas, à maintenir les forces de l'organisme à un degré qui leur permette de lutter contre ces diverses causes morbides, et à empêcher la prolifération des leucocythes dans le sang. C'est par le régime qu'on parviendra surtout à réaliser ce but ; car c'est des matériaux qu'on offrira à l'assimilation, que dépendra, dans une certaine mesure, la composition du liquide nutritif. Nous ne voulons pas dire, assurément, qu'il soit possible à l'hygiène de modifier à volonté les tendances primordiales de l'économie et de créer, de toutes pièces, chez un sujet lymphatique, un sang aussi riche en globules rouges, que le serait le sang d'un plétho-
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rique. Mais ce que nous affirmons, pour l'avoir observé un grand nombre de fois, c'est qu'à l'aide des moyens que nous allons exposer, il est possible d'influer efficacement sur la crase du sang et de modérer l'action du système lymphatique.
En premier lieu, l'alimentation sera composée de viandes noires, saignantes, grillées ou rôties, d'œufs, de poissons, etc., à l'exclusion du laitage et des féculents. On boira du vin rouge aux repas et, de préférence, du Bordeaux ; chaque jour des ablutions froides seront pratiquées sur tout le corps, et suivies d'une promenade à pied, pour ramener la chaleur à la peau. La flanelle est indispensable, et il en faudra changer, toutes les fois qu'elle sera mouillée par la transpiration.
En second lieu, on vivra, le plus que possible, au grand air ; on fera de longues courses à pied ; on évitera les lits trop moelleux et trop chauds, ou enveloppés de rideaux épais. Enfin, on se lèvera de bonne heure, pour respirer l'atmosphère fraîche et pure du matin, et l'on se créera des occupations qui, tout en exigeant l'activité du corps, entretiennent en même temps la sérénité de l'esprit, comme la culture des fleurs, des
fruits, etc. Grâce à ces moyens, mis en œuvre avec persévérance, les prédispositions qui naissent du tempérament lympathique trop accusé, ne se développeront pas, et, le plus souvent, la ménopause suivra son cours normal.
Nous arrivons, à un autre ordre d'accidents qu'il importe de conjurer, et ceux-là menacent exceptionnellement les femmes affectées d'une excessive mobilité nerveuse.
Ces accidents-là sont de ceux qui apportent dans l'existence les plus profondes perturbations, et sèment quelquefois le désespoir au sein des familles. Nous faisons allusion à ces bizarreries de caractère, à cette irritabilité qui s'exaspère, pour la cause la plus futile, à cette humeur sombre qui peut aller jusqu'à l'hypochondrie, à ces terreurs sans fondement, qu'on voit survenir chez certaines femmes, jusqu'alors douces, enjouées, et courageuses jusqu'à la témérité. C'est oue la mobilité nerveuse est le plus cruelle ennemie du repos et du bonheur. C'est que, de tout l'organisme, le système nerveux est le plus directement atteint par les troubles que peut susciter la cessation des règles. Il tient, en effet, sous sa domination, la rectitude des
idées, des sensations et des sentiments affectifs. Aussi quel déchaînement de désordres, lorsque l'équilibre de l'innervation est rompu! On voit alors se manifester les plus singulières aberrations : des haines et des engouements que rien. ne justifie, des désespoirs qui ne sont basés que sur des causes chimériques, des perceptions douloureuses, des spasmes, voire des convulsions, et tout cela, comme conséquence de la concentration nerveuse qui s'est opérée sur la matrice et ses annexes.
L'indication à remplir, pour ramener l'harmonie dans l'innervation, est d'agir sur les muscles, et, par suite, sur la circulation; car s'il est en physiologie une vérité généralement admise, c'est celle qui fait dépendre la pondération du système nerveux, de la richesse du sang et de sa répartition normale dans tout l'organisme. Or, on obtient ce résultat par la gymnastique et l'hydrothérapie, aidées d'un régime en rapport avec la constitution, et de certains médicaments qu'on a nommés antispasmodiques, en raison de la propriété spécifique qu'ils possèdent, de calmer la mobilité nerveuse, et qui sont : la valériane, Tassa fœtida, l'éther, le musc, le castoreum, etc.
