AVANT-PROPOS
C’est pour faire suite au Guide maternel cle notre collaborateur, le Dr Delabarre, que nous publions aujourd’hui le résumé de nos travaux sur les soins qu’il convient de donner aux enfants, au moment de l’éruption des dents de la seconde dentition.
Frappé de l’énorme mortalité qui atteignait les enfants en bas âge pendant l’éruption des premières dents, notre savant confrère s’était donné tout entier à l’étude de cette importante question et avait publié ses observations sous le titre de : Traité de la première dentition; mais, comme cet ouvrage n’avait pas été écrit pour les gens du monde et que, cependant, c’est aux jeunes mères qu’il faut enseigner les soins nécessaires à leurs tendres nourrissons, il en fit un extrait dépouillé de théories scientifiques qu’il leur dédia.
A notre tour, nous pensons n’être pas moins utile aux parents en leur donnant, dans un cadre restreint mais suffisant, une série de conseils indispensables pour bien diriger la seconde dentition de leurs enfants.
S’il importe, en effet, pendant l’éruption des dents de lait, d’entourer l’enfant des soins les plus minutieux, s’il importe de remédier promptement aux accidents trop souvent funestes que ce travail entraîne, il n’est pas moins essentiel, au moment de la chute de ces dents, de surveiller la sortie et le développement de celles qui doivent les remplacer pour s’opposer, si besoin est, aux écarts si bizarres de la nature.
C’est de la direction imprimée à ces nouvelles dents, soit par leur mode propre de sortie, soit par les ressources plus ou moins bien appliquées de notre art, que dépend leur arrangement.
Or, comme en s’y prenant à temps et en suivant certains principes bien définis, on peut obtenir dans tous les cas, sinon la beauté, au moins la régularité de cet arrangement, il s’ensuit que l’on serait coupable de ne pas faire tout ce qu’il faut pour l’obtenir.
Nous nous sommes efforcé de présenter ces principes sous une forme claire et précise, et nous sommes convaincu (l'expérience, d'ailleurs, nous l'a toujours démontré) que, si les parents, après les avoir médités et bien compris, veulent les suivre, ils n’auront jamais à redouter, pour les dents de leurs enfants, ces affreuses difformités qui de nos jours encore déparent la bouclie d’une foule de personnes.
Pourquoi Ton avait autrefois de meilleures dents qu’ aujourd’hui.
Nous entendons souvent dire aux personnes qui amènent pour la première fois leurs enfants à notre consultation : « Autrefois les dents étaient meilleures qu’aujourd’hui; on allait moins chez le dentiste, et cependant on conservait mieux ses dents; pourquoi dit-on que h art du dentiste a fait des progrès si prodigieux, alors que les résultats sont si peu satisfaisants? »
Voilà une accusation grave formulée contre notre profession; mais, bien que les dentistes la
repoussent avec indignation, elle n'en est pas moins légitime.
On a, en général, de moins bonnes dents aujourd'hui qu' autrefois !
A quoi cela tient-il? Jusqu'ici personne n'en a donné, ni peut-être cherché la véritable raison. On a accusé la dégénérescence humaine, l’alimentation trop recherchée, trop compliquée, la falsification des boissons, etc. Tout cela est peut-être vrai ; mais, comment se fait-il que ce soit seulement dans les classes aisées que ce phénomène s’observe et non chez les indigents? Il faut croire qu’il y a autre chose. Il y a, suivant nous, la pratique erronée d’un grand nombre de dentistes modernes qui font souvent plus de tort que de bien aux dentures dont le soin et la direction leur sont confiés. C'est ce que nous allons essayer de démontrer.
Il y a à peine quarante ans, un système, soidisant nouveau, a envahi la pratique des dentistes.
Ce système semblait devoir éviter des souffrances aux patients ; il promettait des merveilles, et de là la vogue dont il jouit encore.
D’ailleurs, il venait de l’étranger et il n'en
fallait pas davantage pour le faire accepter à Paris où les choses les plus extravagantes, pourvu qu'elles soient exotiques, ont le plus de succès. Ce système consistait non pas dans l'aurification des dents (opération déjà ancienne et excellente en elle-même lorsqu'elle est judicieusement faite), mais dans Y exploitation de ramification.
