BOUCHES MAL CONFORMÉES
S’ils ont affaire au contraire à une bouche à conformation vicieuse qui indique clairement, ainsi que nous l’avons dit plus haut, qu’il y aura irrégularité certaine dans la denture, alors les règles à suivre varient suivant les cas.
Nous allons passer en revue d’une manière générale les moyens préventifs destinés à éviter ces difformités, moyens que les parents doivent connaître, nous réservant de donner ensuite un aperçu des appareils et opérations qu’emploie le dentiste pour remédier aux difformités existantes.
Avant tout, il est deux principes essentiels qu’il ne faut jamais perdre de vue, principes sans l’application desquels il est impossible de prévenir les difformités ou d’y remédier lorsqu’elles sont venues :
1° Dans les dentures irrégulières, les dents antérieures doivent être régularisées de préférence aux dents postérieures.
2° Lorsque la place manque, il est certains sacrifices, soit de dents permanentes cariées
(lorsqu’il y en a), soit même de dents permanentes saines, qu’il faut savoir faire.
Nous disons qu’il faut de préférence régulariser la position des dents antérieures même aux dépens des dents postérieures ; et il suffit de réfléchir un instant pour se convaincre de l’importance de cette proposition.
Les dents permanentes, en les considérant au point de vue physiologique, peuvent se ranger en deux classes : celles qui ne servent pour ainsi dire qu’aux fonctions digestives (molaires petites et grosses) et celles qui en même temps qu’elles sont destinées à séparer et à déchirer les aliments servent de plus à l’exercice de la parole et à l’ornement du visage (incisives et canines).
Ces dernières ^ par cela même qu’elles ont un plus grand nombre de fonctions à remplir, ont évidemment besoin d’être plus surveillées que les premières.
D’ailleurs ne sont- elles pas celles qui parmi les dents permanentes sortent les premières (les canines exceptées et encore les canines viennent quelquefois avant les molaires) ? En peut-il manquer une seule sans que la bouche présente un aspect désagréable? Elles doivent donc avant
tout attirer l’attention des parents, et s’il devait y avoir un défaut de régularité dans la bouche, il vaudrait mieux que ce fût aux dents postérieures qu’aux dents antérieures.
Lorsque la place manque et lorsque les dents trop serrées ne peuvent se ranger régulièrement, il est certains sacrifices qu’il faut savoir faire, sacrifices pénibles, il est vrai, puisque parfois il s’agit d’extraire des dents saines, mais nécessaires, puisque d’eux seuls peut dépendre le salut de la dentition.
Et, d’ailleurs, la nature elle-même ne nous met- elle pas sur la voie de ces sacrifices, puisque dans une arcade dentaire où les dents sont trop serrées elle cherche toujours à éliminer par la carie une ou plusieurs de ces dents?
Certes, il y a dans ce fait un enseignement qu’il ne faut pas négliger. Et comme la carie peut attaquer une dent située sur le devant de la bouche de préférence à une dent postérieure, il s’ensuit qu’il faut chercher à prévenir cet accident chaque fois que cela se peut.
* Mais fort heureusement il en est rarement ainsi et lorsque par suite de la compression les dents viennent à se carier dans une mâchoire trop
étroite, ce sont presque toujours les premières grosses molaires, les petites molaires ou les dents de sagesse qui s’affectent.
Nous devons donc suivre en cette circonstance le chemin tracé par la nature et rechercher quelles sont les dents qui s’altèrent le plus promptement pour les sacrifier plutôt que celles qui restent ordinairement saines.
Voici à cet égard ce que l’expérience nous a enseigné. Lorsque les dents sont trop serrées, celles qui se carient le plus vite sont par ordre de fréquence :
1° La première grosse molaire ou dent de cinq ans;
2° La dent de sagesse ;
3° La première petite molaire .
Pour la dent de sagesse il n’en peut pas être question ici, puisque jamais elle n’est sortie lorsqu’il s’agit de surveiller et de régulariser les
arcades dentaires antérieures; mais cependant
il est un fait constant dont nous reparlerons tout à l’heure à propos de la dent de cinq ans, c’est que, lorsque la dent de sagesse n’a pas la place nécessaire pour faire son éruption, elle est près-
que toujours cariée au moment de cette éruption ou se carie peu de temps après.