Mais nous venons de parler d'un régime en rapport avec la constitution, ce qui implique que la mobilité nerveuse n'est pas le propre d'une constitution déterminée. En effet, — et c'est là un point de doctrine de la plus haute importance, que nous ne pouvons aborder ici, — s'il est des cas où les agents de la médication tonique puissent être utilement employés, comme les ferrugineux et le quinquina, il en est d'autres où ces moyens produiraient les plus détestables effets. C'est à la sagacité du médecin qu'il appartient de les discerner et nous ne dissimulerons pas que c'est là un des problèmes les plus ardus de la thérapeutique.
C. Indications à suivre en cas de maladie intercurrente, étrangère à la ménopause. — La
femme, à l'âge de retour, est tributaire de toutes les maladies qui peuvent affecter l'homme du même âge, indépendamment de celles qui sont le lot exclusif de son sexe. Le traitement de ces maladies diverses ne peut être indiqué ici, et nous n'avons en vue que les modifications qui doivent y être apportées, par la situation particulière qui résulte, pour la patiente, de la période ciimatérique où elle se trouve.
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Ainsi, toutes les fois qu'une médecine expectante ne sera pas contre-indiquée, par la gravité de la maladie, elle devra être observée, de préférence à une médication active qui pourrait entraver l'évolution naturelle de la ménopause; si, au contraire, l'intervention d'une thérapeutique militante était commandée par les circonstances, il faudrait encore, tout en satisfaisant aux exigences du cas pathologique, tenir le plus grand compte des éventualités qui pourraient en résulter sur les phénomènes constitutifs de la ménopause, pour entraver le moins que possible leur marche régulière. C'est assez dire que les ménagements seront de rigueur, et qu'il y aurait danger à se laisser entraîner à des exagérations, quant à l'énergie des moyens employés et à leurs doses.
Par exemple, on modérera, dans les limites de la prudence, les émissions sanguines et l'usage des altérants à longue portée, des débilitants en général et de la diète. On tâchera, surtout, de ne point intéresser dans la médication, les fonctions de l'utérus et des ovaires, depeur.de les troubler par une atteinte intempestive. A cela près, on se conformera aux indications usuelles et on fera toujours prédominer la consi-
dération d'un danger imminent, sur les appréhensions plus ou moins éloignées que pourrait suggérer l'âge critique. En somme, il s'agira plutôt, dans l'institution du traitement, d'une question de mesure et de tact que d'une question de méthode. Aussi n'adressonsnous nos recommandations qu'au praticien expérimenté, seul capable de les comprendre et de les appliquer judicieusement.
A ce propos, nous ferons remarquer combien sont mal inspirées les femmes qui, en pareille circonstance, demandent conseil à un médecin qu'elles voient pour la première fois, et que le plus ou moins de renommée désigne à leur préférence. Qu'elles se confient plutôt à celui qui a coutume de les soigner et qui les a étudiées depuis longtemps; car il faut qu'elles le sachent bien : le plus habile et le plus capable de les diriger, à l'âge critique, sera celui qui saura le mieux se rendre compte de leur état actuel, par le souvenir de leurs maladies antérieures, et des moyens qui lui ont réussi à une autre époque. Cette observation est susceptible d'une application plus générale qu'on ne croit, et nous ne craignons pas d'affirmer que le meilleur guide pour le médecin, est la connaissance des antécédents du
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malade, et, s'il se peut, de la généalogie morbide de la famille; chose sérieuse qui exige beaucoup de temps et de méditations.
§ II. Applications des règles de l'hygiène a l'âge critique.
Gomme on le pense bien, nous n'allons pas passer en revue tous les agents de l'hygiène privée, pour les apprécier successivement, au point de vue de leur influence sur la conservation de la santé, dans ies conditions ordinaires de la vie. Nous n'avons à nous occuper ici que de l'âge critique, chez les femmes, et de l'hygiène spéciale à* cette période climatérique. Notre sujet se trouve donc exactement délimité, et nous ferons en sorte de ne pas nous en écarter, dans l'étude qui va suivre.
Ceci convenu, nous entrons en matière.
