‹ Conseils de Satan aux jésuites traquésChapitre 5 sur 13 · AUX. FRERES CAFARDS · texte numérisé non relu

AUX. FRERES CAFARDS

Xenr rMe dans Ja Gompagnie d« Jéf ui •

Malheur à tous, scribes et pharisiens hy^ pocrites, car vous dévorez les maisons des 'veuves, même sous le prétexte de faire de longues prières.

Malheur à vous, scribes et pharisiens hy^ pocrites, car vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, mais le dedans est plein de rapine et d'intempérance.

Jésus-Christ»

A vous maintenant, rusés soldats de l'Enfer ; écoutez la voix de votre général en chef, et obéissez, sous peine de voir ce livre imprimé, publié et peut-être même illustré. Voudriez- vous voir étaler au grand jour toutes vos turpitudes et vos iniquités.^

A Tavenir, vous ne regarderez personne en face et vous ne vous servirez que de mots à double entente. Il n'est rie» de plus dangereux que de regar»

der les gens au visage. Certains hommes savent lire dans les yeux d*autrui.

Pour plus de sécurité, vous porterez des lunettes vertes ou bleues — la couleur n'y fait rien pourvu quelle soit foncée. — Cette précaution vous procurera le double avantage de pouvoir fouiller dans le cœur du prochain sans queleprochain puisse fouiller dans le vôtre.

Marchez lentement, mes agneaux; affectez un pieux recueillement) et tenez constamment les yeux baissés vers la terre comme si vous comptiez les pavés.

Parlez toujours à demi-voix et évitez avec le plus grand soin les sons de tête et toutes les intonations nazillardes..., Toreille est une des portes par lesquelles je me glisse le plus facilement. Flattez donc roreille, mes élus ^ flattez aussi les yeux par votre extérieur béat.

Il serait très-heureux que vous fussiez maigres et p&lesi et que tous eussiez un peu Voir en dessous; car on ne manquerait pas d^attribuer rolre pâleur à de longues et profondes méditations, et votre maigreur à la priyalion volontaire, et pourtant mérî-

tjire, des plaisirs de ce monde* — Votre air en dessous passerait infailliblement pour de Thumilité ; ce qui ne gâterait rien.

Portez toujours des yétements ridicules et sordides, sauf à vous parer comme de vrais faquins lorsque vous irez prendre les eaux — ou visiter quelque belle pécheresse, désireuse de rentrer dans la voie du salut (1).

Une fois posés de cette manière dans le monde, vous commencerez Vœuifre»

Débutez par médire de tout, seulement faites-le d'une manière convenable et Chrétienne.

Ainsi, lorsque vous voudrez perdre un ennemi de YOrdre^ ou quelqu'un qui vous aura été désigné, vous commencerez par dire le plus grand bien de lui.— Vous n'en sauriez trop dire^— Puis, vous vous arrêterez tout court, et, poussant un profond soupir, vous vous servirez adroitement de la conjonction MAIS. Exemple :

<1) Il est permis à toutes sortes de personnes d'entrer dans les lieux de débauche pour y convertir les femmes perdues. (Basile Ponce, jés. ; Traiié de la pinitence, quest. U, p. 94).

« M. N... est véritablement un homme admU H Table. Quel beau talent! quelle franchise! quelle « profondeur dans les idées! quelle éloquence dan$ 41 le discours !... Puis, il est si humain! si géné- « reux! si modeste!..! MAIS, hélas! malheureuse* « ment le flambeau de la foi n^éelaire pas toujours a son esprit, généralement si lueide.«« les passions « charnelles Tégarent trop souvent !Mt Pourquoi « Tesprit du mal a^t>il tant d'empire sur une âme « si belle?... Dieu, toujours miséricordieux , voua dra, je Tespère, arracher cette âme au démon- •. « M. N... ne finira pas sa vie plongé dans une ki« a deuse coneupiscenoe... et dévoré p^r le doute, en a Qiati&re de religion , qui fait de lui un homme a d^autant plvis dangereux qu'il est plus instruit et a plosaimaUe. n