Quant à la dent de cinq ans, comme c’est elle qui joue le principal rôle dans l’arrangement de la seconde dentition, il est nécessaire que nous en parlions plus longuement.
De la dent de cinq ans.
Cette dent, appelée aussi dent de 6 ans et même dent de 7 ans, est parmi les dents permanentes celle qui sort la première. En général, elle paraît entre cinq et six ans et vient limiter sur l’arcade maxillaire l’espace qui contient les 20 dents de lait.
De 5 à 6 ans, l’enfant a donc dans la bouche 24 dents, dont 20 doivent se renouveler et 4 doivent rester. Ces quatre dernières sont comme des pivots autour desquels s’opèrent les autres phases de l’évolution dentaire -, devant elles s’effectuera la mue des dents de lait, derrière elles l’éruption des deuxièmes grosses molaires permanentes et des dents de sagesse.
La dent de cinq ans a deux usages bien marqués. D’une part elle empêche les deux mâchoires de trop se rapprocher pendant le renouvellement des dents de lait, et d’autre part, elle sert à la mastication lorsque les molaires de lait sont cariées ou tombées.
Sa présence est donc utile pendant la mue des dents de lait; mais, dès que les molaires de lait ont été remplacées, souvent même avant qu’elles s’ébranlent, il se forme à sa surface des points de carie, l’émail s’altère et la dent perd sa couronne. A quoi tient ce phénomène qui se présente au moins 80 fois sur 100?
Est-il dû à la texture même de la dent qui moins dense, tiendrait le milieu entre celle des dents de lait et celle des dents permanentes? Est-il dû à ce que, fatiguée pour ainsi dire ou usée par la mastication qu’elle opère presque seule pendant la mue, elle doit par une loi de la nature être éliminée? Nous ne le savons pas positivement, et cependant voici un fait qui peut nous mettre sur la voie de cette démonstration.
A de très rares exceptions près, chaque fois que la dent de cinq ans persiste bonne jusqu’à 20 ou 25 ans, la dent de sagesse, qui est située sur le même rang qu’elle, sort mauvaise ou se carie très vite. Chaque fois, au contraire, que la dent de cinq ans est éliminée prématurément, la dent de sagesse correspondante reste bonne et persiste longtemps.
Cela ne nous indique-t-il pas que cette dent de cinq ans est une dent de lait de seconde espèce, une dent de transition pour ainsi-dire, qui est destinée à être remplacée par la dent de sagesse ?
On peut bien objecter à cette manière de voir, que la dent de cinq ans étant séparée de la dent de sagesse par la dent de douze ans, il est difficile que Tune prenne la place de l’autre ; mais si l’on se souvient de ce que nous avons dit plus haut que, lorsqu’une dent a été extraite chez un enfant, les dents voisines se rapprochent et viennent combler le vide produit par l’extraction, on se rendra facilement compte de la possibilité de ce que nous avançons, et on admettra avec nous que la dent de sagesse est le plus souvent la dent de remplacement de la dent de cinq ans.
Mais la dent de cinq ans reste parfaitement saine, son émail est d’une belle couleur, rien n’indique qu’elle doive se carier, et cependant il faut desserrer les dents et leur permettre de se ranger; il faut par exemple, faire de la place à une canine venue en surdent. Extrairons-nous cette surdent à peine poussée ! certes non, car la
canine est pour ainsi-dire la meilleure dent de la bouche, c’est la plus constante, celle dont la racine est la plus longue ; celle enfin qui persiste encore dans la bouche, alors que dans la vieillesse les autres sont tombées.
Nous nous efforcerons de la conserver, et nous sacrifierons la première petite molaire, dont elle viendra facilement prendre la place.
Voilà ce qu’il est essentiel de savoir pour diriger les extractions prématurées des dents et obtenir par ces extractions un résultat rapide et durable.
Mais, et nous insistons de nouveau sur cela, il ne faut jamais reculer devant ces sacrifices, lorsqu’ils sont indiqués par la conformation de la bouche. Il ne faut pas que les parents, par faiblesse, cèdent aux prières de leurs enfants qui ne demandent qu’à conserver toutes leurs dents, bonnes ou mauvaises, même leurs dents de lait-, car plus tard ils se repentiront de n’avoir pas, par un instant d’énergie, assuré la régularité et la bonne qualité de leur denture.
