‹ Conseils aux nouveaux éducateurs de vers à soie: résumé des méthodes et desChapitre 10 sur 35 · SECTION IL · texte numérisé non relu

SECTION IL

DE IiA MACHV ASTERIE OU DU fcOCAIi REgTONB AUX VERS A SOIE.

§ < er .

Des conditions d'me bonne magnanerie.

Aussitôt que l'on peut, sans inconvénient, cueillir la feuille des mûriers , c'est-à-dire , pour les mi-tiges, vers la cinquième ou la sixième année, et, pour les hautes tiges, vers la huitième ou la neuvième année, il faut s'occuper du local destiné aux vers à soie; ce local s'appelle magnanerie, du mot magna/n , nom populaire du ver à soie en Provence (1).

Que les éducations soient de peu d'importance ou qu'elles soient considérables, les mêmes principes doivent toujours présider à l'arrangement de la magnanerie, c'est-^à-dire qu'il faut se réserver les moyens de chauffer Fatelier, quand cela est

(1) On fait dériver ce mot du verbe provençal magni , manger avec avidité, ou bien encore de maismda, famille, ou wainagium, chose de ménage.

nécessaire, quelquefois de le refroidir, et toujours de renouveler l'air.

Seulement ces résultats seront plus facilement atteints quand il ne s'agira que de petites éducations, et surtout quand les vers seront loin de remplir la capacité disponible de la pièce où l'on se propose de les élever; dans ce dernier cas, la masse d'air, étant très-considérable par rapport aux vers, ne peut être que difficilement viciée; il suffit même souvent des portes et des fenêtres pour la renouveler, et tout moyen de chauffage peut être employé sans inconvénient. Une chambre, où il y a peu de vers relativement, n'est pas plus difficile à gouverner, pour la chaleur et la ventilation, qu'une chambre de malade, ou même une chambre d'habitation ordinaire dans laquelle on voudrait entretenir une température à peu près égale et respirer un air toujours pur; avec quelques soins et quelques précautions, on y parvient sans peine.

Quand les éducations, au contraire, ont une certaine importance, et lorsque l'on veut élever dans un local quelconque la plus grande masse de vers possible, afin d'économiser les frais d'emplacement, qui, autrement , seraient hors de toute proportion, il devient indispensable de recourir à des moyens plus puissants, sous peine, dans certains moments de touffe et de chaleur, de voir périr

toute la chambrée. Les vers à soie , comme tous les animaux, ont besoin d'air pur, et plus on les presse et on les accumule , plus ce besoin se fait Sentir vivement.

L'ignorance et les préjugés étaient tels autrefois à cet égard , que dans la plupart des localités séricicoles, ainsi que nous l'avons dit plus haut, au lieu «de chercher à renouveler l'air, on fermait hermétiquement les ateliers, et que, sous prétexte de les purifier, on y brûlait les substances les plus étranges, qui, en se combinant avec le fumier des litières et les exhalaisons des vers morts , ne faisaient qu'augmenter l'infection. Ce n'est que par une ventilation constante et assurée que l'on peut entretenir la salubrité d'une magnanerie ; tout autre moyen est empirique et absurde.

De la ventilation des magnaneries suivant le

système d'Arcet.

Pour entretenir la ventilation d'une magnanerie et, par suite, la pureté de l'air, Olivier de Serres avait indiqué de faire des trappes dans le bas de l'atelier et de soulever une rangée de tuiles dans le haut; mais cela était complètement insuffisant dans la plupart des circonstances. Dandolo 3 ^ait un progrès en disposant un plus grand nombre

d'ouvertures dans le plancher et dans le plafond, et surtout en prescrivant des cheminées d'appel pour appeler l'air et forcer la ventilation. Enfin est venu le système de l'illustre et à jamais regrettable d'Arcet (1). Ce système, appliqué pour là première fois aux Bergeries de Senart, est }>ien supérieur à tout ce qui avait été fait et tenté jusque-là. Il part du même principe que Dandolo, mais il répond bien mieux aux besoins d'une ventilation énergique; il peut s'appliquer à tous les locaux, à toutes les chambrées, et, quoi qu'on puisse dire, il est peu dispendieux et d'une extrême simplicité.