A. Des vêtements en général. — Sous un climat comme le nôtre, les variations atmosphériques sont assez brusques, pour qu'il devienne nécessaire de se prémunir soigneusement contre les excès du
chaud et du froid, par l'usage de vêtements appropriés à chaque saison. Si ce précepte général est de mise à toutes les époques de la vie, il a surtout de l'importance à l'âge où la chaleur vitale commence à décroître, et où l'équilibre entre la température du corps et celle de l'air ambiant tend à s'établir trop rapidement. Les femmes arrivées à l'âge critique sont parfois encore assez vigoureuses, pour résister aux intempéries et produire une quantité de calorique qui les rende peu impressionnables au froid. Mais à cette période, une infraction aux règles de l'hygiène qui, jusqu'alors, aurait pu passer sans encombre, est susceptible de déterminer des conséquences graves, eu égard à l'état particulier où se trouve l'organisme qui, plus que jamais, a besoin de l'intégrité de toutes ses fonctions. Or, les fonctions éliminatrices de la peau sont de celles qui ne peuvent subir aucune perturbation, sous peine de retenir, dans l'économie, des matériaux nuisibles, capables de devenir des causes puissantes de maladies. Les pièces d'habillement devront donc être constamment en rapport avec la température de l'air, c'est-àdire plus légers en été, et plus chauds en hiver. Chacun sait que les vêtements empruntent des pro-
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priétés particulières aux tissus qui les composent et aux couleurs dont ils sont empreints. On sait que ceux de laine, de soie ou de coton, sont plus chauds que ceux de toile, surtout quand ils sont d'une couleur qui se rapproche du noir; que les tissus blancs, au contraire, s'échauffent beaucoup moins et méritent, par conséquent, la préférence pendant l'été..
Des nombreuses expériences qui ont été instituées dans le but de se rendre compte de la valeur des tissus, il est résulté la preuve que, de tous les vêtements, ceux qui sont les plus aptes à conserver la chaleur du corps, et à le préserver de l'influence des agents extérieurs, sont ceux qui sont faits d'étoffes de laine blanche, légère, soyeuse, épaisse, et dont les mailles peu rapprochées recèlent une certaine quantité d'air.
Il est, sans contredit, avantageux, d'avoir contracté, dès l'enfance, l'habitude d'être légèrement vêtu, sans avoir à souffrir des changements de température; mais ce n'est pas à l'âge de retour, et moins encore dans la vieillesse, qu'on doit chercher à braver les vicissitudes atmosphériques. Le plus prudent, alors, est de s'en garantir, en prenant de bonne heure ses habits d'hiver,
et en ne les quittant que par degrés, et lorsque la belle saison est solidement établie.
Les vêtements de coton et surtout les vêtements de laine, qui entretiennent bien la chaleur du corps, excitent la transpiration, absorbent la sueur, sont doux au contact et ne produisent jamais la sensation de froid, sont ceux qui conviennent le mieux aux personnes délicates, principalement dans les contrées et les saisons où les variations atmosphériques sont le plus fréquentes. Mais si leur application immédiate sur la peau a, en général, des effets si salutaires, chez les sujets de constitution lymphatique, chez ceux qui sont prédisposés aux catarrhes et aux rhumatismes, et chez les femmes, à l'âge de retour, ces vêtements doivent être remplacés souvent, parce qu'ils s'imprègnent de la transpiration et en retiennent le résidu, ils perdent, dès lors; la faculté d'absorber aussi bien 3 'humidité de la peau, et peuvent même irriter cet organe, jusqu'à produire des démangeaisons incommodes et des éruptions.
Au reste, quand une fois on a contracté l'habitude des vêtements de laine, lorsqu'on porte, depuis longtemps, de la flanelle sur la peau, il serait téméraire de
renoncer à cet usage. On peut, tout au plus, substituer, en été, à la flanelle croisée, trop épaisse, de la flanelle lisse, dite mousseline.
A l'âge critique, la chemise doit être, de préférence, en coton, et les femmes qui en sont encore à la période d'irrégularité qui précède la cessation complète des menstrues, à plus forte raison celles qui sont sujettes aux métrorrhagies, doivent avoir la précaution de ne pas changer de chemise sans avoir, au préalable, chauffé et parfaitement séché celle qu'elles vont revêtir; car il est d'observation que le contact d'une chemise blanche, froide et quelque peu humide, ramène presque invariablement une perte prête à cesser.