Qu’ils se tiennent surtout en garde contre le système mis en pratique par certains dentistes, qui veulent quand même conserver toutes les
dents, et qui, soit à l’aide de la lime, les rétrécissent pour leur faire de la place \ soit à l’aide d’engins mécaniques plus ou moins barbares, ont la prétention d’élargir assez les arcs maxillaires pour donner de la place à toutes les dents.
Lorsqu’une dent est cariée, on peut sans danger ôter la partie cariée avec la lime, car alors ce n’est pas la lime qui a enlevé l’émail protecteur de la dent, c’est la carie. La lime est en ce cas un moyen de traitement salutaire ; mais lorsque la dent est saine, il est évident qu’en la limant on lui ôte une partie de son enveloppe, et que par conséquent on l’expose à s’altérer plus facilement.
Quant au système des appareils à grande puissance et appliqués quand même, il n’est pas meilleur que celui de la lime. Après trois ou quatre ans de supplice pour les malheureux enfants qui les portent, on obtient à grand’peine quelques millimètres d’agrandissement -, les dents sont à peine rangées, et la bouche conserve toujours son aspect désagréable.
Si la longueur du traitement était le seul défaut de ce système, il ne faudrait pas le rejeter
d'une manière aussi positive que nous le faisons, mais il y a un danger bien plus grand à l’employer.
Il est impossible que des appareils doués d’une force assez grande pour repousser les mâchoires par la pression qu’ils exercent sur les dents, puissent rester impunément appliqués pendant des années sur ces dents et à la même place sans les altérer. C’est ce qui arrive malheureusement en effet -, car il n’est pas rare de voir les personnes qui ont subi ces manœuvres perdre toutes leurs dents par les ravages qu’exerce la carie dans les endroits où les appareils étaient appliqués.
Ne vaudrait-il pas mieux, ainsi que nous l’avons déjà dit, n’avoir que 28 ou 30 dents saines, que 32 dont 8 ou 10 cariées?
Maintenant que ces deux principes essentiels sont établis, pous pouvons indiquer les principaux moyens de prévenir les difformités que présagent les bouches mal conformées.
Moyens chirurgicaux de redressement.
Un enfant, lors de sa première dentition, est atteint d’une des deux difformités suivantes :
Menton de galoche, ou proéminence de la mâchoire supérieure. Il est presque certain qu’il sera atteint pour sa seconde dentition de la même difformité, si on laisse à la nature seule la direction de cette dentition.
Mais, si l’on s’y prend à temps et d’une certaine manière, on pourra, dans quelques cas, prévenir ces difformités sans le secours des appareils du dentiste.
Il suffira pour cela, dès que la mue commencera, de sacrifier dans le premier cas (menton de galoche) , les deux dents de cinq ans de la mâchoire inférieure, dans le second cas (proéminence de la mâchoire supérieure), les deux dents de cinq ans de la mâchoire supérieure.
Qu’arrivera-t-il, en effet, en agissant ainsi? Dans le premier cas, la mâchoire inférieure, privée tout d’ahord de deux grosses dents permanentes, s’accroîtra moins -, la dent de douze ans
lorsqu’elle sortira, viendra prendre une partie de place occupée primitivement par la dent extraite ; la deuxième petite molaire, à son tour, prendra l’autre partie de cette place, et l’arc dentaire antérieur, par ce fait seul, sera moindre en étendue; le menton aura moins de tendance à se porter en avant, et la difformité qui existait dans la première dentition pourra être ainsi diminuée et même détruite.
Dans le second cas, il en sera encore de même. La mâchoire supérieure est xn’oéminente, il faut donc empêcher son arc dentaire de s’accroître outre mesure.
On extraira, comme pour la mâchoire inférieure, les deux dents de cinq ans, et par cette extraction seule, la difformité pourra être corrigée.
L’extraction des dents de cinq ans est donc un moyen préventif, qui permet dans certains cas d’éviter l’emploi d’appareils qu’il faudrait porter trop longtemps, et encore qui n’obtiendraient jamais un résultat aussi satisfaisant que celui obtenu au moyen de l’extraction.
Ce n’est pas que nous fassions ici le procès aux appareils de redressement; loin de là, nous en
employons nous-même nn certain nombre, mais seulement lorsque le temps probable qu’ils devront être portés sera court, et que leurs moyens d’action seront doux et sans secousses.