Le système de magnanerie d'Arcet consiste à forcer la ventilation, dans tous les cas et dans toutes les circonstances, de manière à pouvoir toujours renouveler l'air de la magnanerie suivant qu'il est nécessaire et autant qu'il est nécessaire (2).

(1) C'est le 3 août 1844 que M. d'Arcet nous a été enlevé par une imprévue et cruelle maladie ; il était encore dans toute la force de l'Age et du travail, perte immense pour la science et pour le pays. Sa vie tout entière n'a été qu'un long dévouement à nos intérêts les plus chers , et ses nobles et utiles travaux n'ont cessé de rendre les plus grands services à l'administration des hospices, à la salubrité de la capitale et des établissements publics, au bien-être et à l'amélioration des manufactures , enfin à la prospérité de l'agriculture, et particulièrement de l'industrie de la soie, pour laquelle il avait une affection toute spéciale et qu'il n'a cessé de soutenir au milieu des luttes et des obstacles inséparables de tout progrès.

(2) On a prétendu que quelques-unes des magnaneries d'Arcet construites {lans le Midi avaient été impuissantes pour abaisser la

Ce système a pour but, en outre, de régulariser la température et la ventilation , en distribuant également et uniformément dans toutes les parties de l'atelier soit l'air chaud, soit l'air froid; ce qui ne peut jamais avoir lieu dans les autres systèmes, où l'on ne chauffait qu'avec des poêles et des cheminées placés dans l'intérieur, et où l'on n'avait, pour renouveler l'air, que des trappes et des ouvertures percées sans règle et insuffisantes la plupart du temps.

Voici en peu de mots la description d'une magnerie d' Arcet : dans le plancher de la magnanerie et dans sa longueur sont placées plusieurs gaines percées de trous; trois ou quatre gaines, suivant la largeur de la chambre. Dans le plafond se

température ; il est probable que le système de ventilation avait été mal appliqué. Quand on veut faire marcher une voiture , si un cheval ne suffit pas, on en met deux ; pour une magnanerie, si les moyens d'abaisser la température ne sont pas assez forts, on les augmente : pour cela , on n'a besoin que d'avoir un tarare plus grand ou une cheminée d'appel plus élevée. Mais , ce qui est le plus important, ce n'est pas tant d'abaisser la température que de conserver à l'air toute sa pureté. Dans une plaine , et mieux encore sur une colline , l'homme supporte très-bien le soleil le plus ardent par 30 et 35 degrés Réaumur, tandis que dans une chambre fermée il serait impossible de résister à une pareille température. De môme, pour les Vers à soie dans une magnauetie, ce qui esta craindre, ce n'est pas la trop grande chaleur, mais la stagnation et la corruption de l'air ; c'est pour cela qu'il faut constamment renouveler cet air, comme la nature prend soin de le faire dans la plains ou sur la colline : or, sous ce rapport, il n'y a pas de système qui offre plus de ressources que le système d' Arcet.

trouvent des gaines correspondantes également percées de trous ; ces dernières gaines aboutissent, à Tune des extrémités du plafond de la magnanerie, soit à un tarare, soit à une cheminée d'appel. En dehors de la magnanerie, à l'un des bouts, est placé le calorifère ; au-dessous est la cave ou la chambre d'air frais. Pour élever la température de l'atelier ou la baisser, on fait passer l'air extérieur soit par le calorifère , soit par la chambre d'air froid (1 ) ; de là cet air pénètre dans l'atelier par les gaines du bas : un courant naturel dans plusieurs circonstances et forcé dans d'autres (2), au moyen du tarare ou de la cheminée d'appel, s'établit aussitôt par les gaines du haut, et dans un temps donné tout l'air de la magnanerie se trouve renouvelé. Quant à la distribution égale et uniforme de l'air chaud ou de l'air froid dans

(1) 11 faut se réserver les moyeos de faire entrer l'air extérieur dans les gaines directement et sans le faire passer par la chambre d'air chaud, car souvent cet air extérieur peut avoir le degré de température convenable ; il faut aussi, quand on a une glacière à sa disposition, se réserver la possibilité de placer des paniers pleins dé glace dans le réservoir d'air froid, ce qui est d'un grand secours dans les moments de chaleur suffocante ou de touffe.

