‹ Conseils d'un père à ses enfansChapitre 52 sur 59 · CHAP.XLVI · texte numérisé non relu

CHAP.XLVI

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( 355 ) dangereux encore à la cour qu'ailleurs ; il force quelquefois son mari à laisser entrevoir des desseins qui auraient besoin j pour réussir , d'être enveloppés du voile le plus épais. En général , le beau sexe ne doit jamais se mêler d'intrigues politiques ; il n'a ordinairement que ses attraits pour le soutenir dans ces sortes d'entreprises, et ils y sont ordinairement insuffisans.

Tibère II , empereur romain , qui succéda à Justin II , était un soldat de fortune, Thrace de nation. Etant parvenu à commander les armées romaines, ses talens l'avaient fait remarquer. En 574? Justin, sentant que son esprit s'affaiblissait et ne soutenait plus qu'avec peine le farde au de l'Empire, témoigna à l'impératrice Sophie , sa femme, le désir où il était de trouver quelqu'un qui le soulageât dans les soins pénibles du gouvernement. Sophie , au lieu de s'en rapporter sur ce point aux lumières de cet époux , lui fit jeter les yeux sur Tibère. Il paraît qu'elle était sensible aux charmes, au mérite de ce général ; elle voulait d'ailleurs que le successeur de Justin , quel qu'il pût être, lui eût obligation de l'Empire, espérant qu'elle pourrait l'amener.

( 556 ) par reconnaissance, à partager le trône avet elle. Tibère, qui pénétra ses projets , la laissa faire, ayant seulement soin de n'avoir aucune explication, et de ne prendre à cet égard aucun arrangement avec elle. Sophie eut d'autant moins de peine à réussir, que Justin était on ne p^ut mieux disposé en faveur de Tibère , qui, bientôt proclamé César, fut dès-lors chargé de tous les soins du gouvernement. Ce fut en 578 que Justin , au lit de la mort , lui donna le titre d'empereur.

Sophie crut que le moment était arrivé de recueillir le fruit de toute sa menée politique. Le peuple était au Cirque ; le nouvel empereur s'y présenta revêtu de la pourpre impériale. Mille voix s'écriaient : Vive V empereur et l'impératrice! montrez-nous Vimpéra* trice ! A ces cris , on vit entrer dans le Cirque , par ordre de Tibère , une femme nommée A nastasie, accompagnée de deux jeunes filles, fruit de son mariage secret avec ce prince. L'empereur embrassa tendrement cette épouse , que ne lui soupçonnait pas Sophie , lui posa la couronne sur la tête, et la présenta au peuple; mais en vain il espéra qu'il apaiserait , à force d'honneurs et de richesses, celle que l'ambi-

(53?) tîon seule avait rendue sa protectrice ; en vain Il lui conserva tout l'appareil de la dignité impériale : rien ne put la dédommager de la réalité du pouvoir , ni lui adoucir l'amertume d'avoir travaillé pour une rivale, en croyant travailler pour elle-même.

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