‹ Conseils aux nouveaux éducateurs de vers à soie: résumé des méthodes et desChapitre 31 sur 35 · DE LA CONFECTION DE LA SÈAINE · texte numérisé non relu

DE LA CONFECTION DE LA SÈAINE

Ainsi que nous l'avons dit plusieurs fqis dans le

(1) On appelle guindrage la grandeur de l'échereau , d'après le guiodre ou l'asple.

courant de cet ouvrage, la confection de la graine est de la plus haute importance (1).

On a dû choisir les cocons de graine avec le plus grand soin, en ne prenant que ceux qui réunissent toute la perfection possible, la finesse et l'égalité du grain, la régularité de la forme, l'unité

(1) U n'est pas de partie de l'industrie de la soie qui ait appelé plus vivement l'attention et la sollicitude de la Société séricicole que la confection de la graine.

Concours entre les éducateurs, prix, médailles, instructions, programmes, rien n'a été négligé par elle à cet égard; enfin en 1849, sur la proposition de M. Louis Leclerc, la Société a déeidé qu'il serait fait, chaque année , d'après ses indications et par des sériciculteurs choisis par elle, des éducations spéciales de graine qui, s'écartant des données exclusivement industrielles sous le rapport de l'économie de temps, d'espace occupé par les vers, de température et de consommation de feuille, n'auraient pour objet que d'obtenir les sujets les plus vigoureux et les plus parfaits pour la reproduction. ]

Dans le programme que la Société nous a chargé de rédiger à cet égard , et qu'elle a adopté, il est dit :

1° Que pour une éducation de 30 grammes on mettra au moins à réclusion 90 grammes, afin de pouvoir faire tous les sacrifices nécessaires soit au moment de l'éclosion, soit pendant l'éducation ;

2° Qu'on n'aura qu'une seule division, ce qui est plus facile à soi- j

gner et à diriger ;

3* Qu'on mettra les vers dans une chambre, où ils auront le plus d'espace et le plus d'air possible ;

4° Qu'on ne tiendra rigoureusement qu'à trois choses, l'égalité des vers, l'égalité des repas, et la propreté des claies et de l'atelier;

5* Qu'on sacrifiera impitoyablement , à chaque mue, tous les retardataires, tous les vers chétifs ou languissants, en ne conservant que les plus beaux sujets ;

6° Qu'on ne se préoccupera pas trop des variations de température , en évitant seulement de descendre plus bas que 16* Réau- Uiui et de monter plus haut que 2Î, etc.

et la beauté de la couleur, la fermeté dans toutes les parties, etc.

Le temps que dure la transformation des chrysalides en papillons varie suivant le degré de la température à laquelle elles sont exposées. Sous une chaleur constante de 18 à 20 degrés, cette transformation peut se faire dans l'espace de onze ou douze jours; sous une plus basse température, le terme est plus long (1).

La meilleure manière, suivant nous, de disposer les cocons pour l'éclosion des papillons, c'est de mettre ces cocons en chapelets de 1 mètre de longueur, au moyen d'un fil que l'on passe légèrement, avec une aiguille, dans le tissu des cocons, en ayant soin de ne pas les percer. On suspend ensuite ces chapelets a des supports préparés k cet effet , et on les met à la distance de 1 ou \ 2 centimètres.

Il faut maintenir la température de 1 8 à 20 degrés pendant tout le temps de l'éclosion des papillons. . .

On doit avoir à sa portée des claies garnies de papier pour poser les papillons au moment de L'éclosion et pendant l'accouplement; enfin des toiles

(1) En tenant les chrysalides dans un endroit très-frais, dans une glacière, on peut suspendre entièrement leur développement et mémo les conserver d'une année à l'autre ; nous avons vu faire celte expérience plusieurs fois aux Bergeries.

disposées sur des chevalets ou appliquées contre les murs pour la ponte des femelles* .

Le choix de le toile a de l'importance ; oa préfère, en général , les toiles de coton unies et sans duvet. Il ne faut pas que ces toiles aient de V apprêt, et elles doivent être tendues parfaitement.

Les phénomènes que nous avons signalés, lors de Téeloaîon de la graine, se renouvellent généra* lement lors de la naissance des papillons. Quand les chrysalides ont été bien conduites, les papillons mettent trois jours pour sortir des cocons : le premier jour, on voit paraître quelques avant«-cou~ reurs ; mais ce n'est que les deuxième et troisième jours que les masses arrivent, absolument comme pour la naissance des jeunes vers.

11 faut surveiller $tvec soin la naissance des papillons et , à mesure qu'ils sortent des eocom , séparer les mâles des femelles, afin d'empêcher les accouplements instantanés (4 ) .

En taisant cette opération, en dek nejeter impitoyablement tout papillon qui n'est pas parfaite-

(1) I* plupart des auteur» qui ont écrit emt k confection de ta graine o*l reooaimandé d'eaipécbe* les accouplements instantanés, afin de donner le temps aux papillons de rejeter les liquides qu'ils peurent contenir; nous- même, en 1842, nous avons répété cette pro scrip tion. Dopais lors , nous avons un peu modffié notre opinion à cet égard ; d'abord presque lobs les papillons se vident en sortant do cocon , ensuite il n'est pas probable que la nature, qui est si admirable dans toutes ses œuvres , nuis surtout dans 1» grand acte de

ment conformé. 11 faut que les antennes et les ailes soient bien développées , que le corps soit garni d'un duvet fin, que la couleur soit franche et égale ; enfin que toutes les parties présentent l'harmonie qui , dans les plus petits insectes comme dans les plus nobles animaux, est le signe certain de la force, de la beauté et de la perfection.