Voilà ce qui était nouveau et ce que des dentistes français n'auraient jamais osé pratiquer, si le succès trop lucratif de certains étrangers ne les y avait pas entraînés.
Heureusement le public, dont le bon sens ne saurait s'égarer longtemps, commence à faire justice de cette prétendue innovation, et il suffira à nos lecteurs, nous l'espérons du moins, des considérations qui vont suivre pour ôter de leur esprit le reste de préjugé qui pourrait les abuser encore.
Examinons attentivement la bouche des personnes âgées qui tiennent le langage que nous avons rapporté plus haut, de celles qui prétendent n’avoir de bonnes dents que parce qu'elles ne les ont pas fait soigner, nous trouverons presque infailliblement :
1° Que leurs arcades dentaires, bien qu’elles aient l’air d’être complètes, sont cependant privées de une, deux et même trois ou quatre dents ;
2° Que les dents qui manquent sont presque toujours les premières grosses molaires permanentes ou quelquefois les dents de sagesse;
3° Que les dents qui restent sont saines, solides, mais parfois très mal rangées.
Interrogeons maintenant l’une d’elles sur les soins qu’elle a pu prendre de ses dents. Elle répondra invariablement : « On ne m’a presque jamais rien fait aux dents, je ne crois pas même qu’on m’en ait arraché. »
Cependant, faisons-lui remarquer que sa denture n’est pas au complet, et que certainement à une époque plus ou moins éloignée, on a dû lui en extraire.
« Ah oui ! dira-t-elle en rassemblant ses souvenirs, à lage de 8 ou 10 ans on m'a conduite chez le dentiste, parce que je souffrais, et on m'a arraché deux ou trois dents; mais je croyais que c'étaient des dents de lait et qu'elles avaient repoussé. »
Prise seule, cette observation n'aurait pas une
grande valeur, mais répétée et toujours confirmée dans le même sens, elle a une immense portée.
La nature, qui ne fait rien au hasard, a des lois qu’il ne faut pas méconnaître, et contre lesquelles le médecin, sous peine d’accidents plus ou moins graves, ne doit jamais agir.
C’est une de ces lois, méconnue jDar la plupart des dentistes modernes, que nous voulons réhabiliter, parce que c’est d’elle que dépend presque toujours la qualité de la seconde dentition.
Quatre-vingt fois sur cent, les dents de cinq ans se carient avant même la sortie de toutes les dents permanentes (1)*, et cela s’observe aussi bien chez les personnes qui semblent avoir de bonnes dents, que chez celles dont l’ensemble de la denture est mauvais.
(1) Les dents de cinq ans sont celles qu’on nomme premières grosses molaires. Elles sont au nombre de quatre : deux à chaque mâchoire, et font leur éruption pendant que toutes les dents de lait sont encore dans la bouche. Placées, à leur apparition, derrière les dents de lait, elles sont plus tard en contact, en avant avec les secondes petites molaires permanentes, et en arrière avec les secondes grosses molaires ou dents de douze ans, qui elles-mêmes précèdent les dents de sagesse.
Les dents de cinq ans, attaquées par la carie, continuent presque toujours, malgré tous les soins qu’on leur donne, malgré les obturations les mieux faites, à s’altérer jusqu’à ce qu’on en fasse l’extraction. Les effets de cette carie sont d’autant plus prompts et d’autant plus dangereux, que les dents sont ihus serrées les unes contre Les autres.
