CHAPITRE FINAL
BWCimiB Avx wnmMMM fliaiQ»Anffli«
Comment îlt doirent agir une foii devemu dépoléf pour devenir de grands tiommet, gagner vingt mille livres de rentet et la considération de la SOcaÉTft.
L'Etat, c'est moi. Le mondci c'est nous.
Louis »t. iif jbsvitb».
Devenu député et arrivé à Paris, tous irez immédiatement voir le socîus que tous prendrez pour se^ crétaire afin qu'il puisse savoir tous tos secrets et les communiquer à la Congrégation. Après cette formalité, il vous sera permis de vous occuper de vos affaires et de vos plaisirs, pourvu que ces derniers ne vous coûtent pas trop d'argent. La Congrégation a déjà beaucoup de/raiV, et ne pourrait vous bailler
IropdWgentà cet effet. •• En attendant la séance royale, rien ne s'oppose à ce que vous viviez en homme du monde sans vous occuper de vos créanciers ni de nos affaires \ mais une fois les sessions commencées, il &ut vous mettre à ^îbcAer... Puis, vous ne recevrez pas de subsides de la G>ngrégation pendant la campagne légisUtivoi al voua n'en aurez pas besoin, car, une fois la machine parlementaire en train, vous aurez des votes à vendre, tnardhftndise qui a bon débit et que Ton paie fort cher ; j'ai vu tel vote de tel député payé 30,000 francs ! somme assez ronde, comme vous voyez, et qui) bien diltribuée, suffit à fermer la bouche à quelques créanciers braillards, et fournit de quoi faire quelques bonnes petites orgies parfumées.
Tout en servant les intérêts de la Congrégation^ vous voulez vous enrichir et devenir des personnages importants ; celte prétention est très-légitime, et je vous la permets... Votre ambition est très-^louable^ selon moi ; pour la satisfaire, vous n'avez qu'à ré-^ soudre le problème suivant :
Trouver le moyen, sans avoir ni argent, ni génie^
ni crédit, et sans cesser d*étre fidèles à la Compagnie de Jésus, de vivre à Paris et d'y dépenser vingt mille francs par an sans être à charge à la Congrégation et sans vous s^endre au gouvernement ; et, après avoir vécu de la sorte pendant une dizaine d^années, se trouver millionnaire, et jouir de Ves^ tinte et de la considération de la société.
— Maître! un tel problème est insoluble; M. Aràgo, Newton et Munito lui-même, ne le résoudraient pas.
— MM. Arago, Newton et Munito, c'est possible; mais je suis autrement fort que ces messieurs-là; aussi, comme je n'ai rien de caché pour mes enfants, je vais vous.donner la solution demandée.
(c Crier patriotisme à tout propos, et pester contre « tous les ministères, si l'on fait de l'opposition, — « *ou ne jurer que par le père Pritchard, l'entente « cordiale et la paix à tout prix, si Ton est conser- « s^ateur-^ — ou vanter, regretter, espérer le retour « du bon vieux temps où les nations auront des « seigneurs , les seigneurs des vassaux ^ les vas^ (( saux des coups de fouet ^ les dames des carlins]^
« et les hommes de letlres d énormes perruques, si « Ton pose en lëgîlimiste. »
Plus:
a Être infiniment populaire dans Topposition « républicaine, platement complaisant dans le cen- « tre ventru, et professer un profond respect pour « tout bipède dont le nom sera précédé d^un de , « si Ton vise aux futures récompenses de monsei- « gneur le comte de Ckambord. »
Plus:
« Caresser tour-à-tour toutes les opinions , servir « tous les vices, flatter toutes les passions, et même « les caprices de tous ces vers rongeurs , mal pei* « gnés , ridiculement accoutrés et excessivement « vaniteux, connus sous le nom collectif d^hommes « (T action, »
Plus:
(( Vendre indifféremment , à Toccasion , ses amis n et ses ennemis.»
Le tout multiplié par :
« Une immense effronterie et d^nnombrables f( bassesses. »
Et divisé par :
« Un air souriant, doucereux et béat . »
Égal à :
« Un honorable membre braillard de la Chambre « des députés , protégé et appuyé par la Congréga-* c( tion et dévoué à la Compagnie de Jésus* »
Or, une fols que vous serez devenus membres du Corps législatif, honorables ou non, le reste ira tout seul; vous marcherez vers la fortune comme sur un chemin de fer, pourvu, toutefois, que vous soyez fidèles à la Société de Jésus , et que vous ayez de bonnes noies du socius.
En arrivant au Palais-Bourbon, allez vous asseoir 9VLT leshàncs deVextréme gauche ou de V extrême droite, n'importe où, pourvu que ce soit une eortréme^ car, à la Chambre des députés surtout , les extrêmes se touchent.