Nous reviendrons un peu plus loin sur ce sujet.
Mais l’enfant n’a ni menton de galoche, ni proéminence ; seulement les dents de lait sont très petites, alors que lés dents permanentes qui viennent les remplacer sont démesurément larges ; l’espace laissé par les premières n’est pas assez vaste pour contenir les secondes, et celles-ci sortent en rotation , en obliquité antérieure ou postérieure; les dents de cinq ans paraissent d’une bonne nature et ne menacent pas de se carier; les mâchoires sont très étroites; le palais (et nous revenons à dessein sur ce fait) est en ogive ; alors il ne faut 'pas hésiter à pratiquer ce que nous blâmons de faire quand la bouche est bien conformée.
Lorsque les dents permanentes poussent dans un espace qui sera toujours trop étroit pour les contenir, il faut sacrifier la dent de lait voisine, celle du moins qui est située au côté externe de la dent nouvelle.
Mais, nous dira-t-on, si Ton commence ainsi pour les incisives médianes qui sortent les premières , il faudra extraire prématurément toutes les dents de lait les unes après les autres, et ce sera un supplice continuel pour les enfants.
A cela nous répondrons que l'expérience nous a appris que cette manière de faire est encore la meilleure, d’abord parce qu’elle peut éviter l’emploi trop prolongé des appareils, ensuite parce que l’extraction des dents de lait est peu douloureuse, rapide, et que beaucoup d’enfants la subissent assez facilement.
Du reste, nous indiquerons plus loin le petît moyen déjà cité de rendre cette extraction presque indolore, par l’emploi de l’anesthésie locale.
Lorsqu’on aura extrait toutes les dents de lait antérieures, les canines inclusivement, nous nous trouverons en présence des premières petites molaires permanentes, qui le plus souvent à cette époque ont remplacé ou vont remplacer les molaires de lait ; la petite incisive repoussée la touchera pour ainsi dire, et cependant il faudra une place pour la canine qui sortira bientôt et qui
peut-être apparaît déjà en dehors ou en dedans, au-dessus de l’arcade dentaire.
Alors nous extrairons la deuxième molaire de lait, ce qui permettra à la première petite mo « laire permanente de reculer et d’occuper en partie la place ainsi faite. Quelque temps après nous examinerons si la dent de cinq ans n’est pas malade, et si elle l’est nous la sacrifierons immédiatement; si, au contraire, elle est saine et paraît devoir rester saine, nous extrairons la première petite molaire permanente, dès que cette extraction sera possible. Dans ces conditions tout se régularisera pour le mieux, et l’enfant aura, malgré l’étroitesse de sa bouche et ses prédispositions fâcheuses, les dents parfaitement rangées. Il est vrai qu’il aura une, deux, trois
ou quatre dents dje moins ; mais il y gagnera
d’avoir les vingt-huit qui lui resteront moins
serrées et par conséquent moins exposées à la
carie, d’avoir des dents de sagesse bonnes; car,
l’espace ne leur manquant pas, elles pourront se «
développer à l’aise et arriver à leur complet accroissement.
Voilà les principales règles qu’il faut que les parents connaissent; mais il est des cas trop
difficiles où elles ne suffisent plus, et c'est alors qu'il faudra de toute nécessité avoir recours aux appareils de redressement.
Nous allons indiquer ceux qui sont les plus usités, les plus simples, et qui nous ont donné les meilleurs résultats.
Moyens mécaniques de redressement.
Les moyens mécaniques dont nous faisons usage pour redresser les dents peuvent se réduire à deux principaux, qui, modifiés et combinés suivant les circonstances, suffisent pour remédier à toutes les difformités.
Ces moyens sont: le caoutchouc simple et les appareils composés.
I9 Caoutchouc simple. — C’est le caoutchouc ou gomme élastique en lamelles ou en jarretières, qui a détrôné les coins de Tbois dont on se servait autrefois pour écarter les dents ou les fils de soie, que l’on employait pour attirer les dents les unes vers les autres-, le caoutchouc en lamelle a l’avantage d’être doux, de ne point s’altérer dans la bouche, d’être élastique et, lorsqu’il se gonfle, de n’exercer sa pression que très lentement ; en jarretière, il n’agit que par une traction douce, sans secousses, et malgré cela il acquiert une grande puissance par la continuité de sa traction, Il est d’ailleurs facile à appliquer, n’exige pas la
présence continuelle du dentiste, comme cela était nécessaire pour nouer ou serrer les fils, et sa puissance varie suivant qu’on lui laisse plus ou moins d’épaisseur.
