‹ Conseils de Satan aux jésuites traquésChapitre 4 sur 13 · PAR SATAN · texte numérisé non relu

PAR SATAN

AXoïaU en action tfe la (tompajgnie }^c 3f$ud»

Y a-t-il ou n'y a-t-il pas des La bête que lu as vue a été

Jésuites P et n'est plus; mais elle doit

VRK AHi CÀKDiDB. monter de l'abîme, et puis

être détruite.

Et les habitants de la terre, dont le nom ne sera point inscrit au livre de vie dès la fondation du monde, s'étonneront voyant la bête qui était, qui n'est plus, et qui toutefois est. Apocalypse.

PBÉIiUlNE,

Né dans le ciel, Salaa y vivait heureux. Des myriades d'anges obéissaient à sa voix, il ré(;nall

sar les sëraphins, et les chérubins étaient ses cour« lisons.

Mais Tambition lui sourît ; l'orgueil remplit son cœur et il osa convoiter la toute-puissance de Dieu.

Alors la colère divine le frappa et il fut précipité dans l'abîme avec les siens. Là, il sommeilla pendant neuf jours et neuf nuits sur un lac de feu, à coté de moi, comme l'assure Milton (1).

Le dixième jour après notre chute il prit possession de l'enfer où depuis il règne en souverain sur une foule d'honnêtes gens.

Après notre chute, le ciel demeura presque vide. C'est pour le remplir que Dieu , dont l'amour est immense, envoya son esprit*saint sur le chaos.

« L'esprit de Dieu plana sur le néant , les ailes « étendues comme une colombe, couva le vasie <( abîme et le féconda (2). »

Et le monde fut créé.

Alors la jalousie prit Satan au cœur, ses entrailles

(i) Paradis perdu , lib. 1".

») Milton, ParadU Perdu, lir. !•', yen ?i et M^

devinrent dures comme les portes de renfer.««. il jura de se venger.. ••

A cet effet, il convoqua son conseil d'état qui se réunit au pandemonium (1) où, après une longue séance et de chaudes discussiônsi il fut résolu que rSnfer étendrait sa domination sur la terre nouvellement créée, et que Thomme, fait à Timage de Dieu, deviendrait sa proie. Satan fut chargé de mettre à exécution Tarrété du conseil d'état.

Aidé de sa femme, le Péché, qui était aussi sa fille, et de la Mort, fruit hideux de cette union incestueuse (2), il brisa les portes de diamant qui séparaient l^fer du chaos, et arriva enfin sur la terre où il s'occupa aussitôt, non pas, comme on Ta dit, d'apprendre à la bdle Eve comment on mangeait les pommes, elle ne le savait que trop bien déjà ! mais à reconnaître le pays en attendant que

(i) Voir les Discussions du conseil d^état» Paraiiê PerdUy par John Milton, Ht. Il, vers 1 et suivants.

(3) Voyez Parodié Perdu^ liv. II, depuis le vers 787 jusqu'au vers 814. Texte anglais.

— la —

lliQinme et la famme se fussent nraltipliés, et que la terre en fût remplie, et à semer dans le cosor de riiomme FEnvie qui TavEÎt perdu, TÂmbition qui le dérorait et FOrgueil qui Tempéche de se repentir.

Dans la suite des sièeles, ces trois semences de l'Enfer ont porte leurs fruits, et nous ayons eu, depuis bien long-temps, la satisfaction de voir :

Que rhomme d'honneur qui n'écoutait que Tin* flexible voix de sa conscience, allait souTcnt mourir à ThApital, tandis que Thomme adroà, tout en frisant la cour d^assises, mourait quelquefois millionnaire, capitaine de la garde nationale et même député \

Que la vertu modeste et réelle passait souvent pour de la nullité, si elle ne portait le masque de rhypocrisie, tandb que le vice, déguisé sous ce masque, était considéré comme de la vertu ;

Enfin» nous avons vu que dans ce monde on ne jugeait guère que sur les apparences ;«— <[u*il n'y avait que des dupes et des diseurs; — que la plupart des gens ne marchaient jamais à face découverte \ —

que Thypocrisie était la reine du monde. ••• et que la vertu était presque toujours resclave ou la victime de r hypocrisie.