Par ce procédé, qui cert^ n'est pas difficile, celui que vous foudres perdre sera perdu, et perdu sans retour. •• En Tattaquant ainsi , vous le ferez passer pour un débauché, pour un impie, et pis encore. •• on le croira sans ÙA et sans honneur , parée qu^on h supposera saii3 rimurs et s^ns religioot Cest que

le monde oublie plutôt mille yertus qu'il ne par* ilontie uu seul défaut... Puifi, dans lé monde> <m ne se souvient guère que des dernières paroles d*uB discours»

Toutefois, de peur qu*on vous soupçonne de médisance, je vous conseille d'ajouter, après une courte pause:

<( Hélas I mon Dieu, la nature humaine est si « faible !... Thomme né dans le péché est si peu de « chose, s'il n'est soutenu par la grâce! Mon doux « Jésus, ayet pitié de nous ! Nous sommes tous bien « coupables à vos yeux!. •• »

Ces exclamaticms hypocrites, débitées avec les yeux à demi clos, d'un air de saint homme, et avec un peu d'aplomb , vous mettront à Tabri de toute accusation de mal veillance *, elles donneront une nouvelle âcreté à votre morsure vipérine, et vous feront passer pour de saints personnages.

Ainsi est fait le monde, mes agneaux, et je ne vous ai pas enfantés pour le réformer ^ mais pour rexploiter tel qu il est«

Ne vous contentez pas de médire dés personnes ;

vous devez encore médire des choses, du passé, du présent et de l'avenir. En médisant du présent^ on TOUS tiendra pour inappréciables; en médisant du passéy on vous croira très-versés dans Thistoire, — science fort à la mode aujourd'hui. .. et lorsque votre langue maudite s'exercera sur Vayenirj plus d'un vous croira certainement prophètes.

En calomniant, joignez les mains et levez les yeux au ciel , à la manière de saint Ravignan , —* cette mimique en imposera aux gens simples , et plus d'un benêt, vous prenant pour des bienheureux, déliera les cordons de sa bourse, — dans laquelle je vous permets de plonger la main jusqu'au poignet au nom des pauvres s'entend.

Chacun doit vivre de son métier.

Si quelque homme de cœur vous tombe sous la main, ne l'épargnez pas, mes petits; des gens de cœur sont un fléau pour la Congrégation... il y a déjà long-temps qu'ils l'auraient anéantie si je n^eusse veillé à sa conservation. Seulement f^n calomniant les hommes de cœur, tâchez de le faire adroitement. Vous le savez? votre force est toute

dans votre réputation de sainteté ! Faites en sorte de la conserver.

Ainsi donc , ne blâmez personne à sa barbe ; il n^appartient qu'aux gens de bien de dire ouvertement la vérité... Puis, la vérité attire quelquefois de mauvaises affaires à celui qui la dit, et vous ne pouvez vous battre en duel... Vous le savez, mes enfants, le courage ne fut jamais la vertu des Jésuites.

Ne vous obstinez jamais contre Topinîon d'autrui,, quelque absurde qu^elle puisse être 5 au contraire , renchérissez. Laissez aux frères ensoutanés et aux journaux catholiques toutes ces subtilités, au moyen desquelles la Congrégation e^t parvenue à rendre méconnaissable la doctrine de Jésus-Christ.

La meilleure manière d6 servir la Congrégation est de flatter indistinctement tout le monde , même ceux qui passent pour ne pas aimer la flatterie; —« ce sont ceux-là qui l'aiment davantage. ••

Pour flatter, ainsi que pour médire, la conjonctîomnAis vous sera d'un grand secours : vous pour-* rez quelquefois la remplacer avantageusement par

cependant^ pourtant où néanmoins^ toutes les conjonctions contradictoires , comme les nomment MM. Noël et Chaptal et un célèbre professeur 4^anglais non breveté^ appelé cette année à décerner des brevets aux autres, ont été inventées par les Jésuites

♦•Ni

au profit de la Compagnie de Jésus. ••

Voici, au reste, quelques formules de flatterie à

Tusage des gens du monde et des frères cafaids^

dont vous pourrez tirer un grand profit, mes

agneaux \ apprenez-les par cœur, débitez-les d'un

ton mielleux et d'un air béat, et je vous réponds du

succès.