Pourquoi les dents de cinq ans s’altèrent- elles si vite et sans ressource? C’est ce que nous expliquerons plus loin -, contentons-nous, pour le moment, de dire que c’est un fait appuyé sur les observations suivantes :
1° Que, si les dents de cinq ans restent dans la* bouche, soit parce qu’elles sont de bonne qualité (ce qui, d’ailleurs, est extrêmement rare), soit parce qu’on ne les extrait pas, quoiqu’elles soient altérées, alors les dents de sagesse n’ont pas une place suffisante pour faire leur éruption, restent longtemps à demi -sorties et recouvertes d’une languette de gencive sous laquelle les aliments s’accumulent, séjournent et s’acidifient, se carient par cela même et se détruisent promptement -,
2° Que si au contraire les dents de cinq ans
sont extraites à temps, les dents de sagesse poussent à leur aise, et restent de bonne qualité;
3° Qu’en résumé, bien que les dents de sagesse ne prennent pas exactement la place des dents de cinq ans (1) extraites, il y a cependant relation entre ces deux espèces de dents, et les premières peuvent être regardées comme les dents de remplacement des secondes;
4° Qu’en un mot, les dents de cinq ans ne sont ni des dents de lait, ni des dents permanentes
(1) Si la dent de sagesse venait prendre la place même de la dent de cinq ans, il n’y aurait aucun doute sur le fait du remplacement.
Mais la dent de douze ans, située entre ces deux dents, semble tout d’abord être un obstacle invincible.
Elle n’en empêche cependant pas la possibilité. On sait en effet, et nous dirons plus loin que, grâce au travail qui s’accomplit dans les mâchoires des enfants, jusqu’à l’évolution complète de leur seconde dentition ; leurs dents peuvent être dirigées sans efforts et au moyen d’appareils convenables, de tel ou tel côté. Eh bien! la dent de sagesse, qui, au moment de son éruption, se trouve comprimée entre la dent de douze ans et la partie postérieure de l’os maxillaire, agit, à mesure qu’elle sort, à la manière d’un coin, et repousse en avant la dent de douze ans. Celle-ci, à son tour, vient combler les trois quarts du vide laissé par l’extraction de la dent de cinq ans, et c’est ainsi que se fait le remplacement.
proprement dites, mais des dents de transition entre la première et la seconde dentition.
5° Qu’ enfin, une fois qu’elles ont servi, d’une part, à limiter la partie de l’arc maxillaire antérieur qui comprendra les dents de remplacement et, d’autre part, à servir à la mastication pendant la chute des dents de lait et l’ éruption des dents de remplacement, qu’en un mot elles ont achevé leur fonction physiologique, elles peuvent disparaître sans inconvénient \ et même, comme nous l’indiquerons bientôt, avec grand avantage.
Ceci posé, voyons comment les dentistes agissaient autrefois dans leur pratique.
Un enfant âgé de 8 à 14 ans se plaignait du mal de dents : ses parents le conduisaient chez le dentiste qui, sans autre forme de procès, arrachait les dents malades, et l’enfant ne souffrait plus.
Le procédé était bien un peu barbare, et faisait la plupart du temps maudire le dentiste par les enfants qu’on avait opérés de force -, mais le but que l’on se proposait était atteint : « Oter la brebis galeuse, afin que le reste du troupeau demeure sain. »
Ces premières dents malades, comme nous venons de le dire, étalent toujours les dents de cinq ans -, leur extraction laissait momentanément un vide ; mais les dents voisines se desserraient, et par suite n’étaient pas exposées à la carie par compression • enfin, comme on se servait peu d’appareils à redressement, elles se rangeaient plus ou moins mal, mais en général mieux que si l’on avait laissé dans la bouche les dents cariées-, en somme, elles restaient bonnes, quoique parfois mal rangées.