Alors Satan s'est dit : Mon temps est venu : masquons mes serviteurs. Et il a rempli le monde de jésuites

Dès ce moment nos affaires ont marché grand train: caries mœurs se sont corrompues; la morale, la pudeur et la prohité ne sont presque plus que des mois vides de sens. — Et notre royaume s*est peuplé.

C'est pour récompenser vos services, ô mes enfants! qu'en attendant mieux, le maître s'est décidé à habiter parmi vous et à vous aider de set conseils.

Ainsi, écoutez-le et profitez.

AUX. StMMJVTtM.

&eur généalogie. — Iieur dwlînaUoiitf

Et je vis monter de la mer une béte (foi avait sept têtes et sept cornes, et sur ces cornes dix diadèmes, et sur ces têtes un nom de blasphème.

Et il lai fut donne de faire la guerre aut saints. ArocALTPsa.

Qui étes-Tous ? D'où sortez-vous ? Pour quelle })art comptez-vous sur la terre?

Voilà des questions que personne ne s*est faites, ^ i|ue Tous-mémes vous ne vous êtes jamais posées. Pauvres agneaux ! Vous ignorez ce que vous valez et la fin pour laquelle vous (utcscrëés!...» Je reconnak bien là votre modestie!

Ces questions sont pourtant bien graves Je

vais y répondre Ouvrez vos chapes oreilles. •••

Dans le commencement, Dieu créa les cieux et la terre, la lumière^ Tair et les eaux.

Et il peupla la terre d*hommes et de femmes, et de toute espèce d'animaux; mais il oublia les jésuites.

C'est pourquoi je pris un œuf de vipère, je soufflai dessus, puis, je i^enterrai dans la fange...

Un jour, cinquante et quelques siècles après, le soleil se couvrit de nuages, la terre trembla, le ciel devint couleur de feu, la mer mugit et les mamelles des animaux se tarirent tout-à-coup!...

L'œuf de la vipère venait d^clore!!! Cet œuf renfermait un Jésuite.

Ainsi naquit le premier membre de la Compagnie de Jésus.... Ainsi s'incarna Thypocrisie

Vous êtes donc de race vipérine! o mes agneaux!!

Dans la suite des temps, votre race s^est multipliée à l'infini.

Depuis que vous êtes venus, le mcmde s^est cornposé de trois sortes de gens : de gens de bien, selon leur conscience ; de gens de bien, selon les lois, et d'imbéciles.

Les premiers ont toujours été très-peu nombreux On les a tus rarement prospérer.... Les

seconds furent toujours en grand nombre ; c'est peureux que furent inventées toutes les jouissances de la vie — y compris les grands et les petits journaux.

Ils habitent des palais et des hôtels somptueux ; ils mangent du beefsteack de bœuf et du paiA de gruau \ ils boivent du vin de raisin et de Teau filtrée ; souvent ils sont décorés de la Légion-d*Honneur !

Ils meurent paisiblement sur de bons sommiers élastiques! et, après leur mort, on prononce des discours ampoulés sur leur tombe ; on leur élève de magnifiques mausolées, sur lesquels on ne manque jamais de graver de vëridiqiiea épitaphes !!

Les imbéciles composent cette masse qu'on appelle peuple.... Mieux vaudrait l'appeler : Pâture à toutes les ambitions /. . .

Aujourd'hui, vous comptez pour une moitié dans la population du monde civilisé, et vous enveloppez la race humaine dans un immense réseau de mensonge, de ruse et d'hypocrisie.

Votre mission consiste à pervertir les œuvres de Dieu, à vous approprier le bien d*autrui, et à met* tre le monde sous ma domination.