Première formule.

c( Il est vrai, monsieur, que votre caractère est un peu violent, que votre méfiance est quelquefois portée à rextrême , et que vous n'êtes pas toujours à l'abri d'une mauvaise pensée en présence d'une jolie femme... mais la violence de votre caractère tient à votre noble franchise^ votre méfiance est le résultat d'une prudence trop nécessaire, hélas ! par le temps qui court... Et, que sont les écarts de vos pensées, sinon la conséquence de cette imagination brillante

— Ôl ~

et éminemment poétique que Notre - Seigneur a daigné vous départir?. •.Vous le voyez, monsieur, un rigorisme outré a pu seul prendre en vous pour des fautes graves trois légers défauts qui , pour ceux qui ont le bonheur de vous connaître, sont plutôt \T0i& grandes qualités^ trois dons du ciel qui rachètent bien quelques imperfections. Hélas, Seigneur ! qui peut se flatter d*étre parfait ? »

Deuxièm e formule.

« Oui, madame, j'en conviens^ vous êtes un peu... coquette*. • vous avez le caractère. .. un peu... trop... vif ;... vous vous laissez*. • peut*étre trop en«trainer par... ce goût du luxe, qui cauçe quelque«fois la ruine des familles. . • Cependant ces peeca^ ailles ne sont pas si impardonnables chez vous qu*elles pourraient Tétre chez d'autres ; car, enfin, qu'est-ce que la coquetterie chez une femme, si ce n'est le désir louable de faire valoir , aux yeux du monde, les grâces dont Dieu a daigné la doter? Puis, la coquetterie entraîne les femmes à do cer<* laines dépenses qui font vivre les pauvres ouvriers ^

ce qui, à tout prendre, n'est pas un mal, puisque l'ouvrier ne peut nourrir sa famille qu'en travaillant. Quant à la méchanceté de votre caractère, madame, je répondrai qu'on devrait l'appeler sévérité, ce qui est bien di£férent;car la sévérité est toujours le résultat d'une ^vnnàe pureté de mœurs...

«( Je ne dirai rien de ce que vous-même qualifiez de goût excessif du luxe^ ce goût-là découle tout naturellement de votre admiration pour le beau.

« Croyez-moi, madame, la prodigalité, qui serait un vice chez les pauvres , est une vertu, un devoir chez les personnes de votre condition. Dieu ne vous a donné les biens de ce monde qu'à la charge d'en faire un noble usage \ et quel plus noble usage pouiy riez-vous en faire que de les employer à encourager les arts, les lettres et ï industrie? Plût à Dieu que toutes les dames de votre condition vous ressem*^ blassent...

c( Heureusement , madame , vous êtes encore si jeune, que les nécessiteux peuvent espérer de jouir pendant bien long-temps de ce que vos em^ieuses appellent y os folies*y.. et vos amis auront encore^

pendant long-temps aussi, le bonheur d^admirer les grâces de votre caractère , qu'on dit si méchant et que j^ai \à faiblesse de trouver adorable L,, »

Appuyez sur les mots jeune et adorable et grimacez un sourire en les prononçant.

Si la. dame rougit et vous regarde un peu de coté*... souriez encore.... puis, demandez-lui un .secours pour une famille bien intéressante de votre connaissance.

Il y a cinq cents contre un à parier que vous ne quitterez pas la dite dame sans emporter de quoi satisfaire quelques-unes de vos fantaisies,...

Mais ce n'est pas tout : avant de quitter ceux que vous flatterez ainsi , il faut tâcher de savoir ce qui se pas&e chez eux, afin que vous puissiez faire votre rapport au socius,.., faites aussi en sorte d'intéresser les dames et les messieurs que vous flatterez en faveur de la Congréiifation, de telle manière que la Congrégation puisse en faire des instruments

innocents.

Troisième formule.

« Jesais bien que vous n'êtes pas parfait, monsieur;

vous aimez le jeu ; vous exprimez vos opinions un peu trop légèrement peut-être 5 votre ybi chancelle, vos principes politiques sont dangereux.. ••

« Néanmoins, ces défauts sont rachetés par d'éminentes qualités.... Le jeu, vous Taimez comme un simple délassement, ce n^est pas une passion chez vous-, vos opinions, quoique souvent trop librement exprimées, vous les professez de bonne foi; ce qui est une preuve de votre loyauté.*.. Votre incrédulité , monsieur , est plutôt un grand désir de connaître la vérité , une grande et louable rfé- Jiance de vos propres lumières, que de Vincrédulité païenne* . . .