Les mâles doivent être vifs et ardents, leur corps est effilé, ils sont beaucoup plus petits que les femelles et se font reconnaître par la vibration de lenrs ailes. Les femelles doivent avoir le corselet large et développé ; on ne doit pas admettre celles qui ne font que traîner péniblement un ventre trop volumineux. Rarement les femelles battent des ailes, si ce n'est par de petits mouvements, au moment de l'accouplement ou de la ponte. *

Tant que les papillons ne sont pas éclos, on doit laisser entrer librement la lumière dans la chambre. Au moment de l'éclosion, de l'accouplement et de la ponte , il faut une assez grande obscurité et ne réBerver que le jour nécessaire pour pouvoir opérer. Le papillon , comme la plupart des êtres, veut, dans ses amours, silence et mystère.

la reproduction des êtres , ait besoin de notre concours pour l'acte loi-même : tout ce que nous pouvons faire, c'est de mettre plus d'ordre et de régularité dans la forme. Ainsi il faut prévenir les accouplements instantanés, non pas pour donner le temps aux papillons de rejeter leurs liquides, mais pour empêcher de s'accoupler cet» qui sont informes et indignes d'être conservés.

Jusqu'au moment de l'accouplement , les mâles doivent être déposés dans l'endroit le plus obscur qu'il est possible, afin qu'ils ne se consument pas en battements d'aile et en efforts impuissants; il ne faut pas trop les entasser.

Une fois les accouplements bien faits, on dispose les couples sur les claies au moins à 1 centimètres de distance; puis, si quelque papillon se désaccouple pour courir à de nouvelles amours, on prend le sujet perturbateur par les ailes, on cherche la femelle qu'il a abandonnée, et on s'efforce de les raccoupler. Plus on surveillera l'accouplement, loujours pour y maintenir l'ordre et la régularité, et plus on obtiendra de bons résultats.

On croit généralement convenable de limiter la durée de4'accouplement à six, sept et huit heures, plus ou moins. Du reste , c'est un des points les plus obscurs et qui demandent le plus encore à être étudiés, si toutefois l'étude peut apprendre quelque chose en pareille matière (<).

Jamais on ne doit faire servir un mâle deux fois à l'accouplement; il serait préférable de faire fé-

(1) Le désaccouplement , que nous pratiquons comme tout le monde, nous a toujours paru un acte barbare et téméraire. N'est-ce pas là vouloir encore régenter la nature , et n'est-ce pas contraire à ce qui s'observe pour tous les êtres ? 11 n'y a que le pauvre papillon du ver à soie qui se trouve ainsi maltraité et violenté, le tout, dit-on, pour son plus grand bien.

conder une femelle par deux mâles successivement, du moins c'est l'opinion de quelques sériciculteurs, et on peut ea foire l'expérience.

Après le désaccouplemeht, on pose les femelles sur les toiles, à 8 ou 1 centimètres de distance, pour éviter les agglomérations d'œufs. Les femelles restent trente-six à quarante-huit heures pour pondre tous leurs œufs ; les œufs les premiers pondus sont réputés les meilleurs, mais rien encore, à ce sujet, n'est parfaitement prouvé (1).

Après la ponte, il faut enlever avec soin les femelles, comme on a dû enlever les mâles après le désaccouplement. Si, comme M. Guérin-Méneville l'a constaté en 1 850, la muscardine est la terminaison naturelle et inévitable des papillons, leur enlèvement après la ponte est de la plus grande importance pour empêcher le funeste cryptogame de se dévalopper et d'empoisonner l'atelier de ses sporules.

Quant à la graine, on la descend dans une cave bien fraîche, mais cependant pas trop humide (2), et on n'a plus autre chose à faire que d'attendre le printemps suivant.

(1) Nous sommes persuadé que, pour obtenir la plus grande homogénéité possible dans une éducation, il faudrait n'avoir à Inclusion, ou pour les diverses divisions d'une éclosion, que des œufs pondus le même jour. Cela serait très-facile ; il n'y aurait qu'à changer les femelles de toiles chaque jour , et faire autant de lots de toiles qu'il y aurait de journées de ponte.

(2) Voir, page 1 17, comment la graine doit être placée dans la cave»

ERBATA

Note omise à la page 162. — Muscardine dam le centre et le nord de la France.

Jusqu'à présent la muscardine ne s'est pas montrée dans les nouvelles magnaneries du centre et du nord de la France , du moins nous n'en connaissons pas ttn seul cas ; il y a même plus, c'est que le climat des environs de Paris ne parait , en aucune façon , favorable au développement et à la fructification des sporules apportées du Midi. Ainsi plusieurs fois, aux Bergeries de Senart , M. Camille Beâuvais ou ses élèves ont cherché à muscârdiner des vers et n'ont pu y réussir.

Cependant, en 1850, à la pépinière du Luxembourg, à Paris, nous sommes parvenu à donner complètement la muscardine à deux ou trois cents vers ; mais , pour cela , il nous a fallu tenir continuellement les malheureux insectes dans un véritable fumier chaud et humide : ce qui vient encore confirmer tout ce qui a été dit sur l'importance de la salubrité des magnaneries et des litières pour se préserver de cette terrible maladie. \

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