Ainsi donc, vous êtes une race vipérine ; vous sortez de la fange; vous comptez pour moitié dans le monde civilisé, et votre mission est de faire le mal.

Ceci posé, poursuivons. #..«•••

Couânen y a-t^ de sortei de jétaîtes 7 — Quelle eft

leur organîfatîon 7

Et ils montèrent et se répandirent sur la largeur de la terre, et ils euTironnèrent le camp des saints et la cité bien aimée.

Mais Dieu fit descendre le feu du ciel qui les déTora. ApocAiTrsK*

Dans le principe» il n'y avait que des Jésuites ensoutanés, des Jésuites pur sang, descendant en ligne directe de la Tipère, de Loyola et * de moi ; mais, exk dépit de cette lèpre, l'espèce humaine se perfifictionnait et marchait fièrement vers TaTenir* Le genre humain allait m^échapper! C'est pour ériter cela, qu'aux Jésuites pur sang j'ai ajouté les Jésniles instruments. Les noureaux enfants de h

Congrégation ont été divisés en frères cafards et en frères mondains.

Depuis ce temps, il y a trois sortes de Jésuites : les frères ensoutanés, les frères cafards et les frères mondains. Les troupes de Tobscurantisme et de la corruption ainsi organisées, tout a marché comme je le voulais. Mais les temps ont changé.... Quelques membres de la G)ngrégation se sont trop hâtés de lever le masque, et les gens de cœur se sont écriés: a Les Jésuites ne sont pas morts »

A l'avenir, on formera trois corps bien distincts de tous les membres de la Compagnie de Jésus

Tous les frères ensoutanés, les enfants légitimes de Loyola, formeront une armée régulière. Ils seront tous enrégimentés et seront dressés au combat. Les corps divers dont doit se composer Tarmée jésuitique porteront les noms deLazari^tes, Ignorantins, prêtres de la rue des Postes, haut clergé^ etc. ! Le mot jésuite ne doit encore être prcmoncé qu'à Fétranger....

Ces divers régiments auront sous leiurdii^eotioa autant de couvents de femmes qu'ils eu pourront aoi$%-

pftrer^ et pooi* auxiliurea les daines Feaillantifies, les Ursulines^ les daines du Sacré-Cœur et autres Congrégations féminines.

Toutes ces corporations devront être encouragées^ soutenues et multipliées par la Comjimgnie de Jésus.

hes frères ensoutanés seront les seules troupes régulières de la Compagnie 5 les frères cafards et Im frères mondains en seront les guérillas.

Tant qu^is seront simples troupiers, les frères ensoutanés auront pour uniforme :

Une soutane sordide^ avec ou sans queue-,

Des bas noirs et des souliers plats cirés deux fois par mois au plus.

Les jours de petite tenue, ils seront coiffés d'un chapeau rond ou cornu, pas trop neuf et toujouk^s mal brossé. Les jours de grande tenue, ils porteront un bonnet carré ou pointu, suivant le régiment auquel ils appartiendront. Ils porteront ou ils ne porteront pas de rabat. Dai^s le dernier cas, leur col sera orné d'un petit chiffon de serge noire passepoilé de blanc. ...

L'armée régulière de la Co'.{\n\»iUion aura pour

drapeau nn linoeul noir parsème de larmes rouges ; il y aura sur ce linoeul un poignard et une torche en sautoir ; —et un Évangile renversé. •••

Pour armes offensives, ils auront le fer, le feu et le poison ; pour armes défensives, lliypocrisie.

Les gros bonnets de l'ordre seront tous propre-» ment, douillettement et commodément vêtus -^ et confortablement logés. Les derniers ne frapperont jamais de leurs propres mains, mais de la main de leurs instruments.

Tous les Jésuites auront pour devise :

« La fin justifie les moyens ! »

hes frères ensoutanés seuls combattront en colonne serrée ; les frères cafards et les frèi*es monp dains se battront en tirailleurs.