<( Quant à vos principes politiques, s'ils sont dangereux, ce n'est pas votre faute.... ils ne sont pas mauvais en«ux-mémes.... c'est que la société n'est pas encore en état de les comprendre. Votre tort à vous est d'avoir une trop belle intelligence..,. Vous êtes né un siècle trop tôt , monsieur. Voilà où est

le mal!! »

Même sourire qu'aux formules précédentes ; et, si \e flatté est une personne influente, demandez 9

pendant qu'il est chaud , sa protection pour quelque créature de la Congrégation , pour une demoi* selle de mœurs douces et très-pure^. •••

Cent contre un que le pauvre niais accordera sa protection à la demoiselle , qu'il la séduira, et se donnera par ce moyen le plaisir de réchauffer dans son sein une vipère qui ne manquera pas de rapporter au socius tous les secrets qu^elle pourra arracher à son protecteur.... Elle deviendra en un mot une véritahle socia (1).

Vous pourrez aussi demander un bureau de tabac ou un débit de papier timbré pour la pauvre veui^e d'un digne militaire. ..^ ou encore une bascule pour un vieux imbécile qui ne sera propre qu'à cela.... Seulement, en demandant Tune ou plusieurs de ces choses , ayez soin d'avoir oublie le nom de votre protégé , afin que le flatté ayant promis, vous ayez le temps de chercher quelqu'un qui paie convenablement la grâce obtenue en se dévouant à la Congrégation et en vous donnant quelques écus»

(i) Soda est le féminin dt $oe%u$. Voyez note i, page 42.

Ces formules peuvent être variées à rinfini. Un frère cafard , doue de la moindre intelligence^ peut en tirer un grand parti.

Mais , comme il faut tout prévoir , vu que vous n'êtes pas tous des aigles \ comme enfin, il vous arrivera souvent de vous trouver embrouillés , je vous donnerai le moyen de vous tirer d affaire en cas de bévue de votre part.

Dans les cas difficiles, et vous en trouverez plus d'un pour votre intelligence obtuse ; dans les cas difficiles, avouez bumblement votre ignorance ; posez vous en âmes candides. C'est beaucoup plus adroit que^de vous poser en gens instruits et corn-* mettre quelque maladresse.

Et si l'on vous pousse à bout, enveloppez votre ignorance dans le manteau de votre modestie, et dites d'un air résigné :

a La vie est si comte!... la science est si longue, et souvent si mensongère, que l'homme sensé doit plutôt chercher le sahu de ^n âme que la renommée du savant, souvent, hélas ! usurpée par

des charlatans... et par des impies La véritable

science est la science du sahttU.... »

Si Ton s'obstine, comme cela arrive quelquefois clans le monde, à vous assurer que vous êtes la science en personne^ répondez plus humblement encore :

« Savant ! moi ! Eh ! mon Dieu ! je ne sais pas même Torthographe. »

Je connais un frère cafard qui, avec cette phraselà , a réussi à passer pour une bibliothèque vi^

liante.

Je sais bien que personne ne comprendra le rap« port que peut avoir cette boutade, aussi mystique que fallacieuse, avec les matières en question ; mais c*est précisément parce que personne jiy verra goutte qu'on vous prendra pour un homme aussi savant que modeste* Ainsi jugent les imbéciles!

' Le grand-maître de l'Université est capable de vous donner une chaire de rhétorique, surtout si vous avez déjà professé dans quelque établissement de la Congrégation». • Dans ce dernier cas, vous irez loin

dans rUniversité

Vous savez que dans le monde on trouve toujours

mille imbéciles, dont quelques-uns remplis deS" prit, pour un homme vraiment sensé.