{î) Quand la température de la magnanerie est plus élevée que la température extérieure, le courant s'établit naturellement par le principe qui porte tout air chaud à s'élever comme étant pins léger ; quand , au contraire , c'est la température extérieure qui est plus chaude , le courant ascensionnel ne peut s'établir que par le tarare ou la cheminée d'appel.

toutes les parties de l'atelier, voici encore comment M. d'Arcet y est parvenu : il a imaginé de percer les trous des gaines d'une manière inégale, commençant, auprès de l'entrée de l'air dans l'atelier, par des trous très-petits, et agrandissant ensuite successivement ces trous, d'après certaines données mathématiques très-simples. Il en résulte une égalité de répartition que l'on peut dire parfaite, de sorte qu'il n'est pas une partie de l'atelier qui ne reçoive la même chaleur, et dont l'air ne soit renouvelé avec la même rapidité.

Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails .de construction de cet appareil, et nous sommes obligé de renvoyer le lecteur aux publications de M. d'Arcet, et notamment à ce qu'il a écrit à cet égard dans le IV e volume des Annales séricicoles, page 1 46 ; on y trouvera tous les documents que l'on peut désirer, avec deç planches exactement dessinées par M- Lemoine, architecte (1).

Quant aux dépenses nécessaires pour établir une magnanerie suivant le système de M. d'Arcet, nous n'hésiterons pas à répéter ce que nous avons déjà dit bien souvent, et ce que nous prouverons toujours par les chiffres , c'est qu'avec quelques soins et quelque intelligence l'établissement de ce système n'est pas plus coûteux que la construc-

(1) Ce travail de M. d'Arcet a été imprimé séparément; on le trouve à la librairie de madame veuve Bouchard-Hozard.

tion d'une dandolière, surtout s' il s'agit d'un grand atelier. Quelques gaines en sapin tant dans le plancher que dans le plafond, un tarare ou une cheminée d'appel, une jchambre à air chaud et une cave, voilà, en définitive, à quoi tout se réduit ; c'est là ce que quelques personnes, soit par ignorance, soit par mauvaise intention, ont voulu présenter comme une immense machine bien compliquée et hors de la portée de la plupart des éleveurs.

Rien, au contraire, n'est plus simple ni plus facile à établir ; mais enfin, quelque peu considérable que puisse être la dépense nécessaire pour l'établissement du système complet, si Ton reculait devant cette dépense, nous conseillerions de faire au moins des trappes dans le plancher de la magnanerie et de placer un tarare ou une cheminée d'appel à l'une des extrémités du plafond : on peut faire ces dispositions peut-être pour 20 ou 30 francs, et l'on aurait la base du système de ventilation forcée.

Il s'est rencontré une foule de personnes que l'exemple de M. d'Arcet a entraînées, et qui ont voulu aussi créer des systèmes de ventilation de magnanerie. Certes, il sera toujours très loin do notre pensée de proscrire le progrès et les expériences; mais ce que l'on ne peut s'empêcher de déplorer, c^est de voir continuellement présenter

comme fait acquis ce qui u'est encore qu'à l'état de tentative et d'ébauche. Ce qui fait la supériorité actuelle et véritable du système d'Àrcet, c'est que ce système a été appliqué sur une foule de points ; c'est que, chaque année, il compte de nouveaux succès. Voilà ce qui, en industrie, établit les titres; voilà ce qui vaut mieux que toutes le^ théories, et ce que doit consulter, avant tout, l'agriculteur circonspect, qui ne veut pas exposer inutilement ses capitaux.

Parmi les nouvelles modifications que l'on a prétendu introduire dans le système «d'Arcet, se trouve la ventilation horizontale ; nous ne pouvons nous empêcher de dire quelques mots à cet égard.