Les frères cabrds et les frères mondains mar*' dieront sans drapeau et sans uniforme. Les pre* miers seront habillés de noir, et leurs vêtements ne seront jamais a la mode \ les derniers porteront le costume des gens du monde, et leurs vêtements seront des ^\k%ffishionables.

Les frères cafards auront ka mèmfis armes que

les frères ensoutanés, et de plus la calomnie ; les frères mondains auront pour armes la calomnie, la diffamation et Thypocrisie^ qu'ils répandront à pleines mains dans les journaux catholiques.

Les frères ensoutanés^ cafards et mondains appartiennent corps et âme à cette chose qu'on appelle Jésuitisme, et lui seront sacrifiés au besoin. Car, au rebours du pélican^ le Jésuitisme vit, prospère et s'agrandit aux dépens du sang de ses enfants.

Je vous le dis en vérité, le Jésuitisme est un vaste champ auquel vous servirez tous d'engrais.

En attendant que les temps s^accomplissent, telle doit être votre organisation. Telle est ma volonté, et vous devez la respecter ; car c'est moi qui suis votre père et votre véritable général. Celui qui est à Rome n'est que mon lieutenant.

Oomment doivent manAuvrer let membres de la Compagnie de Jéiuf .

Voici que je tous enToie , Voici que je tous euToie

.comme des loups au milieu comme des brebis au milieu

des brebis; ayez l'air simples des loups, soyez donc pru-

comme des colombes et soyez dents comme des serpents et

rusés comme des serpents. simples comme des colombes.

Satan. Jbsus-Ghrist.

Frères, le monde est votre héritage ; le genre humain nW qu'un troupeau de moutons dont là laine vous appartient. Il ne s'agit que de savoir le tondre.

Or, vous ne savez pas. Depuis quelque temps vous

commettez des imprudences sans nombre^ on commence à se défier de vous.

Vous levez trop souvent le coin du masque, et les adroits devinent le reste. Vos imprudences réitérées dérangent vos affaires et les miennes.

O race de vipères ! Cachez-vous^ cachez-vous, el faites-vous petits ; oubliez-vous que toutes vos ae« tions doivent avoir pour but le profit de la Congrégation et ma gloire? Cachez-vous et travaillez.

Vite, mettez-vous à Tœuvre ; n^ëpargnez ni votre âme ni votre corps ; il faut arrêter la marche de l'humanité et étoufiPer les lumières ; si la race hu« maine a tant marché , c^est que vous avez mal ma* nœuvré, c^est que vous avez trop travaillé pour vous et pas assez pour la Congrégation. Votre égotsme a failli nous perdre.

A l'avenir, vous marcherez toujours dans l'ombre^ et vous serez plus dévoués ; vous aurez plus d'ha<* milité. A ces conditions, il vous sera permis de jouir clandestinement des douceurs de la vie^ pourvu toutefois que ces jouissances mêmes n'aient d'autre but que k prospérité de la Compagnie et la gloire de Tolre père !

« Tout est partout », a dit un grand novateur» M. Jtcotol* Aiudy la joaissance se trouve dans la douleur el la vie dans la morl^ le vice doit donc se troaror dans h verln, el réaproquemenl... Eia

suivant cette doctrine, il vous sera facile de concilier vos plaisirs et la prospérité de la G)mpagnie avec mes faveurs : cela ne vous empêchera pas de jouir d'une bonne réputation et d'aller en Paradis.

Les temps sont durs, mes enfants , nos ennemis sont nombreux aujourd'hui ! Vous n*avez pas que les papes et les rois à combattre; le poignard ou le poison vous en eussent délivrés ^ comme ils Font déjà fait plusieurs fois... c^est contre les peuples en masse quUl vous faut lutter. Or, vous ne pouvez ni empoisonner ni poignarder les peuples!..* sur quoi régnerait alors la G>mpagnie ?

Vous le voyez , mes agneaux , quoique votre but soit toujours le même , vous devez chercher à l'atteindre par d^autres moyens, ou votre temps est fait.