Mes eafants ! c'est là ce qui a sauvé la Compagnie de lésus A Ta venir, vous ajouterez à votre

catéchisme :

(( Bienheureux sont les sots ; car ce sont eux qui <c nourrissent et perpétuent les Jésuites ! ! ... »

Dans les discussions religieuses, citez souvent saint Paul, les quatre évangélistes, et même Jésus- Christ. Seulement, vous aurez soin de ne les citer qu'en latin, que vous traduirez à votre guise.... après toutefob vous Jtre assurés que nul de ceux qui vous écoutent ne comprend le latin.

Si quelque érudit relevait vos erreursy vous répondrez sans hésiter :

« Monsieur a sans doute lu les Saintes-Écritures dans la traduction des protestants... •. »

Si Térudit vous répondait qu'il n'a pas lu les traductions des Écritures-Saintes, mais bien le texte grec et le texte hébreu.... répondez effrontément :

« Je comprends que les livres grecs et hébreux disent cela. Quant à moi, je l'avoue hiûnbleme&ty

je n*ai lu que la Fulgate, seule version qui soit vraiment catholique ... »

En vain vous opposerait-on que la Vulgate n'est qu'une traduction des livres grecs et hébreux faite tout exprès par TÉglise romaine pour les besoins de rÉglise de Rome, et que, quelque vraie que puisse être une traduction^ le texte est nécessairement plus vrai encore.

Vous êtes censés d'exce7/enf 5 catholiques-, vous devez croire à rinfaillibiiitë de TÉglise romaine. ••• Or, l'Église romaine étant l'auteur de la Vulgate^ la Kulgate doit être, sans contredit, beaucoup plus Traie que les autographes de saint Paul et des évangélistes, et que les paroles de Jésus-Christ, recueillies et précieusement transmises à la postérité par ses contemporains.

Ergo^ vous aurez raison.... pour peu que vous ayez le soin de bien embrouiller la question.

Enfin, dans les cas désespérés, dites d'un air

contrit :

« Les jugements de Dieu sont incompréhensibles. )>

Si^ après cette sublime sortie^ on s^obstinait à faire luire la vérité, armez-vous de votre sainte colère^ et, vous redressant tout*à-coup comme ua serpent à sonnettes, écriez-vous :

« Monsieur !.... vos maximes sont dignes de renfer... Il ne m'est pas permis de les entendre- »

Puis prenez votre chapeau à deux mains, posez-le lentement sur votre tête, et allez vous coucher sans souper plutôt que d'entendre la vérité*

Omes petits agneaux! la vérité, c'est Dieu ^ Dieu» source de toute lumière ; et, vous le savez bien , les Jésuites sont comme les hiboux, ils ne peuvent vivre et engraisser que dans Fombre.

Lorsque les chats entrent dans une cuisine, vous l'avez sans doute remarqué, ces jolies bétes, qui vous ressemblent si fort, marchent doucement, la griffe prête, les yeux à demi fermés et le cœur au vol.

C'est ainsi que vous devez entrer dans ce qn*ûti

appelle le monde. Il est l}on que vous en sondiez le

, terrain : 1* pour ne pas commettre quelque bévue

qui puisse compromettre Aa Congrégation ; 2* pont

ne pas troubler quelque frère qui y peut-être , est déjà en possession de la confiance du maître du logis 9 occupé à remplir quelque importante et cha-^ ritable mission; 3** parce que tout frère, à queU que catégorie qu'il appartienne, doit suivre cette maxime :

<c Ne jamais nuire à un frère qui s'occupe de la Congrégation. )i «

On pourra cependant le dénoncer au socius , s'il faisait plus de cas des intérêts de Thumanité que de ceux de la Congrégation.

Ceci posé :

Méfiez-Tous de toutes les personnes qui ont un gros ventre, sans excepter M. de Balzac ni l'illustre critique du Journal des Débats. Tous les ventrus sont des égoïstes qui ne servent personne, pas même les Jésuites !

Méfiez-vous des personnes au visage allongé et de couleur jaune olivâtre , surtout si elles ont Tœil vif, les mouvements brusques^ et la voix sonore. •• Ces gens-là sont naturellement doués d'une inlellîgencc rare, d'une incroyable perspicacité. Us flairent

un Jésuite plus aisément qu*un basset ne flaire un lapin, et ils ont horreur de l'hypocrisie.

En présence de ces gens-là , ce qu'un frère cafard a de mieux à faire, c'est de ne pas ouvrir les lèvres, — ou prétexter de graves affaires^ et décamper.