Aujourd’hui, au contraire, un enfant souffre des dents, ses parents le conduisent chez le dentiste. Mais celui-ci ne veut plus entendre parler d’extraction. « Arracher une dent! s’écrie-t-il, c’était bon autrefois ! aujourd’hui la science a fait trop de progrès pour que l’on ait encore recours à un procédé aussi cruel!... Nous guérissons et conservons toutes les dents !... — Mais, docteur, diront peut-être timidement les parents qui n’ont pas encore une foi profonde dans ce progrès exagéré, les dents de devant sont bien serrées les unes contre les autres -, jamais elles ne pourront se ranger convenablement-, il
vaudrait peut-être mieux faire un peu de place : les mâclioires sont si étroites !... — De la place ! reprend l’opérateur, la nature nous en fera toujours assez !... Nous donne-t-elle des dents pour qu’on les ôte dès leur apparition? Coupe-t-on un bras ou une jambe, parce qu’ils sont malades? D’ailleurs, si les mâchoires ne s’élargissent pas d’elles-mêmes, nous les aiderons. . . . nous avons des appareils pour arriver à ce résultat, d’une puissance et d’une douceur incomparables... Ayez confiance en moi, je réponds de tout. . . Il est bien inutile de faire souffrir vos pauvres enfants!... »
Et les parents, vaincus par l’assurance de cet
homme de l’art qui doit s’y connaître et qui met
leur conscience en repos, vaincus par les prières • * de leurs enfants qui ont peur de l’extraction et
qui se rangent de tout cœur à l’avis du dentiste,
laissent faire celui-ci à sa guise.
Mais que de regrets ils se préparent pour l’avenir! que de reproches surtout ils auront à encourir de la part de ces mêmes enfants qui ne craindront pas (ce que nous voyons tous les jours) d’attribuer leurs mauvaises dents, non à
leur pusillanimité, non à l'impéritie du dentiste.
mais à la trop grande faiblesse de caractère de leurs parents.
Les dents de cinq ans, quoique aurifiées, continuent à s’altérer sous l’or. Bientôt leur couronne rongée par la carie tombe en morceaux, et il ne reste plus que des racines douloureuses et parfois difficiles à extraire. Cependant il faudra en délivrer la bouche, car elles finiraient par rendre l’haleine fétide.
Mais l’extraction pratiquée trop tard ne pourra plus préserver les dents voisines de la carie qui les a déjà envahies, par suite du contact avec la dent malade -, et alors ce ne seront plus deux, trois ou quatre dents de cinq ans qui seront altérées, perdues pour la denture, ce seront toutes les dents voisines et peut-être tout le râtelier si par malheur les dents qui le composent sont trop serrées.
De là ces dentures détruites avant l’âge, ces fausses dents placées prématurément, avec leur cortège d’ennuis et quelquefois de douleurs.
Il faut bien le dire et mettre à nu cette plaie de notre profession. Certains dentistes, qui n’ont pu être prophètes dans leur pays, viennent en
France pour satisfaire avant tout leurs propres intérêts. La bouche du client est une mine qu’ils savent exploiter, et tant pis pour ceux qui se laissent prendre aux séductions de leurs promesses !
Une dent extraite est une dent perdue pour le dentiste, et avec la dent perdue s’échappe l’aurification, non seulement de cette dent, mais celle des dents voisines, qui se trouvent préservées par le seul fait de l’ extraction !
Avec la dent perdue, s’évanouit l’espérance de la pose d’appareils redresseurs, qui, trop longtemps maintenus en place, détériorent les dents sur lesquelles ils s’appuient et amènent rapidement la pose de fausses dents !...
Avec la dent perdue enfin, se tarit la source inépuisable d’une série d’opérations plus ou moins dispendieuses pour le client, mais a coup sûr lucratives pour celui qui a l’audace de les exploiter !
Qu’on ne nous accuse pas cependant de repousser systématiquement l’aurification, pas plus que d’être partisan de l’extraction quand même. L’aurification et l’extraction sont deux opérations qui ont chacune leur valeur, nous le recon-
naissons; seulement nous voulons qu’on les pratique avec discernement , nous voulons qu’un bon diagnostic détermine les cas où l’une est préférable à l’autre ; nous voulons, en un mot, que le dentiste soit médecin consciencieux et cherche avant tout l’intérêt de son client.
De tous côtés l’on dit : N’arrachez pas, guérissez! Voilà certes un beau problème à résoudre; mais il est souvent insoluble.
Sans parler de la périostite alvéolo- dentaire chronique, qui entraîne forcément la chute des dents, ne nous occupons pour l’instant que de la carie.
Il est évident que, dans une bouche où le travail de la dentition est parfaitement achevé, chez les personnes âgées par exemple, il est évident, disons-nous, que nous devons chercher à conserver toutes les dents, alors même qu’elles sont altérées. Dans ce cas, en effet, la carie est souvent locale ; elle a peu de tendance à se propager, et un traitement approprié peut amener la guérison de la dent.