M. d'Arcet a établi sa ventilation de bas en haut, ce qui paraît conforme à toutes les règles de la physique ; on a proposé de la faire horizontalement, disant que l'air serait mieux balayé entre les claies. Mais que d'embarras pour établir ainsi ce système , pour mettre les gaines sur le côté , pour y faire arriver l'air chaud, pour changer la place du tarare ou de la cheminée d'appel ! JEt puis les auteurs du projet s'imaginent qu'on peut traiter les courants d'air comme des cordes que l'on tendrait d'un flanc de la magnanerie à l'autre : mais l'air se permettra très-souvent de ne pas traverser ainsi l'atelier; quand il sera plusihaud, il montera toujours au plafond, décrivant, non pas des

ligues droites horizontales, mais des courbes variées et irrégulières* Ensuite on donne comme un grand avantage de pouvoir mieux balayer l'air corrompu entre les claies. Mais, avec le système d'Arcet, toute parcelle d'air viciée entre les claies ou en dehors des claies est enlevée de l'atelier en aussi peu de temps qu'on le veut; d'un autre côté, pour balayer l'air horizontalement, il faudrait exposer les vers à soie à des courants que ces animaux, en général, paraissent craindre extrêmement, tandis que, dans le système d'Arcet, l'air, arrivant pardessous les claies, ne frappe pas les vers directement et ne peut leur faire aucun mal. On pourrait ajouter encore d'autres considérations , mais nous pensons que ces simples réflexions suffiront pour engager les nouveaux éleveurs à ne pas quitter le connu pour l'inconnu, et à rester dans les principes indiqués par M. d'Arcet (1); après une longue, expérience de ces principes , nous pouvons leur garantir qu'ils ne le regretteront pas,

(1) Du reste, les principes de M. d'Arcet ne sont autres que les principes établis par la nature même pour la circulation et le renouvellement de l'air. Si nos architectes les plus habile étudiaient uu peu plus les lois de la physique, on ne les verrait pas faire d'aussi lourdes méprises, non-seulement pour la respiration des vers à soie, mais encore pour celle des pauvres humains, qu'ils condamnent impitoyablement , la plupart du temps , à suffoquer dans les plus magnifiques palais, au milieu des cérémonies les plus solennelles ou des fêtes les plus brillantes. On croit avoir tout fait lorsqu'on a» établi, dans un théâtre, dans une grande satle d'assem-

De l'étendue que l'on doit donner aux magnanerie».

, L'étendue des magnaneries doit être en rapport avec le nombre de mûriers que Ton a plantés, la quantité de feuille que Ton peut récolter et l'importance des éducations que Ton veut faire.

Nous avons dit qu'il fallait au moins 20 mûriers hautes tiges greffés de neuf à dix ans , ou 50 mitiges , également greffés, de sept à huit ans, pour produire 1,000 kilog. de feuille, et qu'avec ces 1,000 kilog. on pouvait récolter 50,000* cocons pouvant peser 80 kilog.

Or, pour élever les vers qui doivent donner ces 50,000 cocons, on calcule qu'il faut environ 50 mètres carrés de tables, à peu près 1 mètre carré

blée ou dans un hôtel, des poêles ou des calorifères qui n'ont pas une communication suffisante avec l'air extérieur, ou même qui n'en ont pas du tout, et qui ne donnent, par conséquent, qu'une chaleur lourde et brûlante. D'un autre côté , on ne se réserve aucun moyen d'expulser l'air vicié chargé d'acide carbonique et perdant toute sa qualité respirable ; aussi à peine la foule est-elle réunie, que les lumières pâlissent, les poitrines sont haletantes , et que Ton éprouve un malaise indéfinissable. Et cependant il serait si facile , quand on construit un édifice, de se réserver les moyens de le chauffer et de le ventiler convenablement ; mais on se préoccupe plutôt d'une belle façade que de l'hygiène publique, et les générations d'hommes se trouvent condamnées à étouffer à perpétuité. Espérons que do» générations de vers à soie seront plus heureuses.

par 1 ,000 vers au cinquième âge au moment de la montée. Ces 30 mètres carrés, à raison de la distance qu'on doit laisser entre chaque table et des passages quB l'on doit ménager pour le service, nécessitent un local d'au moins 4 00 mètres cubes (1 ). Une magnanerie devra donc avoir autant de fois 1 00 mètres cubes que l'on aura de milliers de kilogrammes de feuille à consommer et que l'on voudra récolter de fois 50,000 cocons.

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