Votre guerre n^est plus contre les hommes, mais contre les idées.

Aux armes ! donc, soldats de la mort ! prenes vos éteignoirs et marchez en avant.

Vous tous, qui avez le bonheur de compter dans le nombre des enfants légitimes de Loyola, frères ensoutanés, montez sur vos chùre» catholiques ^

tonnez contre tout ce qui s'oppose au bien de k Congrégation ] défigurez rÉvangile, et prêchez les doctrines que je vous ai enseignées. •• Ou bien, cachez TOUS au fond de vos innombrables confessionnaux, et, au nom de Dieu le ]^ère, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit, mentez, effrayez, éteignez., ., trom«pez, égarez les consciences.. • ou bien encore, écrivez, dénaturez les écrits des Saints*Pères, travestissez rhistoire , et répandez une morale de votre façon.

Et vous , révérends frères cafards , répandez^ous dans le monde et infestez-le*, aidés des frères mon<» clains, vous devez envahir toute Thumanité, et> comme un immense reptile , l'entourer de vos innombrables anneaux et Tétouffer.

La lutte sera longue et acharnée , et vous'n'étes pas les plus forts... mais Samson fut vaincu par une femme , et Judith délivra Béthulie ; ce qui vous prouve que ce ne sont pas toujours les plus forts qui sont les vainqueurs, mais bien les plus rusés.

Ainsi, drapez-vous dans votre manteau d'hypocrisie, et àppi^étez-vous , l'heure du combat est

tenue.

Sans votre imprudence et votre stupide vanité, le mohde serait à vous depuis long-temps. Mais non , aussitôt que vous avez un petit succès , vous levez fièrement la tête et vous vous posez en triomphateurs* .. vous oubliez ce que la Congrégation fit à Sîkte-Quint, parce qu'il eut Timprudence de faire comme vous (1)! Mécréants! pourquoi n avez-vous ' pas fait le mort pendant quelques années encore ?

Vous vous seriez emparés de renseignement^ et vous auriez pu éteindre la vie à sa source en pétrissant l'enfance à votre gré, tandis que maintenant il vous faut rentrer dans votre coquille et cacher vos griffes pendant plusieurs siècles peut--étre ! Il vous faudra attendre que l'ennemi s'endorme pour frapper.... Et quand s'endormira-t-il? Dieu le sait.

(i) On sait que le pape Sixte-Quint, afin d^arriver au trône pontifical, feignit, pendant long-temps, des infirmités corporelles et une grande incapacité d^esprit. Quelques historiens prétendent que, pour se venger d'avoir élu un pape homme d'esprit et bien portant , au lieu d'un vieillard presque en enfance, facile à gouverner, les Jésuites^rent

empoisonner Sixte-Quint Cela est-il vrai? je n'en

Mis rien...

Voici long-temps qu^on lit rÉyangile en langue vulgaire : je crains bien que les peuples aient enfin compris le vrai sens de ces paroles :

« Veillez et priez. »

Si les peuples veillaient et priaient, ce serait &it de nous et de mon royaume ; car alors comment les surprendriez-vous ? Le jour où la Compagnie de Jésus cessera d^exister, je serai forcé de fermer mon

enfer et de chercher un autre métier.. ••• Ne

m*avez-vous pas déjà réduit à me faire homme de lettres?

Mais tout n^est pas perdu si vous travaillez avec ensemble, chacun selon votre pouvoir, vos connaissances et votre position.

Ne vous mêlez pas de manier le canon, comme vous Tavez fait dernièrement en Suisse ; ce n^est pas là votre fait. Ne savez-vous pas qu'un bon Jésuite doit être poltron ?

Ne vous mêlez pas d'écrire non plus; jamais un enfant de Loyola n'a été littérateur. Voyez votre père Lorriquet et son histoire de... je ne sais quel pays ] voyez les Mémoires de la sainte Viei^ge éerits

par elle^niémey sous la dictée d'un des vôtres -« un savant et saint évéque ! ma foi !