D’ailleurs, l’extraction serait plus nuisible
qu’utile, et si on la pratique, les dents voisines
implantées dans des alvéoles tout à fait ossifiés
ne se desserrent plus, ou bien si elles se desserrent un peu, le reste de la denture ne participe
pas à ce mouvement, et l’espace vide produit par l’extraction ne se comble plus.
Les dents de la mâchoire opposée, situées juste en face de ce vide, s’allongent ou du moins sortent de leurs alvéoles : l’harmonie de la denture se détruit et plus tard toutes les dents chancellent et tombent.
Mais chez les enfants il n’en n’est pas ainsi. Les dents n’ont pas encore atteint toute leur dureté -, leur tissu est moins dense, leur émail plus tendre et plus altérable ; la carie par contact les gagne très facilement et il convient de les isoler du voisinage des dents cariées.
L’extraction sera donc presque toujours préférable chez les enfants, à moins qu’il ne s’agisse des dents antérieures qu’il faut s’efforcer de conserver à tout prix.
Mais, nous le répétons, le problème est simplifié par ce fait que ce sont les dents de cinq ans qui se carient les premières et que leur extraction est le plus souvent avantageuse. D’ailleurs, l’extraction que l’on redoute tant n’est pas très douloureuse chez les enfants.
Les alvéoles ne sont que peu ossifiés, les adhérences sont faibles, et par conséquent le dentiste n’a pas besoin de faire de grands efforts pour les extraire.
Il y a plus, et, en admettant même qu’elle soit douloureuse, on peut la faire supporter très facilement en engourdissant les dents par l’anesthésie locale.
Nous décrirons plus loin l’appareil dont nous nous servons pour arriver à ce résultat et nous insisterons sur son emploi pour rendre les enfants moins pusillanimes.
Leur appréhension est souvent pire que le mal. Ils ont entendu leurs parents faire le récit d’opérations difficiles et douloureuses, et leur sensibilité est tenue en éveil, avant même qu’il soit question de les opérer.
Quelquefois même ils poussent des cris effroyables avant l’application de l’instrument.
Il n’y a donc aucune bonne raison pour éviter cette extraction chez les enfants, et en somme, il vaut mieux n’avoir que vingt-huit ou trente bonnes dents dans la bouche que trente -deux dont dix ou douze altérées. C’était le raisonnement des
anciens dentistes, et dans nombre de cas ils avaient la logique pour eux. Malheureusement ils appliquaient ce système de l’extraction à tous les cas, comme certains dentistes modernes appliquent celui de la non- extraction quand même.
La saine voie est évidemment entre ces deux exagérations, et c’est d’elle que, dans notre pratique, nous cherchons à ne jamais nous écarter.
C’est d’ailleurs en la suivant que nous avons prévenu bien des irrégularités, bien des maladies dans la denture des enfants confiés à nos soins, et que nous avons obtenu des succès là où les pratiques de l’art dentaire, telles qu’on les applique le plus souvent, paraissaient tout d’abord devoir être, sinon nuisibles, au moins parfaitement inutiles.
Notions anatomiques indispensables.
. Il est rare que les parents qui conduisent
leurs enfants chez le dentiste aient une notion meme vague des termes scientifiques et des principes élémentaires d’anatomie des dents que celui-ci est souvent obligé d’énoncer. Et cependant il est impossible de se rendre bien compte des opérations qui se pratiquent dans notre art si l’on ne sait ce que c’est que la bouche, ce que
c’est qu’une dent, de quoi elle se compose, etc.
Il nous a donc paru nécessaire de donner d’abord une idée de l’anatomie de ces parties, et nous engageons nos lecteurs à prêter une grande attention à l’exposé que nous allons en faire.
La Bouche est la partie la plus élevée du tube digestif et du conduit aérien. Elle est destinée à
loger l’organe du goût, à recevoir les aliments et à leur faire subir un commencement d’élaboration par la mastication et l’insalivation -, 'enfin elle sert à l’articulation et à la transmission des sons.