B. De la coiffure. — - Les femmes sont moins exposées que les hommes à perdre leurs cheveux, prématurément, et à souffrir des infirmités qu'entraîne la calvitie. Néanmoins, nous leurs conseillons, pour la nuit, un bonnet léger, retenu au moyen d'un ruban noué sous le menton. Cette coiffure ne doit jamais être en laine, ni d'un tissu épais, de peur d'entretenir une trop grande chaleur, et de favoriser l'afflux du sang vers le cerveau.
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C. Du pantalon. — Un sérieux inconvénient des vêlements de la femme, c'est d'être ouverts par la partie inférieure et de permettre à l'humidité et au froid d'agir presque directement sur les organes génitaux et le bas-ventre. A l'âge critique cet inconvénient devient un danger. Pour y parer, nous conseillons aux femmes l'usage du pantalon déjà adopté, du reste, dans certaines classes de la société, et qui tend, chaque jour, à se répandre davantage. Cette pièce de vêtement qui est devenue, dans les villes, un complément indispensable de la toilette, sert encore à un autre usage et rend un véritable service à titre de garniture, aux époques menstruelles. La chemise seule, soutenue par le pantalon, peut suffire, là où des serviettes assujetties difficilement par toutes sortes de liens, étaient de rigueur, malgré leur incommodité.
Il serait désirable que l'usage du pantalon se propageât dans les campagnes, où son utilité n'est pas moindre pour les femmes, que dans les cités. Il appartient aux médecins surtout de prêcher l'adoption de ce vêtement, et de combattre la routine et les préjugés qui s'opposent à sa vulgarisation .
D. Du corset. — Le ridicule est à son comble, lorsqu'on voit des femmes de cinquante ans, se vêtir comme de jeunes personnes et se soumettre aux excentricités de la mode, cette idole du jour, aussi funeste aux mœurs, qu'au bien-être des familles. On nepeut se défendre d'une certaine commisération pour l'égarement de ces malheureuses qui ne craignent pas de se découvrir les bras et la poitrine, et de se soumettre aux tortures de corsets trop serrés, pour se faire une gorge et une taille artificielles. Si, encore, chez ces natures mondaines, il n'y avait à reprendre que la futilité, et si cette coquetterie, hors de saison, n'était justiciable que de la satire ! mais non. Les plus graves dangers résultent de ces pratiques, à un âge où le moindre refroidissement peut faire éclore des tubercules qui sommeillent, où des compressions exagérées sont susceptibles de déterminer des engorgements aux seins, à la matrice ou aux ovaires. Ce n'est pas qu'il faille proscrire absolument le corset. Inutile chez la femme maigre, il peut trouver son emploi chez celle qui jouit d'un certain embonpoint pour soutenir la gorge, et la préserver des tiraillements qui proviennent de son poids. Mais il ne doit
jamais devenir un instrument de gêne et encore moins de torture. Il doit être un support et non un moyen de compression. C'est tout ce que nous voulons endire.
Les dames grecques et romaines portaient aussi une espèce de corset, constitué par une simple bandelette, qu'en Grèce on appelait thainidion et qui portait à Rome le nom de strophium. Ces bandelettes devaient avoir encore assez de largeur, puisque les femmes s'en servaient pour cacher les vers et les billets doux qui leur étaient adressés. Mais elles n'étaient pas trop serrées et ne pouvaient occasionner aucun mal.
Il faut bien reconnaître qu'un progrès s'est accompli, de nos jours, dans le costume des femmes. Elles ont moins de tendance à se serrer la taille outre mesure, comme elles le faisaient il y a quelques années. Nous voudrions seulement qu'elles fissent entrer moins d'étoffe dans la confection de leurs robes, non-seulement par un motif d'économie bien entendue, mais surtout, afin d'en alléger le poids et de diminuer la fatigue qu'elles doivent éprouver à traîner, après elles, tant de draperies superposées, non moins disgracieuses qu'inutiles.