Méfiez-vous des vieilles filles, surtout si elles ont de la barbe au menton. Les filles barbues tiennent du tigre et du journaliste; elles ont des griffes comme le tigre et, comme le journaliste, elles adorent le scandale.

Dorénavant, vous ajouterez à vos litanies :

« Des Journalistes et des vieilles filles^ libéra nos^ Domine L.. »

Méfiez-vous de l'espèce qu'on appelle hommes desprit ^c est méchant comme une guêpe (ne pas confondre avec les guêpes de M. Âlph. Karr, qui ne sont pas méchantes du tout). Il est tel homme desprit qui sacrifierait vingt de ses meilleurs amis au plaisir de faire un calembourg..* fuyez donc les hommes desprit,

JMéfiez-vous des buveurs : qui ne sait pas garder

sa raison ne saurait garder un secret.*.» c^est pourquoi la Congrégation , ayant beaucoup de secrets à garder, chassera impitoyablement tout /rère susceptible de se griser...

Vous savez le proverbe, mes enfants :

« Iw VIfrO VERITAS. »

Enfin, méfiez- vous de toute la race humaine, et surtout des membres de la Q)ngrégation, car toute l'espèce humaine méprise les Jésuites, et les Jésuites se méprisent entre eux.

Comment ces frères doivent manœuvrer pour grimper au fauteuil académique et pour se faufiler dans toutes les Sociétés savantes et exploitantes.

Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites , car TOUS courez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et après qu'il Test dcTcnu, tous le rendez fils de la géhenne deux foi? plU9 que tous.

'^ Mathup.

Tout le monde sait , et tous aussi , ce que c'est qu^une académie \ M* de Beelzebuth^ votre ami, Fa définie :

« Une espèce d^hôpital où quelques intelligences caduques Tiennent manger leur picotin. )>

(( L^académicien, ajoute Totre ami Beelzebuth,

peut être comparé à une Tessie pleine de Tent ou à

une lanterne sans lumière j Tacadémicien Tit essen-

tiellement de fumée, de pastilles deRegnauld, et de racahout des Arabes.»

Je ne vous dirai rien des académies de sciences, attendu qu^elles sont nos plus grandes ennemies, et que souvent on n^y parle pas français — > surtout à celle de Médecine. — Cependant il ne faut pas confondre les académies des sciences avec Tacadémie des Jeux floraux séant dans ma bonne ville de Toulouse.

Quant aux sociétés philanthropiques, la plupart doivent être rangées dans la catégorie des sociétés exploitantes. La Congrégation doit nécessairement avoir de nombreux représentants dans toutes ces sociétés-là ainsi que dans les académies littéraires.

Ceci étant bien entendu, il faut que vous vous faufiliez dans toutes les académies et dans toutes les sociétés philanthropiques^ — excepté Tacadémie des Jeux Floraux, séaiit au chef-lieu du déparlement de la Hame-Garonne, où les frères cafards sont déjà en majorité.

— Maître ! comment ferons-nous, ignorants que nous sommes, pour grimper au fauteuil académique, et pour nou^ faufiler danç les sociétés exploitantes?

-^ Pauvres agneaux ! 3*ai toujours craint que votre modestie ne vous ruinât. ••

Pour entrer dans une académie littéraire, dans ' une société savante ou dans une société exploitante, le sai^oir-faire vaut mieux que la science \ car toutes ces sociétés, ainsi que les académies, sont composées d'un petit nombre de gens d'esprit sans influence aucune, de bon nombre d'hommes poses qui font aller la machine et qui sont très-influents, et d'imbéciles qui remplissent les videsct paient les frais.

Si vous voulez devenir membres d*une de ces sociétés ou d'une académie, ne vous amusez pas à flatter les hommes d'esprit ; ces braves gens travaillent beaucoup pour la gloire et n'ont guère le temps de s'occuper de vous \ dans les sociétés savantes, ainsi que dans les sociétés exploitantes, les gens d'esprit sont les abeilles et les hommes posés sont les ft*élons *, les imbéciles sont les landes de bruyère d'où Ton tire le miel.... Je vous ai déjà dit que les hommes d'esprit étaient peu nombreux dans les académies.

