GÉNÉRALITÉS
Nous l’avons dit plus haut, il existe deux manières de pratiquer l’art du dentiste au point de vue des maladies des dents.
L’une se résume en quelques mots : une dent est tachée, donc elle est malade. Il suffit de creuser la tache et d’y mettre toujours et quand même de l’or. Voilà tout le secret ; c’est cette aurification des dents plus ou moins bien exploitée qui a fait dire à bien du monde qu’il n’y avait de bons dentistes en France que les dentistes étrangers.
Par la méthode française, au contraire, les dentistes avant tout cherchent à guérir les dents;
l’obturation, qu’elle soit faite avec de l’or ou avec tout autre matière convenable, n’est qu’une garantie, un complément de la guérison !
Lorsqu’une dent est malade, la première idée qui leur vient à l’esprit n’est pas de chercher comment ils pourront s’y prendre pour y introduire de l’or ; ils étudient d’abord l’âge du sujet, la nature du mal, l’espèce de carie, le genre de douleur, l’état de santé de la bouche et même de l’individu en général; ils recherchent s’il ne serait pas plus avantageux pour le patient d’extraire la dent que de l’obturer mal à propos plusieurs fois de suite, pour arriver, en définitive, à cette opération, qu’en conscience il aurait mieux valu pratiquer immédiatement.
On comprend bien qu’il n’existe pas plus de panacée universelle pour guérir les affections des dents qu’il n’en existe pour guérir celle des autres organes.
C’est toujours l’ensemble des symptômes qui doit être la base de toute espèce de médication, et celui-là seul qui sait les découvrir et les apprécier à leur juste valeur est bon médecin, bon dentiste.
Mais si le dentiste français a la prétention
d’être médecin avant tout, il veut encore être artiste -, dans ce but, il s’efforce de conserver ou de rendre aux dents malades leur forme primitive, leur transparence et leur beauté.
Une dent, surtout une dent antérieure, doit être considérée comme une pierre précieuse. C’est une perle fine qui contribue plus que tous les bijoux du plus riche écrin à orner le visage.
La transparence d’une dent lui donne tout son charme, tout son éclat, et, de même qu’un brillant maculé d’une tache a perdu toute sa valeur, de même une dent tachée perd tout son prix, car elle enlève à la physionomie une bonne partie de sa grâce naturelle. Il faut donc s’attacher à conserver aux dents leur transparence , leur eau, si nous pouvons nous exprimer ainsi ; c’est ce que nous nous appliquons plus particulièrement
à obtenir.
Certes, l’or est une matière qui convient sous bien des rapports pour obturer certaines dents ; mais cette substance est jaune, opaque, brillante.
Introduite dans les dents antérieures, elle y fait une ombre des plus apparentes, elle scintille,
çôit bientôt qu’elle a perdu toute sa dureté, qu’elle est devenue molle, flexible, élastique ; on n’a plus dans la main qu’un morceau de cartilage dont les sels calcaires qui le durcissaient ont disparu par dissolution.
Une dent est donc, pour ramener sa composition à sa plus grande simplicité, un cartilage d’une forme particulière, incrusté de sels calcaires solubles dans les acides.
Avec ces données, il nous est possible de nous rendre compte des différentes altérations qui peuvent s’observer dans la substance dentaire.
Participant intimement à la vitalité de tout l'organisme, les dents sont de mauvaise nature toutes les fois que les humeurs de l’organisme sont viciées, et dans ce cas, malgré tous les soins externes que l’on s’efforcera de leur donner, elles se détruiront plus ou moins promptement pendant la vie, suivant que le vice constitutionnel sera plus ou moins prononcé, à moins cependant que par des soins médicaux intelligents on ne parvienne à modifier entièrement la constitution du sujet. On voit alors la carie molle, blanche, envahissante , après s’être développée pendant quelque temps, prendre peu à peu une teinte
noirâtre, se dessécher et être enrayée dans ses progrès.
C'est pour cette raison encore que très souvent on remarque une première dentition mauvaise, alors que la seconde dentition se fait dans de bien meilleures conditions.