Le caoutchouc est sans contredit le moins dangereux et le plus usité de tous les moyens de redressement.
2° Appareils composés. — Lorsque l’on veut redresser les dents au moyen de ces appareils, la chose la plus essentielle est d’avoir un point d’appui fixe et résistant, pour que l’action que l’on veut exercer ne s’applique en quelque sorte qu’à la dent que l’on doit redresser.
Ce point d’appui, pour que sa résistance soit suffisante, doit, en général, être pris sur le plus grand nombre de dents qu’il est possible, et au moyen d’appareils indemnes de tout danger pour ces dents. Ainsi, que l’on se serve de l’un des appareils suivants : gouttière du plan incliné ou palais artificiel du régulateur, le point d’appui sera pris sur un grand nombre de dents, et par ce moyen la puissance d’action pourra être aussi considérable qu’on le voudra. Attraction, répulsion, rotation, l’on obtiendra tous ces mouvements sans inconvénient, à la condition
que ces opérations s’exécuteront sans secousses et surtout avec une grande continuité d’action.
On évitera autant que possible les crochets, qui, s’appuyant sur le .collet des dents, peuvent les limer, les ronger et les disposer à la carie.
Cependant, si c’est sur une grosse molaire que ces crochets sont appliqués, à la condition qu’ils soient formés par des bandes d’or élastiques, nous en admettons l’usage -, seulement, il est nécessaire qu’il y ait un espace naturel entre les dents sur lesquelles ces crochets s’appuient-, car il ne faut jamais leur faire un passage au moyen de la lune, à moins que le limage n’attaque que des dents de lait.
Régulateurs dentaires . — Les régulateurs varient de forme suivant qu’ils s’appliquent sur la mâchoire inférieure ou sur la mâchoire -supérieure.
Pour la mâchoire inférieure, c’est une gouttière de métal (or, platine ou argent) estampée sur la mâchoire inférieure dont on a préalablement moulé les dents. Cette gouttière, parfaitement appliquée sur chacune des dents, les enveloppe complètement , et par cette exacte application offre un point d’appui solide, sans
que les dents qu’elle entoure risquent d’être ébranlées.
L’appareil ainsi construit et placé sur les dents de la mâchoire inférieure, nous offre un point d’appui considérable pour les diverses opérations auxquelles il sert. Ainsi, lorsque sur sa partie antérieure et supérieure, on soude, par une de / leurs extrémités, une ou plusieurs bandes plates ou plans inclinés dont l’autre extrémité libre est dirigée vers le dedans de la bouche, on obtient un appareil destiné à repousser en avant une ou plusieurs dents de la mâchoire supérieure.
Ces bandes, en effet, présentent aux dents de la mâchoire supérieure, lorsque l’inférieure se rapproche d’elie, leurs plans inclinés de haut en bas et d’arrière en avant, sur lesquels elles glissent, et de là résulte une double action, propulsion en avant de la mâchoire supérieure, en même temps que refoulement en arrière de la mâchoire inférieure. Lorsque, au contraire, la gouttière du régulateur est appliquée sur une mâchoire inférieure où il y a une dent à redresser, on laisse cette dent et ses deux voisines seules à découvert, de manière à pouvoir, en prenant un point d’appui sur le reste du
régulateur, agir à Paise sur cette dent. Alors, soit au moyen d'un ressort métallique fixé par une de ses extrémités au régulateur, et agissant sur la dent par son autre extrémité, soit au moyen d'une jarretière en caoutchouc attirant la dent vers un petit crochet soudé sur le régulateur, du côté où l'on veut que vienne la dent, soit enfin par ces deux moyens combinés, on arrive à remédier à bien des difformités.
Ce genre de régulateur a bien le défaut d'être très visible, d'exiger de grands soins de propreté et d’embarrasser la parole pendant les premiers instants de son application, mais les avantages que l'on en tire sont assez considérables pour que l'on oublie ces défauts, qui, d’ailleurs, sont de peu d'importance.