Si nous voulions, encore une fois, établir un parallèle entre les femmes de la Grèce antique et les élégantes de notre temps, nous dirions avec J.-J. Rousseau : « On sait que l'aisance des vêtements qui ne gênaient point le corps contribuait beaucoup à lui laisser, dans les deux sexes, ces belles proportions qu'on voit dans leurs statues, et qui servent encore de modèles à l'art, quand la nature défigurée a cessé de lui en fournir parmi nous. De toutes ces entraves gothiques, de ces multitudes de ligatures qui tiennent, de toutes parts, nos membres en presse, les Grecs n'en avaient pas une seule ; leurs femmes ignoraient l'usage de ces corps de baleine, par lesquels les nôtres contrefont leur taille, plutôt qu'elles ne la marquent.» Disons encore avec le même philosophe, que la finesse de la taille, a, comme tout le reste, ses proportions, sa mesure, passé laquelle elle est certainement un défaut. Ce défaut serait même frappant sur le nu : comment deviendrait-il une beauté sous le vêtement?
Si les considérations qui précèdent sont applicables à la femme, encore jeune, combien plus le sontelles à la femme qui a atteint l'âge de la ménopause ?
« Étalez, leur dirons-nous avec Horace, la pourpre de Cos et vos riches pierreries, vous ne rattraperez jamais les années que le temps, qui s'envole, a laissées dans nos fastes. »
F. De la chaussure. — La chaussure d'aujourd'hui mérite une critique sévère. Généralement trop légère, elle ne garantit pas suffisamment le pied contre le froid et l'humidité, si redoutables à lage critique. Et puis, la hauteur démesurée du talon, placé presque au milieu de la semelle, déplace à ce point le centre de gravité du corps, que la marche exige de la femme les plus pénibles efforts, pour maintenir son équilibre. On le voit à sa posture disgracieuse, obligée qu'elle est de soutenir une lutte incessante contre les inflexions naturelles de sa colonne vertébrale, pour ne pas choir en avant. On ne saurait se dissimuler tous les inconvénients qu'entraîne une mode si étrange, et les organes contenus dans le bassin doivent certainement ressentir les effets des contractions musculaires auxquelles la patiente est obligée de recourir dans la station verticale. Les femmes feraient sagement de s'insurger contre une telle tyrannie, quel que
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soit leur âge. Mais celles pour qui nous écrivons, y sont plus particulièrement intéressées. Qu'elles adoptent une chaussure moins légère et assez large pour que le pied y soit logé à l'aise; car rien ne dispose plus une partie au froid, que la compression, sans compter le désagrément des callosités et des cors qui en sont la conséquence habituelle.
F. De l'exercice. — L'inaction est ce qu'il y a de plus contraire aux vœux de la nature et de plus préjudiciable à l'intégrité des fonctions. C'est la source la plus féconde des infirmités, des maladies et des vices qui affligent l'espèce humaine. Au contraire,le travail et l'exercice sont les meilleurs garants de la santé, des mœurs et du bonheur ici-bas. En effet, la santé qui consiste dans le jeu régulier des organes, ne résiste pas longtemps à l'inaction qui fait languir la digestion, ralentit les sécrétions et surtout la perspiration cutanée.
Le défaut de mouvement et d'activité physique produit des digestions incomplètes, des sucs mal élaborés et, en fin de compte, un sang pauvre et vicié, impropre à la réparation des organes et à la pondération du système nerveux.
Toutefois, l'exercice salutaire que nous préconisons n'est pas la promenade dans une voiture bien capitonnée, mollement suspendue et hermétiquement close, où une jeune femme vaporeuse se prélasse, à moitié assoupie, pour rentrer peu après, au sein de son boudoir, et poursuivre dans une douce rêverie les chimères qui remplissent ses jours inutiles.
Le véritable exercice est celui qui exige le concours de toutes les parties du corps, et que l'on prend à l'air libre. C'est celui qui convient particulièrement aux femmes irritables, nerveuses ou pléthoriques, qui approchent de l'âge de retour, ou qui parcourent cette période si souvent orageuse. Il est surtout indispensable à celles qui ont franchi ce cap des tempêtes, et qui n'éprouvent plus le bénéfice de l'exonération menstruelle.