Puis, je ne crois pas que nulle plume humaine; fut-ce même celle des hommes d'État de Wnweis catholique^ puisse jamais relever vos affaires ; moi seul, peut^^tre, pourrais vous défendre, mais jen'o** serais embrasser ouvertement votre cause.

Ainsi, renoncez à être écrivains et artilleurs ; pré* chez, confessez, mentez, éteignez, et vous régnerez sur le monde.

Répandez-*vous dans tout l'univers comme des puées de sauterelles, et multipliez vos guérillas*

Qu'il s^en trouve partout, dans les tribunau:^, dans les palais, dans les chambres législatives, dans les bureaux de la police secrète, dans les salons, dans les boudoirs et même dans les cabarets, et au«* très lieux que je n'ose nommer, de peur de blesser vos chastes oreilles.

£es frères ensoutanés exploiteront les chaires catholiques, lès confessionnaux et l'éducation secondaire. Ils feront, en un mot, une sainte propagande. L'exploitation des chambres législatives, des tribu*

mux et de quelques établissements universitaires sera confiée aux frères cafards^ ainsi que celle des pensionnats et des externats des deux sexes, les académies littéraires et scientifiques et celle des sociétés philanthropiques.

Les salons du monde élégant, le boudoir de la grande dame, celui des lorettes et des danseuses de rOpéra, les cafés à la mode, les soirées et les con* certs, ainsi que les matinées musicales, e,t tous ces autres lieux que je n'ose nommer, toujours de peur de blesser vos- chastes oreiljes, doivent être exclusivement exploités, espionnés et mis à contribution par les frères mondains •

La besogne ainsi distribuée, les affaires de V Ordre iront à merveille; les écus de cinq francs feront queue daus la rue des Postes pour entrer dans U caisse de la Congrégation, et vos prosélytes devien»dront de jour en jour plus nombreux. *— Les der^ niers seront d'autant plus fidèles qu'ils seront plus ignorants ou iniëqx rétribués.

]Vhintenant, vous voilà organisés : chacun de *voU9 oQunaU ses «iUributioos ; mais il me reste à

vous expliquer quelques petits détails : c'esl-à-dire à indiquer à chaque classe de frères ses moyens d'action, et les marches et contre-marches que chaque classe, dans sa spécialité^ doit faire dans cette guerre à mort que l'obscurantisme, sous la direction de mon lieutenant de Rome, fait à l'humanité, dans cette guerre impie que l'enfer et ses satellites font au Dieu vivant.

AUX FRERES mX^OUTAXé».

9cf foaetîonf fpéoîalemeDt affectées à oet firéres*

Croisses et multipliez, et Croisses et multipliez et

remplisses la terre et l'assu- remplissez la terre, et assujé* jétissesy et dominez sur toutes tissez et dominez sur les poisles àéUs de la terre* sons de la mer et sur les oi-

LoTOLàt seaux et sur toute béte qui se

meut sur h terre.

GsnisB.

Frères ensoutanés! vous êtes trop candides* Je ne m'étonne pas que vos affaires aillent si mal, et que TOUS soyez à la veille d'être mis à la réforme. Quelques succès de rien vous ont donné le vertige ^ la vanité vous a gagnés, et vous vous êtes crus des gens d'esprit et de profonds scélérats ; mais^ croyez*le^ votre réputation vaut mieux que vous.

En TOUS prêtant une si grande scélératesse, M. Eugène Sué vous a horriblement calomniés. . • Peut-être TOUS étes-vous entendus avec cet auteur pour qu'il vous fit valoir à mes yeux... Est-ce que vous voudriez exploiter ma crédulité?...

A genoux, mécréants ! à genoux, et chapeau bas! Je vous défends de manger du pain tendre et de boire des vins fins^ tant que vous ne m'aurez produit un Rodin, un abbé d^Âigrigny, un docteur Baleinier et une princesse de Saint-Dizier.

