SOINS HYGIÉNIQUES GÉNÉRAUX
La bonne qualité des dents dépend ordinairement du bon état de l’estomac ; donc tout ce qui peut agir d’une manière délétère sur la muqueuse digestive devient nuisible aux dents.
Lorsque les fonctions de la peau ne s’opèrent pas régulièrement, il arrive très souvent que la muqueuse buccale devient malade et que par
suite les dents s’altèrent; nous avons même vu
la suppression subite d’une maladie cutanée comme l’eczéma se porter sur la muqueuse buccale, faire suppurer les gencives et ébranler les dents. Donc, le système cutané doit être préservé autant que possible des transitions subites du chaud au froid, de l’humidité et de toutes les causes, en général, qui peuvent entraver la transpiration.
Que de névralgies dentaires, que de fluxions ou d’abcès viennent de ce que cette règle n’est pas observée!
Les aliments et les boissons exercent sur les dents la même influence que sur les autres organes de notre corps, puisqu’ils sont la source de la nutrition de tous nos tissus. C’est donc l’hygiène générale qui doit indiquer ceux dont il convient de se servir. .
Mais nous devons dire quelques mots de ceux qui agissent directement et par prédilection sur les dents, comme le sucre, surtout sous forme de fondants, de caramels, de sucre d’orge, le chocolat, les fruits verts, les acides, etc.
Toutes les personnes qui font abus de sucre finissent par perdre leurs dents ; sous l’influence
prolongée de cette substance leurs dents se ramollissent et finissent par tomber en détritus.
Quelle est la raison de ce phénomène? On a dit que le sucre agissait mécaniquement, on a prétendu qu’il se décomposait dans la bouche et formait un produit acide ; tout cela est possible, mais ce qui nous importe plus que T explication de la détérioration des dents par le sucre, c’est la constance même de ce fait, et nous devons en conclure que le sucre est un aliment dont il faut user modérément.
Le chocolat, lorsqu’on le mange cuit et délayé avec de l’eau ou du lait, n’a pas d’inconvénients pour les dents sur lesquelles il ne séjourne pas; mais lorsqu’on le mange sec, il est très dangereux, parce qu’il s’introduit dans les espaces interdentaires, dans les sillons de la surface broyante des molaires, dans les cavités déjà cariées, y séjourne, y fermente et s’y acidifie.
Cet aliment sec est pourtant, à Paris du moins,
l’aliment à la mode pour le goûter des enfants.
Toutes les mamans, institutrices ou bonnes
d’enfants en sont munies, lorsqu’elles vont les
promener. « C’est si bon pour l’estomac! » C’est
surtout si facile à porter. Certes, nous ne nions
pas ces deux qualités du chocolat, mais nous insistons sur le défaut qu’il a de nuire aux dents.
Presque tous les enfants qui sont accoutumés à en manger chaque jour une ou plusieurs tablettes sèches « à le croquer » pour parler leur langage, avec ou sans pain, et qui ne se rincent pas la bouche après l’avoir mangé (ce que, du reste, l’on ne songe pas à leur faire faire) perdent leurs dents de lait, ravagées par la carie bien plus tôt qu’ils ne les perdraient sans cette mauvaise habitude.
Cela est si vrai, qu’il nous arrive parfois de dire à première vue, en visitant la bouche des enfants qu’on nous amène : « Voilà des dents de croqueur de chocolat! » et il est bien rare que nous nous trompions.
Quant aux fruits verts et surtout aux boissons acides, il suffit de se rappeler ce que nous avons dit de l’action des acides sur les dents, pour qu’on en évite • autant que possible Pusage. Les sels calcaires se dissolvent en effet dans les acides et peu à peu il ne reste plus de la dent que la matière molle et cartilagineuse qui n'a plus de résistance et se détruit promptement.
N'oublions pas non plus de recommander aux enfants de ne pas abuser de leurs dents en brisant des noyaux, en tirant sur des fils pour les rompre, en un mot, en se livrant à tous les jeux qui peuvent les exposer à être heurtées plus ou moins brusquement. Enfin, faisons-leur bien comprendre qu'il est nécessaire de se servir également des deux côtés des mâchoires pour mâcher. Car l'habitude de ne triturer les aliments que d’un côté fait que les dents du côté opposé se couvrent de tartre, se déchaussent et s'altèrent.