Enfin, l'exercice proportionné à l'état des forces est le remède le plus efficace contre une foule de maladies chroniques et le plus sûr préservatif des engor gements de la matrice et des ovaires. La marche réalise toutes les conditions d'un exercice normal, parce qu'elle met enjeu tout le système musculaire, active la respiration, accroît la chaleur animale et fa-
vorise l'hématose. L'accélération du cours du sang en est aussi la conséquence; d'où une certaine excitation qui se propage dans les organes internes, secoués déjà, à chaque pas, et placés ainsi dans les meilleure? conditions, pour prévenir la stase sanguine dans leur tissu et? en définitive, empêcher les engorgements de l'organe gestateur si fâcheusement prédisposé à ces sortes d'affections, quand est venu l'âge de retour. Rien n'est plus propre à calmer les affections nerveuses devenues si fréquentes dans les grandes cités, parmi les femmes livrées à la mollesse, alors que dans les campagnes et au milieu des classes laborieuses on n'en rencontre nulle trace.
En résumé, l'exercice "modéré développe l'appétit, accélère le travail de la digestion et prévient la constipation ; il stimule légèrement les fonctions de la peau, et il est toujours suivi d'un sentiment de bienêtre et de plaisir, indice de son action bienfaisante sur l'économie.
La promenade à pied a d'autres avantages, encore ; elle exerce une influence heureuse sur les idées et excite d'une manière agréable l'action des sens, par le spectacle qui vient les frapper. Si l'on se trouve
transporté à la campagne, dans la saison des fleurs, on respire un air embaumé que les bronches admettent jusque dans leurs ramifications, avec un sentiment de bien-être qui se répand dans tout le système et qui double le plaisir d'exister. Dans cette heureuse disposition du corps et de l'esprit, on s'intéresse davantage aux scènes variées de la nature champêtre, et le moral comme le physique se trouvent favorablement modifiés.
L'heure la plus propice pour la promenade est le milieu du jour, en hiver, et en été, le matin et le soir, quand la rosée est dissipée et que le soleil ne darde pas des rayons trop embrasés. On choisira, de préférence, des endroits secs et élevés, où circule un air plus vif et plus pur.
L'exercice du cheval peut être également recommandé aux femmes parvenues à l'âge critique, mais elles doivent s'interdire le trot et le galop, pour ne pas exposer les organes du bas ventre à des commotions trop violentes.
11 est pourtant des cas où l'équitation doit être proscrite absolument; c'est quand il existe, à quelque degré que ce soit, un engorgement de l'utérus,
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un déplacement de cet organe, ou une affection quelconque des ovaires. On comprendra facilement l'influence fâcheuse que pourraient avoir les mouvements inhérents à l'équitalion, dans les circonstances dont nous parlons.
G. Du sommeil. — Le repos est nécessaire à nos organes pour entretenir leur vigueur, qu'userait bientôt un exercice trop prolongé. La santé, surtout chez les gens arrivés au seuil de la vieillesse, est au prix d'une juste pondération entre le sommeil et la veille. A l'âge de retour, la femme est particulièrement intéressée à l'observance des préceptes de l'hygiène qui régissent cette matière, parce que la situation que lui fait son sexe, à cette période de la vie, commande des précautions auxquelles l'homme n'est point assujetti au même point. Ainsi, la chambre à coucher, les matériaux du lit, la durée du sommeil, sont autant de causes qui peuvent influer sur les phénomènes de la ménopause.
Le sommeil consiste dans la suspension momentanée de l'action des sens et du cerveau, ainsi que des mouvements soumis à l'empire de la volonté. C'est un
état de repos du corps et de l'esprit qui, en interrompant nos rapports avec les objets extérieurs nous soustrait, pendant sa durée, aux douleurs physiques comme aux peines de l'âme, et qui renouvelle, chaque jour, pour nous, le charme de l'existence.
Un sommeil paisible et profond répare les forces épuisées et favorise la nutrition : sous son influence, la circulation et la respiration se ralentissent, les sécrétions diminuent et la digestion s'opère moins vite que pendant la veille.
Le besoin du sommeil est plus impérieux chez les femmes que chez les hommes. Becquerel y voyait un effet de l'habitude. Pour nous, c'est un effet de leur organisation plus débile et d'une sensibilité plus exquise, qui retentit sur le cerveau et amortit ses facultés, en un temps plus court que dans l'autre sexe.