Pour la mâchoire supérieure, la gouttière qui emboîte les dents est remplacée par une plaque métallique estampée, qui s’adapte exactement au palais et à la surface des molaires petites et grosses sur lesquelles elle forme une gouttière semblable à celle des régulateurs de la mâchoire inférieure.
Ces gouttières, au niveau des pointes de gencives, sont perforées, du côté du palais aussi bien
— èl
que du côté des joues, de trous qui donnent passage aux fils métalliques destinés à leur maintien. Cette plaque avec ses gouttières sert donc ici de point d'appui, et c’est sur elle que sont attachés les ressorts ou les jarretières dont nous avons parlé plus haut.
L'application de ces moyens mécaniques est presque toujours assez rapidement suivie de succès. Mais il est un fait sur lequel nous devons insister : c’est qu’une fois le redressement obtenu, il ne faut pas cesser immédiatement l’usage de ces moyens.
Il est aussi difficile de maintenir ce que l’on a obtenu que de l'obtenir.
Il convient donc de laisser les appareils en place aussi longtemps qu’il est nécessaire pour que les tissus qui enchâssent les dents redressées aient suivi leur mouvement et les aient consolidées définitivement.
Application de ces appareils au redressement des difformités.
Les appareils que nous venons de décrire suffisent pour la réduction des principales difformités; leur mécanisme est assez simple pour être parfaitement compris de tout le monde, et ce n’est pas dans un travail comme celui-ci qu’il convient d’aborder les difficultés de théorie et d’application de certains appareils fort compliqués que le dentiste est quelquefois obligé d’employer.
D’ailleurs, suivant le plus ou moins de sensibilité de tel ou tel individu, suivant la forme plus ou moins bizarre de la bouche, suivant enfin différentes nécessités inattendues de mécanisme, le dentiste, doué d’ingéniosité et de savoir, doit pouvoir inventer ou modifier tel ou tel appareil. Le domaine de l’art du dentiste est assez vaste pour que l’on puisse toujours faire de nouvelles découvertes ou perfectionner encore ce qui semblait tout d’abord parfait.
Nous n’avons voulu que bien faire comprendre aux parents quels sont les principes sur lesquels, doivent reposer ces appareils pour que leur action soit puissante et sans danger, et qu’en présence du dentiste qui va appliquer un appareil à leurs enfants, ils puissent juger de l’opportunité et de la valeur de cet appareil.
Voici maintenant en quelques mots comment s’opère le redressement dans les diverses difformités énoncées plus haut.
Avant tout, et nous ne saurions trop le recommander, il faut, pour qu’une ou plusieurs dents mal placées puissent se bien ranger dans une arcade dentaire, qu’on leur fasse la place nécessaire pour que les mouvements exigés par ce redressement puissent facilement s’exécuter.
Si l’extraction d’une ou de deux dents est nécessaire, il ne faut pas hésiter à la pratiquer suivant les règles indiquées plus haut. S’il suffit d’écarter légèrement les dents trop serrées, nous obtenons ce résultat au moyen des petites lamelles de caoutchouc interposées entre ces dents ; en un mot, nous employons tous les moyens que nous avons à notre disposition pour desserrer les dents à redresser.
£ Üne fois ce desserrement obtenu, nous agissons de la manière suivante :
- Dans Yobliquité antérieure nous nous servons du régulateur dentaire, modifié pour cet usage ; c’est-à-dire que, derrière la dent à ramener, nous soudons un petit crochet destiné à retenir la jarretière en caoutchouc, tandis que cette jarretière embrasse la couronne de la dent et agit sur elle.
En peu de temps le redressement est opéré.
• Dans Yobliquité postérieure , si c’est à la mâchoire supérieure, nous appliquons, soit le plan incliné, soit le régulateur mentionné plus haut; seulement, au lieu d’un crochet destiné à attirer la dent, nous soudons une lamelle élastique en or platiné qui, faisant ressort contre la dent, la repousse bientôt au niveau des autres.
A la mâchoire inférieure nous obtenons le même résultat avec le régulateur, soit qu’on y mette en arrière un ressort qui chasse la dent en avant, soit qu’on se serve de la jarretière retenue alors par un crochet soudé à la partie antérieure du régulateur.
Dans Yobliquité latérale les appareils sont inutiles, et la jarretière de caoutchouc suffit.