Les parties qui la composent sont : les lèvres, les joues, la voûte et le voile du palais, le plancher de la bouche et la langue, l’appareil salivaire, les mâchoires, les gencives et les dents.
Nous ne parlerons ici que de ces trois dernières parties qui sont plus intimement liées à notre sujet.
Les Mâchoires sont au nombre de deux : la mâchoire supérieure et la mâchoire inférieure.
La mâchoire supérieure se compose en réalité de presque tous les os du squelette de la face, mais, considérée sous le rapport de la dentition, elle ne comprend qu’un seul os formé de deux portions symétriques, l’os maxillaire supérieur.
La mâchoire inférieure n’a qu’un seul os pour charpente, cest l’os maxillaire inférieur.
Ce sont ces os qui, au moyen des alvéoles, servent de réceptacle aux dents.
Les alvéolés forment une rangée de cellules
concordant en nombre et en dimensions avec les dents.
Chaque dent se compose d’une couronne, d’une racine qui peut être double, triple, quadruple, et même quintuple et d’un collet.
La couronne est la partie située hors de la gencive, elle est recouverte par l’émail.
La racine est tout à fait cachée sous la gencive, c’est elle qui est implantée dans l’alvéole auquel elle adhère au moyen d’une membrane très vasculaire appelée 'périoste alvéolo-dentaire.
Le collet est le point de jonction de la couronne avec la racine; c’est sur la partie rétrécie qu’il forme que vient se terminer la gencive.
Intrinsèquement chaque dent est formée par la pulpe , substance riche en nerfs et en vaisseaux sanguins contenus dans une cavité qui se trouve au centre de la dent et qui s’ouvre au sommet de chaque racine ; Y ivoire qui sert pour ainsi dire de charpente à la dent et qui entoure la cavité de la pulpe ; YémailcpoXy à la couronne, recouvre l’ivoire ; le cément qui, à la racine, remplace l'émail.
Les gencives font partie de la membrane muqueuse de la bouche, membrane qui, pour les former, s’épaissit et devient beaucoup plus dense.
Elles enchâssent les dents et tapissent les arcades alvéolaires.
L'éruption on sortie des dents constitue la dentition. Elle se fait par deux séries bien distinctes : lune qui commence six ou sept mois après la
naissance pour se terminer à deux ans et demi :
c’est la première dentition; l’autre qui commence vers sept ans et se termine à vingt- cinq ans : c’est la seconde dentition.
La première dentition comprend vingt dents : huit incisives (quatre à chaque mâchoire), quatre canines (deux à chaque mâchoire), huit molaires (quatre à chaque mâchoire). Ces vingt dents s’appellent vulgairement dents de lait. On les nomme aussi dents temporaires.
La seconde dentition comprend trente-deux dents : huit incisives (quatre à chaque mâchoire), quatre canines (deux à chaque mâchoire), huit petites molaires (quatre à chaque mâchoire), douze grosses molaires (six à chaque mâchoire). Ces trente-deux dents, appelées aussi dents permanentes, par opposition aux dents temporaires, ont des noms particuliers qu’il est bon d’indiquer,
parce que les gens du monde les connaissent plutôt
sous ces noms que sous leurs noms scientifiques.
Ainsi, en séparant l'arcade dentaire en deux parties symétriques et partant de la ligne médiane, on trouve d’avant en arrière :
A la mâchoire supérieure :
1° Une . grande incisive, incisive . médiane , grande palette ;
23 Une petite incisive, incisive latérale, petite
# . * * ' 4 î K * ir> ! -V'
palette ;
3° Une canine, cuspidée, œillaire, dent de l’œil;
4° Une lre petite molaire, lre bi cuspidée;
* 5° Une 2e petite molaire, 2e bi- cuspidée ;
6° Une lre grosse molaire, 1er marteau, dent de cinq ans ;
7° Une 2e grosse molaire, 2e marteau, dent de
douze ans ;
8° Une 3e grosse molaire, dent de sagesse.