Une fois installé en représentant , taisez- vous et observez : tenez-vous coi pendant qu^on nomme un président, des vice-présidents et des secrétaires» Laissez les bureaux se former : ne vous mêlez pa& de rAdresse.o Pendant toutes ces opérations, dor-
mez à votre place , à moins que vous ne vouliez avoir Tair d*y prendre part^ dans ce cas, toussez, crachez, et faites du bruit en frappant le dossier du banc qui est devant vous avec votre couteau d'ivoire de quatre sous.
Mais voilà les préliminaires terminés; la machine à lois va se mettre à fonctionner *,. .. la besogne commence! Ouvrez l'œil, mes agneaux; voilà le moment de commencer à servir la Congrégation et à faire votre fortune.
Quelle que soit la question à Tordre dujour, demandez la parole contre ,• car, si vous voulez vous faire remarquer, si vous voulez qu'on vous achète un peu cher, il faut que vous débutiez dans les rangs d'une opposition. Je serais assez d'avis que vous débutassiez dans les rangs de la légitimité... L'opposition républicaine ne vous produirait rien.. • Que voulez- vous que vous donne le peuple ? il n'a pas même du pain!
Quelque raisonnablement qu'on ait parlé pour^ parlez beaucoup contre ; si vous avez du talent, ou seulement un peu de babil avocassier, montrez le re-
uers de la médaille. ^Si tous êtes un sot, parlez tout de même ; dans ce dernier cas, vos honorables pré* opinants s'endormiront, vous agacerez les nerfs du cabinet, mais vous fournirez de la copie aux jour<^ naux et Toccasion de faire des calembours, et d'iii*uenter des mots spirituels à M« Dupin, célèbre auo^ eut de la Nièv^re *, sans compter que le peuple des galeries trouvera que vous êles très-éloi/uent^ et que les gens de la vieille roche vous considéreront comme un logicien de force à convaincre saint Thomas. Le peuple est si bonhomme et les gens de la vieille ro^ che si crédules ! ... Puis, pendant que vous parlerez^ vos honorables préopinants seront bien forcés de se taire. Or, on entend toujours plus un imbécile qui braille que deux mille personnes sensées qui ne disent mot.
Avant votre élection, vous avez promis de doter vos commettants d'un chemin de fer \ c'est la seule promesse que vous devez tenir, non pour servir vos commellanls, mais pour gagner quelque chose.
Ainsi, dès que vous verrez des chances pour rétablissement d'un raiUway dans votre déparlemenl,
bu ailleurs, vous en donnerez avis à un financier qui formera une compagnie dont vous serez actionnaire. Il demeure entendu que vos actions seront industrielles et prises au nom d'un compère. Sans cela^ vous ne pourriez pas signer une déclaration consta* tant que vous n'avez aucun intérêt^ direct ou indî" rect, dans les chemins de fer. Or, cette déclaration est de la dernière importance pour vous mettre eu odeur de probité et d'impartialité.
Pour vous poser convenablement et vous donner une certaine importance, montez souvent à la tribune ; posez-vous en Mirabeau au petit pied. Les calineries du cabinet appartiennent de droit aux orateurs. Or, quand le cabinet câline un député, c'est qu'il veut s'en servir ou qu'il en a peur.
Si le ministère veut vous faire du bien^ laissezvous obliger; s'il veut vous acheter, vendez-vous ; lïiais faites-vous bien payer et tâchez d'obtenir quelque chose pour la Compagnie de Jésus \ sans quoi, restez incorruptible et continuez de brailler.
Quant aux discours, ne vous en mettez pas en peine \ si vous ne savez pas les faire, venez me voir
à mon petit lever, je saurai bien vous trouver quelque homme de lettres sans éditeur, qui, pour une trentaine de francs et l'offre de votre protection, composera pour vous des discours foudroyants que vous n'aurez qu'à lire deux ou trois fois pour les débiter en pleine séance. Vous paierez les trente francs ; mais vous ne ferez que promettre votre protection. •• Sa protection ! un député jésuite la vend, mais il ne la donne jamais, jamais.
Vos discours seront répétés par tous les journaux parisiens^ et, (quinze jours après, toute la France et même quelques bonnes âmes de Tétranger croiront à l'existence d'un grand homme de plus..* Celui qui aura fait vos discours pourra aller à la cour des Fontaines, et avec Targent que vous lui aurez donné, manger sa soupe économique et son beefsteak de mulet, en attendant qu'il m'ait plu de le recommander à un éditeur de ma connaissance qui lui volera ses idées et même ses écus, s'il le peut*
Il est vrai que vos discours n'empêcheront pas la France de payer ses 1,800 millions d'impôt, ni les ministres d'être de très-grands hommes d'État, ni
les Anglais de nous flouer par respect pour leur mî- ^ nistre français; mais vous ferez votre réputation, et les journalistes de votre couleur accepteront vos dîners.
courcnLusioiv.