Or, le calme de l'esprit et le repos du corps contribuent, pour beaucoup, à la régularisation des fonctions momentanément troublées par la cessation des menstrues. Aussi, le sommeil doit-il être respecté à ce moment et entouré de toutes les conditions qui peuvent en faire un agent salutaire. D'un autre côté, l'assimilation des matériaux alibiles et les phénomènes nutritifs qui
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se passent dans la profondeur de nos tissus, n'ont pas moins besoin de sédation, et le sommeil pris en temps opportun, et à dose convenable, est sans contredit le premier et le plus efficace des antispasmodiques. Combien cette préoccupation oiseuse, en apparence, ou tout au moins hors de saison, n'est-elle pas justifiée, à une période de la vie où la force plastique est si souvent déviée,- et où les dégénérescences de toute sorte abondent, favorisées qu'elles sont p;ir les modifications intimes qui s'opèrent dans l'organisme de la femme.
Nous ne saurions donc assez insister sur les funestes conséquences des veilles prolongées à l'âge climatérique, et c'est surtout aux femmes du monde que s'adresse notre recommandation; car aux inconvénients de la fatigue, elles ajoutent généralement ceux d'une surexcitation factice des sens, qui résulte de la danse, de la musique, des spectacles, etc., auxquels elles consacrent une partie de leurs nuits.
La durée du sommeil ne saurait avoir rien d'absolu; chez telle personne, six heures seront suffisantes, tandis qu'il en faudra huit, et plus, chez telle autre. L'expérience sera le meilleur guide en pareille occurrence. Si, au moment de se lever on se sent d'humeur
alerte, les membres reposés et l'intelligence nette, on peut en conclure qu'on a assez dormir et il est d'observation que les constitutions faibles et les individus avancés en âge, ont besoin d'un sommeil plus long que ceux qui se trouvent dans des conditions opposées. Les jeunes gens et les tempéraments pléthoriques, supportent, par conséquent, moins bien un séjour prolongé au lit, qui serait tout aussi préjudiciable à la femme de quarante ans, obèse et soumise à des accidents cérébraux, provenant d'un sang trop riche ou trop abondant.
C'est pendant la nuit seulement que le sommeil est vraiment réparateur. L'obscurité, le silence et, sans doute aussi, certaines conditions météorologiques encore inexpliquées, nous envahissent et nous invitent à dormir. Si nous résistons à ce besoin, le malaise qui en résulte nous avertit que nous transgressons un vœu de la nature, et la science ajoute que nous compromettons notre santé.
Gomme la digestion est ralentie par l'effet du sommeil, il y a danger à se mettre au lit immédiatement après le repas du soir. Un intervalle de trois à quatre heures est ordinairement nécessaire, et cette précau-
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lion a une importance que nous signalons tout particulièrement à nos lectrices.
H. Des relations conjugales vers Pépoque de la ménopause. — Il faut distinguer, pour ce que nous allons dire, deux périodes :
1° Celle où la menstruation s'opère encore, mais avec l'irrégularité qui précède, d'un temps plus ou moins long, sa disparition;
2° Celle où la fonction menstruelle est définitivement abolie.
Pendant les troubles qui accompagnent l'établissement de la ménopause, l'acte génésiaque peut être la source d'accidents nombreux pour la femme, en raison de l'ébranlement nerveux qui en est la conséquence et du retentissement qu'en éprouve l'appareil sexuel, siège des modifications physiologiques qui sont en voie de se produire. Il est surtout pernicieux par son action mécanique sur l'utérus, prédisposé aux congestions irritatives, par le fait même de la stase sanguine qui affecte les organes du bassin. A plus forte raison, les métrorrhagies seront-elles aggravées par l'une et l'autre de ces conditions, que réalise le
rapprochement des sexes. La continence est donc rigoureusement nécessaire durant toute la période qui marque l'acheminement vers la ménopause. Mais alors que celle-ci s'est effectuée et que, depuis un temps suffisamment prolongé, les règles n'ont pas reparu, notamment si la transition s'est faite sans encombre, la nature peut sans inconvénients reprendre ses droits. Seulement, il importe de fixer la limite de ces droits, afin de ne laisser au dérèglement des sens aucun prétexte pour en abuser.