A la mâchoire inférieure, les quatre incisives sont désignées sous les noms d incisives centrales et incisives latérales.
Les autres portent les mêmes noms qu'a la mâ-
fciv ' y v * ( )
choire supérieure, excepté cependant la canine qui n’a d’autre désignation que celle de cuspidée. -
Caractères qui distinguent les dents de la
seconde dentition de celles de la première*
Lorsque l’on examine la bouche d’un enfant en travail de seconde dentition, la première chose est sans contredit de savoir reconnaître à quelle espèce de dents l’on a affaire, aux dents de lait ou aux dents permanentes.
Nous avons malheureusement vu des médecins
distingués, aussi bien que des dentistes dénués de toute notion anatomique, se tromper sur ce diagnostic et enlever comme dents de lait des dents de seconde dentition.
Nous ne saurions donc trop insister sur l’importance de ce diagnostic, toujours facile cependant lorsque l’on a présents à la mémoire ces trois points de repère :
1° JL’aspect des dents;
2° L’époque de leur évolution ;
3° La place qu’elles occupent dans la bouche.
Aspect des dents. — En général, les dents de la seconde dentition sont d’une couleur moins blan-
che, moins laiteuse, pour ainsi dire, que celles de la 'première dentition; leur émail est plus épais, leur forme plus accentuée, leurs angles plus aigus, leur couronne plus large, plus élevée et plus épaisse.
Les incisives sont plus hautes et plus larges -, leurs angles sont plus saillants et ' leur crête semble, au moment de l’émission, divisée en trois lobules qui rappellent leur mode de formation.
Les canines sont plus grandes, plus fortes -, leur couronne est plus conique.
Les petites molaires. ont deux lobes et n’existent pas dans la première dentition, où elles sont remplacées par les molaires de lait si facilement reconnaissables à leur couronne presque plate, et ordinairement surmontée de cinq petits lobes.
Les grosses molaires , ainsi que les dents de sagesse, ont la couronne presque cubique et surmontée de quatre lobes à peu près égaux.
Époque de leupi évolution. Bien que l’époque de l’éruption des dents de seconde dentition soit variable, nous allons cependant l’indiquer d’une manière générale.
L En voici le tableau :
De 5 à 6 ans. Premières grosses molaires (haut et bas).,
De 6 à 7 ans. Incisives centrales inférieures.
De 7 à 8 ans. Incisives centrales supérieures.
De 8 à 9 ans. Incisives latérales (haut et bas).
De 9 à 10 ans. Premières petites molaires (haut et bas).
De 10 à 11 ans. Canines (haut et bas).
De 11 à 12 ans. Deuxièmes petites molaires (haut etbas). De 12 à 13 ans. Deuxièmes grosses molaires (haut et bas). De 18 à 25 ans. Dents de sagesse (haut et bas).
Il est à remarquer que, chez les jeunes filles, P éruption de toutes ces dents est un peu plus précoce que chez les jeunes garçons.
- Place qu’elles occupent dans la bouche. Les dents de la seconde dentition sont divisées en dents 'permanentes proprement dites , et en dents permanentes de remplacement . Ces dernières sont au nombre de vingt, comme les dents de lait qu’elles remplacent, et les premières au nombre de douze.
Ce^sont les dents qui sortent de 5 à 6 ans, ou premières grosses molaires permanentes, qui dans la bouche, limitent P espace qui contient les dents de remplacement. Donc les dents qui sont situées derrière elles ne peuvent pas être confondues avec les dents de lait; d’ailleurs leur
éruption ne se fait qu? après la chute des dents temporaires.
L’erreur ne peut avoir lieu que pour les dents de cinq ans, qui, lorsqu’elles sont cariées, peuvent simuler les deuxièmes molaires de lait. Dans ce cas, il suffit de compter, en partant de l’interstice qui existe entre les incisives médianes, combien il y a de dents du côté où il y a doute, et alors on reconnaît facilement si l’on a affaire à la deuxième molaire de lait, ou à la première ' grosse molaire permanente.
La cinquième est évidemment la dent temporaire et la sixième la dent de seconde dentition.