AVANT-PROPOS
En agriculture, comme en sériciculture, les gros livres, les traités scientifiques ne peuvent être à l'usage que de quelques personnes : ce qu'il faut pour le plus grand nombre, ce sont des résumés pratiques, courts et précis; c'est ce qui nous avait engagé, en 1842, à réunir en quelques pages, sous le titre de Conseils, tout ce qui nous avait paru avoir le plus d'importance pour les nouveaux éducateurs de vers à soie.
Huit années se sont écoulées depuis lors; c'est dire que nous avons à constater bien des améliorations, bien des progrès, et que même sur certains points nos opinions ont dû recevoir quelques modifications.
Nous ne parlons pas des principes, les principes n'étant que des vérités proclamées ne peuvent changer. Ainsi ce que nous disions, en 1842, de la nécessité d'un air pur et d'une ventilation forcée et énergique pour les magnaneries, des bonnes races de vers à soie et des graines bien faites, de l'égalité à entretenir parmi les vers, des délitements fréquents, de la propreté extrême de l'atelier, etc., n'est pas moins vrai en 1 851 ; ce n'est que l'application plus ou moins rationnelle, plus ou moins intelligente de ces principes qui a pu varier.
Il y avait aussi les questions de pratique et de détails sur lesquelles nous pouvions encore être indécis et que l'expérience a dû éclairer, c'est ce qui constitue le progrès d'aujourd'hui : d'autres questions restent encore à résoudre; si, dans quelques années, nous faisons une troisième édition, cù sera le progrès d'alors.
Nous ne reproduirons pas ici les observations faites dans nos premiers Conseils au sujet de quel- . ques nouveaux sériciculteurs qui, rêvant d'immenses fortunes, et croyant que l'on pouvait faire des spéculations de mûriers ou de vers à soie, comme l'on fait des spéculations de banque ou de bourse, se voyaient déjà à la tête d'éducations fabuleuses de 5 ou 600 onces. La réflexion et l'expérience ont fait bien vite justice de ces exagérations; on sait à présent que l'industrie des
vers à soie, comme toutes les industries agricoles, pour être assurée du succès» doit être renfermée dans' certaines limites indiquées par l'étendue et la nature des propriétés, la grandeur des bâtiments qui sont nécessaires, et surtout la main-d'œuvre dont on peut disposer.
D'ailleurs les terribles épreuves politiques par lesquelles nous avons passé dans ces dernières années , et qui pèsent encore sur la France , ont fait naître bien des découragements, ont compromis bien des fortunes, et il nous faudrait plutôt aujourd'hui exciter que ralentir l'ardeur des sériciculteurs.
Quant à la position favorable où nous étions peut-être lors de notre première édition pour résumer ce qui était le plus important dans l'industrie de la soie, nous croyons pouvoir dire que cette position n'a pu que se fortifier sous l'influence toujours croissante de la Société séricicole, qui compte actuellement plus de quinze années d'études, de travaux, et de relations avec tous les sériciculteurs les plus distingués, en France, et à l'étranger.
Nous n'avons pas cessé un instant d'être chargé de la correspondance de la Société et de la rédaction de ses Annales; nous avons dû toujours y trouver la source la plus précieuse et la plus féconde de matériaux et de documents. Enfin nous nous
sommes occupé constamment , chaque année , de culture de mûriers, d'éducations de vers à soie et de filature, et il n'est pas un point que nous n'ayons étudié et vérifié par nous-même avec le plus grand soin.
Voilà nos titres pour recommander cettedeuxième édition aux nouveaux sériciculteurs ; nous croyons qu'ils pourront y trouver quelques enseignements utiles. À l'égard dès anciens éducateurs , des hommes de science et de pratique consommée, qui sont k la tête de l'industrie, nous nous féliciterons s'ils veulent bien nous continuer leur bienveillance et leur appui.