L'enfant qui puisait dans le sein de sa mère des sucs de mauvaise qualité, étant ensuite alimenté par une nourriture mieux appropriée à sa constitution, possède des dents permanentes de meilleure qualité que ses dents temporaires.
Parfois, au contraire, la première alimentation étant favorable, la première dentition est parfaite; mais, sous l'influence d'une maladie grave ou seulement d’aliments mal choisis, tels que pâtisseries, sucreries, chocolat, boissons acides, etc., la seconde dentition dégénère et arrive à un état déplorable. Voilà la principale cause des mauvaises dents; adjoignons-lui maintenant l’hérédité comme cause prédisposante, et nous aurons la raison de cette carie, que nous appellerons carie constitutionnelle, contrairement à la carie accidentelle qui se développe pendant la vie chez un sujet sain et bien constitué.
La cause la plus fréquente de la carie acci-
dentelle réside dans les affections accidentelles et locales des membranes muqueuses qui tapissent la cavité buccale et rendent la salive acide.
Toute irritation ou inflammation de ces membranes, si elle se prolonge, finit toujours par vicier les liquides de la bouche et altérer les dents avec lesquelles elles sont toujours en contact.
Une autre cause très fréquente encore de l'altération des dents, c'est la compression qu’elles exercent les unes sur les autres lorsqu'elles sont trop serrées et qu’elles manquent d’une place suffisante. Cette altération survient particulièrement à l’époque où les dents dites de sagesse se montrent sur des arcades dentaires déjà remplies par les autres dents, et compriment ces dernières pour se caser dans la bouche.
Un grand nombre de sujets déclarent que, Jusqu'à l’époque de la sortie des dents de sagesse, ils possédaient des dents excellentes, mais qu'à dater du moment où elles se sont péniblement fait place, non seulement ils ont éprouvé de Vives douleurs, mais encore ils se sont aperçus
bientôt de l'altération de plusieurs autres dents.
En examinant les mâchoires de ces individus,
on reconnaît, en effet, que beaucoup de leurs dents aux points de contact, c’est-à-dire sur leurs parties latérales, sont fortement comprimées les unes contre les autres. Les désordres causés par la compression se remarquent également aux endroits des dents sur lesquels on s’est trop fortement et trop longtemps appuyé pour fixer les appareils de redressement.
Et, d’ailleurs, les médecins ne savent-ils pas que la compression détermine l’altération de tout organe doué de vitalité? En chirurgie, n’emploie t-on pas la compression pour obtenir la chute de certaines tumeurs? Cela n’est pas douteux, la vie abandonne tout organe trop fortement comprimé, et les dents, comme les autres parties du corps, comme les végétaux dont on serre trop fortement le tronc, ne tardent pas à s’altérer lorsqu’elles sont trop fortement comprimées par quelque cause que ce soit.
Une troisième cause, c’est le manque de soins hygiéniques. Lorsque des parcelles d’aliments séjournent longtemps entre les dents ces parcelles se corrompent, s’acidulent, et ne tardent pas à entraîner la dissolution des sels calcaires qui composent ces organes.
Le tartre s’introduisant entre les gencives et les dents détermine une irritation, souvent même une inflammation suppurative de ces gencives, et le pus finit par altérer le tissu dentaire.
On ne saurait donc accorder trop d’attention aux soins hygiéniques et de propreté que réclame la bouche, et nous sommes parvenu quelquefois à arrêter des caries commençantes par l’exécution de soins prescrits au point de vue de la seule hygiène.
Les chocs violents, enfin, peuvent engendrer cette affection. Ils agissent en produisant des désordres de diverse nature. Ils ébranlent les dents et déterminent des inflammations du périoste alvéolo-dentaire ou de la pulpe dentaire, ou bien encore ils font éclater les dents, en mortifiant la partie cartilagineuse sur laquelle porte le choc.
En somme, toutes ces altérations ou caries dentaires se manifestent par des cavités plus ou moins profondes. Les ravages qu’elles exercent sont plus ou moins rapides, mais si l’on n’y porte pas remède, elles continuent toujours leur œuvre de destruction jusqu’à perte complète de l’organe.