Il est seulement nécessaire pour que le redressement s'opère convenablement ent que la jarretière embrasse non pas seulement la dent voisine de celle qu'il faut redresser, mais deux ou trois dents d'un même côté, afin que la résistance soit assez considérable pour n'agir que sur la dent à redresser.
Dans la rotation. Pour obtenir la rotation d'une dent il faut agir sur la couronne de cette dent
de deux manières : il faut repousser un côté de
la couronne pendant que l’on attire l'autre. Cet effet s’obtient en prenant toujours le point d’appui sur le régulateur. Une bande élastique en or soudée au régulateur repousse par son extrémité libre un côté de la dent ou plutôt ne fait que la maintenir , tandis qu'une petite jarretière en caoutchouc attachée à un petit crochet soudé en arrière de la dent l’attire en arrière.
De ces deux mouvements en sens inverse résulte la rotation.
Bien des appareils ont été inventés pour redresser cette difformité, aucun n’égale la simplicité, la puissance, la facilité d’action de celui-ci.
Dans la 'proéminence,. En général, à moins que
la difformité ne soit trop prononcée, on se contente de l'extraction des dents de cinq ans.
Ce genre de difformité qui donne à la figure un aspect allongé, en lame de rasoir, comme on dit vulgairement, est un défaut que Ton ne cherche pas souvent à corriger. Cependant, si Ton n’a pas extrait la dent de cinq ans, et si, malgré cela, on veut la corriger, on peut y parvenir, mais seulement à la longue par le moyen suivant : Après avoir extrait noq la dent de cinq ans, mais la première petite molaire de chaque côté, c’està-dire, après avoir fait une place qui permette de refouler en arrière les six dents des arcades antérieures, on applique le régulateur modifié de la manière suivante : on ne laisse cet appareil prendre son point d’appui que sur les grosses molaires et le palais, puis on attache à deux appendices en forme de crochets soudés à ce régulateur et appliqués à la hauteur de la face externe des deuxièmes petites molaires, une jarretière qui, passant tout entière au devant des six dents antérieures, les force à venir en arrière.
On peut aussi mettre une jarretière à chaque dent et les attirer séparément, mais simultanément vers deux ou trois crochets soudés vers le
milieu du palais artificiel, cela dépend ctes cas; les deux moyens réussissent également.
Dans la rétroïtion. Il faut bien se garder d’extraire des dents, et au lieu de jarretières nous employons deux bandes métalliques qui, soudées de chaque côté au régulateur à la hauteur des petites molaires, se croisent en avant, tout en étant indépendantes hune de l’autre, et refoulent en avant les dents antérieures. C’est une difformité que l’on a rarement l’occasion de traiter; les parents des enfants qui en sont affectés préfèrent la leur laisser que de leur faire subir l’ennui du traitement.
Dans C inversion. Lorsqu’elle est peu prononcée nous commençons par extraitre les premières grosses molaires inférieures, puis nous appliquons à la mâchoire supérieure le régulateur destiné à rejeter les dents supérieures en avant.
Il est excessivement rare que l’on ne réussisse pas par ce moyen à corriger cette difformité.
Cependant lorsque la difformité est trop difficile à vaincre, on peut y arriver au moyen d^un apjjareil que l’on ne porte que la nuit et qui se compose d’une mentonnière et d’un serre-tête disposés pour cet usage. La mentonnière, qui
embrasse le menton est attachée au serre-tête de chaque côté de la mâchoire par un lien que Ton peut raccourcir à volonté.
Le but de cet appareil est de refouler toute la mâchoire inférieure en arrière et de rendre l’angle de la mâchoire moins obtus.
Mais, nous le répétons, il est extrêmement rare que l’on soit obligé d’en venir à l’usage de cet appareil; le régulateur suffit, surtout lorsque l’on a ôté les dents de cinq ans.
Engrènement. Il y a tant d’espèces d’engrènement qu’il est impossible de donner des règles fixes pour leur traitement. Cette difformité est un mélange des autres, et il s’ensuit que, par la combinaison des divers moyens employés contre elles, on parviendra à la détruire. C’est pour ce traitement que les enfants et les parents devront s’armer de patience ; car il est souvent un peu long, mais presque toujours sûr, lorsqu’il est suivi avec persévérance.