Finis coronai oput^ • Vous êtes fins comme des taupes.
TRADUCTION UBRB.
De la même manière que vous composez vos dis* cours, vous composerez toute autre chose. Pourquoi n'écririez-vous pas quelques premiers^Paris dani les journaux conservateurs?
-— Moi ! député de Topposition ! moi ! écrire dans un journal conservateur! Maître, cette fois vous n'estes pas logique.
— Frères mondains ! vous êtes des niais;. •• pourquoi n'écririez-vous pas, si 1 on vous payait? Nesa-
vez-vous pas qu'un Jésuite doit tout faire pour de
l'argent?
-^ Maître ! vous voulez nous perdre ! • •• et quedi**
raient nos commettants? que deviendrait notre députation ?
— Pauvres agneaux! vous éles d'une toucliante naïveté! Et où croyez-vous que les journaux conservateurs vont puiser tout ce qui se passe dans les réunions des députés patriotes? Croyez-vous que les rédacteurs des journaux conservateurs soient sorciers? ou bien pensez- vous qu'ils ont des magnétiseurs qui les endorment et leur donnent une vue à percer les murailles, et des oreilles àentendre, de Paris, les sermons et autres discours é\^angéliques que le révérend père Pritchard débite à la reine Pomaré ?
— Maître! mais ce serait faire le Judas !•••
— Chacun doit faire son métier, mes enfants^ ou renoncer à devenir riche... Vous éles-vous faits Jésuites pour demeurer hommes de bien?
-—Maître ! mais si on le découvre, nous sommes..;
— On ne le découvrira pas , si vous priez un compère de signer vos comptes-rendus et vos notes; surtout si ce compère a sa part au gâteau.
— Maître ! mais nous ne savons pas écrire. . .
— Bien (les gens sont affligés de celte infîriTiité 5 ce qui ne les empêche pas de gagner beaucoup d'argent et une réputation colossale... Crétins! avez- Tous oublié qu'il y a à Paris une foule d'hommes d'esprit sans pain qui écriront pour vous comme ils écrivent pour un de mes amis, fabricant de romans, drames et autres immondices de première qualité quon lit partout et toujours?.,. Venez me voir à mon retour de Rome, où je vais , de ce pas, ramas* ser Je& âmes de trois saints cardinaux morts d'indigestion, et changer quelques chiffons en reliques ^ venez chez moi , et je vous donnerai l'adresse de mon copiste.
Par cette méthode, en même temps que vous deviendrez un homme important, vous vous poserez en littérateur : peut-être arriverez-vous à faire partie du cabinet!... Tant de gens qui ne vous valent pas y sont arrivés. . .
— Oui, maître*, mais dans tout cela nous ne voyons pas les vingt mille francs de rente !...
— O frères mondains! je vous reconnais bien là.<« Si vous n'avez pas encore des rentes, vous ave^ au moins rayanlage de servir la Congrégation,
— Maître! nous aimerions mieux les écus.
— Eh Lien! mes agneaux, si vous parvenez au ministère, ce qui ne vous sera pas difficile avec Tagrément de l'ambassadeur d'Angleterre , en maliiant pendant six mois les fonds secrets, ceux affec-
tés à Y encouragement des gens de lettres et ceux j '
votés pour donner des secours aux professeurs de j
rUniversité, vous pourrez faire votre magot, qui |
sera très-gentil, surtout si vous savez exploiter le té- j légraphe, Tadjudicatlon , et mille autres bagatelles L
auxquelles le public songe à peine, et qui produisent beaucoup.
Peut-être, à cause de votre maladresse ou de votre négligence, ne sortirez-vous jamais du rôle de représentants; alors vous pourrez encore remplir votre escarcelle en vendant quelques boules, en protégeant quelques personnes ^reconnaissantes et en faisant les Judas.
Cependant, si après avoir servi la G)mpagnie de Jésus pendant dix ou douze ans, avec adresse et dévoument, vous n^étes pas arrivés à posséder les vingt milles livres promises , nous vous ferons don-
ner une bonne préfecture ou une division au minis* tère ', et, si vous êtes sages, nous vous marierons à une riche héritière qui soit assez jolie pour vous attirer la protection du gouvernement et les. . . . bénédictions de Tévéque de votre diocèse.
Puis, si je suis content de vous, je vous ferai nommer pairs du royaume à la prochaine fournée.
Une fois arrivés au comble de vos vœux, vous continuerez à servir la Congrégation en fils soumis; et, en écbonget 1^ Congrégation vous conservera sa protection, à Tabri de laquelle vous pourrez descendre tranquillement lejleuue de la vie jusqu^au jour heureux où vous viendrez bouillir dans ma grande chaudière, pour vous purifier de toutes vos iniquités, par omnia sœcula sœculonim.