Si vous entrez dans une académie^ ce doit être

pour devenir /refont ', vous n*y parviendrez pas si vous ne savez gagner les bonnes grâces des hommes posés. Presque tous ces messieurs sont conseil le j*s municipaux, conseillers de préfecture, hommes de lettres réformés, ou employés à l'évcché ou i'archevéché de l'endroit, c'esl-à-dire des hommes remuants et, pour la plupart, d'honorables membres de la Congrégation.

C'est un grand avantage pour vous d'être de la compagnie de Jésus \ mais, pour entrer dans une académie, il ne suffit pas d'être frère cafard, il faut encore avoir assez de voix.

Un académicien, tout en étant généralement moins que rien, à ce que dit Piron, a souvent de la vanité pour deux, de l'ambition pour cent et des vices pour mille hommes du monde. Si vous voulez avoir des suffrages, flattez la vanité, servez les vices et caressez l'ambition des membres de la société ou de l'académie dont vous voudrez faire partie... Après cela vous ferez trois mémoires -*— sur la * culture de la pomme déterre au temps "^du roi David, si vous nWez pas d'autre sujet...

— Maître! nous nous chargeons volontiers de flatter tout ce que 1 on voudra, mais faire des mémoires, c*est trop fort pour nous. .

— Eh bien ! venez me trouver, samedi prochain, en sortant de chez votre socîusy et en un clin-d'œil je rédigerai vos mémoires, moyennant 15 centimes la page. Cest le prix que paie à ses élèi^es un très-célèbre et très-fécond littérateur que vous connaissez. ••••

Et, certes, cela n'est pas cher •, considérant que ce grand homme n'a qu'à mettre sa grifife aux œuvres de ses nombreux collaborateurs pour les vendre un prix fou. •• Aussi, voyons-nous ce célèbre littérateur aller chaque année colle care sue donne; alla hella Italia per mangiare dei macaroni fio^ rentini et hère del viino di Siracusa ! O corpo di Bacco II

— Maître ! et à quoi nous servira d'entrer dans les sociétés savantes et dans les sociétés exploitantes?

•—Vous êtes par trop candides, mes enfants :..• à quoi sert la camaraderie jésuitique ?• • •

Sans compter qu'unt fois devenus partie consti-

tuaate d'une société quelconque, vous aurez l'ineffable bonheur d'ajouter à votre signature , et de mettre sur vos cartes de visites : «c Membre de FAcadémie de..».*, etc., etc., etc. »

Les etc., etc. représentent les diverses sociétés exploitantes, qu'il n'est pas toujours permis d^avouer à cause de l'incompatibilité qui existe entre les fonctions d'homme d'honneur et celles de membres

certaines sociétés.

Mais, est-ce tout que d'être académicien ? Non ; par Ponce Pilate, non ; il faut que votre collaboration aux utiles travaux d'une académie ou d'une société exploitante contribue à l'agrandissement de la G>ngrégation, et mette quelques billets de banque dans votre poche.

n England expecis to day that everjr son of her'swill do hisdutjr(l). » Ces patriotiques paroles, prononcées par Nelson , sur le tillac du vaisseau amiral , lors de la bataille de Trafalgar, sont ton*

(1) L^Angleterre s^attend aujourd'hui à ce que chacun de ses enfants fuse aen

jours sous -entendues chez mon lieutenant de Rome, à propos de rëternelle et impitoyable guerre que la Compagnie de Jésus fait à la race humaine.

Oui, mes agneaux, la 0>mpagnie de Jésus et moi, nous nous attendons à ce que chaque Jésuite fasse son devoir. Or, votre devoir, vous le savez, c'est de pervertir, d'abrutir, de corrompre, d'espionner et de diviser la race humaine, afin que la Congréga-< tion et moi nous puissions régner sur elle et la doa miner. Ainsi :

Air de la Paririmne.

En avant, marchez, Ne vous arrêtez Que quand les humains seront tous hébétés , G*est là votre victoire {Ms),

Pour hébéter le genre humain , vous commencerez par les académies littéraires, et autres sociétés savantes, où vous trouverez la moitié de la besogne faite— et de nombreux auxiliaires pour la terminer.

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