[1 nous paraît donc nécessaire avant d'en venir à des préceptes, de déterminer quel est l'état que l'âge imprime à la femme, relativement à l'exercice des fonctions génitales et aux passions qui s'y rapportent.
Et, d'abord, voyons ce qui se passe du côté des ovaires : ce sera une des meilleures preuves qu'on puisse invoquer, en faveur de la dépendance qui existe entre ces organes et la menstruation,
Les ovaires qui jouissaient de la plus grande énergie vitale, à l'âge de la puberté, sont frappés d'atrophie progressive, aux approches de la cessation des règles. C'est ainsi que l'auteur d'un livre auquel nous avons déjà fait plusieurs emprunts, — Raciborski, —
explique certaines interruptions que l'on voit survenir dans la marche régulière de la menstruation, aux approches de la ménopause. Ces rémittences, ces hésitations, proviennent, d'après lui, de ce que l'atrophie physiologique n'atteint pas toutes les vésicules ovariques en même temps, et que, pendant que quelquesunes d'entre elles sont déjà mortes pour la reproduction, d'autres survivent encore et peuvent continuer les phases normales de l'ovulation. C'est aussi de cette manière qu'on peut se rendre compte de ces grossesses tardives dont on a eu des exemples, même quelques années après que la cessation des règles a pu être considérée comme définitive. Il arrive là quelque chose d'analogue à ce qui se passe chez les femmes qui deviennent enceintes, malgré une désorganisation profonde des ovaires. Il suffit qu'une seule vésicule échappée à la destruction fonctionne encore, pour que, aidée par les circonstances, la conception puisse se produire.
La faculté de procréer s'éteint donc chez la femme avec la menstruation. C'est alors, également, que les ovaires s'atrophient, comme nous venons de le dire, que les seins se flétrissent, et que la matrice perd son
activité organique. Le corps lui-même ne tarde pas à entrer dans la phase de décrépitude, et bientôt on voit cette femme, si favorisée par la nature, à l'âge où elle était préposée à la reproduction de l'espèce, disgraciée à l'égal d'un être qui n'a plus de mission à remplir ici-bas. Cependant, la famille et la société la dédommagent de la perte de ses agréments physiques en l'entourant du respect et des soins touchants qui sont comme la rémunération des services qu'elle a rendus à l'une et à l'autre, en se vouant aux devoirs de la maternité. A cette période critique de la vie, la femme a éminemment besoin de l'affection et de la proteclion du mari dont elle a embelli l'existence. Bien coupable serait celui qui pousserait l'ingratitude jusqu'à l'indifférence ou à l'abandon.
Pour en revenir à notre thèse, touchant l'innocuitédes relations conjugales, quand s'est accomplie la révolution qui accompagne la cessation des règles, ajoutons que, dans notre esprit, celte innocuité tient surtout à l'amortissement des excitations sensuelles qui ne comporte guère qu'un usage modéré des plaisirs de l'amour. Mais il ne faudrait pas que des sollicitations factices, entretenues par la perversion des
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idées, fassent écoutées au delà de certaine mesure, sans quoi notre proposition perdrait toute sa valeur.
Nous ne voulons pas avancer, assurément, que la femme ne conserve la faculté d'aimer jusqu'à une époque très-avancée de la vie; seulement, cette faculté se modifie et devient un culte dégagé de toute préoccupation charnelle.
Que si l'on nous objectait le devoir conjugal, dont notre argumentation semble faire trop bon marché, nous ferions remarquer que généralement le mari a, en moyenne, dix ans de plus que sa femme ; par conséquent de cinquante à soixante ans, lorsque celle-ci atteint l'âge critique. Or, à cet âge, la sagesse conseille aux hommes la plus grande modération dans les rapports sexuels. «Je tiens pour certain, — disait l'abbé Maury, — que, passé cinquante ans, un homme de sens doit renoncer aux plaisirs de l'amour ; chaque fois qu'il s'y livre, c'est une pelletée de terre qu'il se jette sur la tête. »