Mais non ; j'aurai pitié de votre ignorance. Pré* sentez-moi seulement un abbé d'Aigrigny et onecou* pie de Rodius, et je vous tiens quittes du reste*,... car je ne pense pas que vous puissiez trouver un Baleinier parmi les médecins , ni même parmi les carabins. Et quant à la princesse de Saint-Dizier, ma galanterie pour le beau sexe m'empêchera éternellement de croire à Texistence d'un tel serpent.

« Croissez et multipliez •, et répandez-vous sur la ft terre, — et soyez-en les rois. »

Voilà, nous assure-l-on, ce que Dieu dit à l'homme eià la femme aussitôt c|u'il les eut ci^és.-

Croissez et multipliez, vous di$-je à mon tour, -*« et que la terre soit remplie de vous et de vos mstru" mentSj afin que les enfants de Dieu m'appartiennent.

Montrez-vous hnmbles, pauvres et charitables ; vous n'avez pas besoin de l'être en réalité.

Que vos demeures soient simples et modestes comme vos personnes; bannissez-en toute pompe mondaine; que tout, chez vous, respire la simplicité et même la pauvreté des premiers chrétiens. •• JN'avez-vous pas les salons du grand monde, où vous pourrez jouir du luxe des païens ?

Ayez des lits. durs et étroits,. •• et vous reposerez avec plus de délices vos membres douillets dans les somptueuses couches de ceux ou de celles qui vous donnent charàablement l'hospitalité.

Soyez sobres au réfectoire^ afin que vos estomacs se trouvent toujours en état de bien digérer les succulents dîners que la charité de vos nombreuses dupes vous offre chaque jour*

Ne buvez jamais chez vous ni vins fins ni li^ queurs ! • . • Laissez aux dévotes et à vos filles en con*

fession le soin de vous offrir des vins génëreux et des liqueurs parfumées.

Mangez dans l'argile et buvez dans des vases sans prix : n'avez-vous pas la vaisselle plate des heureux du monde pour y manger, et le cristal taillé pour y boire?

Dans vos relations avec les hommes, parlez toujours baS) et d'un ton paternel. •. Donnez à quelques-uns une petite partie de ce que vous aurez extorqué à tous -, par ce moyen vous augmenterez en même temps voire récolte d aumônes et le nombre de vos prosélytes. En gagnant à la fois le cœur des prenants et les écus des donnants, vous ferez dune pieiTe deux coups.

Il y a de par le monde un grand nombre de vic« times de l'injustice humaine dont la G)ngrégation peut faire d'utiles instruments : c'est à y ovls ^frères ensoutanés , qu'appartient la glorieuse tâche de les enrôler parmi les frères cafards ^ ou d*en faire des frères mondains. •• Vous avez deux moyens pour cela : les bienfaits et le confessionnal, c'est-à-dire la corruption et l'abus des ^oses saintes»

La plupart de ces \ictiines ont le cœur plein d^a^ mertume; presque toutes désirent se venger du monde qui les a méconnues et qui souvent les a affamées. •• Or, peu d'hommes ont assez de grandeur d'âme pour renoncer au plaisir dévorant de la yen* geance et résister aux angoisses de la faim.

Quand un deces pauvres parias vous tombera sous la main, parlez-lui des consolations de la religion, de Vautre vie^ des récompenses que Dieu y réserve à ceux qui souffrent pour la justice, et de Timmense part de gloire impérissiable qui les attend au-delà de la tombe.

S'ils vous croient — beaucoup d'entre eux vous croiront^ l'espérance est si douce ! — la Congrégation aura gagné autant de serviteurs fidèles ^ car ils la serviront de bonne foi.... Que de bons ministres de l'autel vous avez séduits par ces moyens-là ! Il est si facile de tromper les hommes de bien en prenant la religion pour instru* ment!

' Mais ne braisquez pas ceux qui ne croiront pas à vos sornettes : à ceux - là vous accorderez voira

protection sans leur imposet* de conditions. Ne montrez pas vos griiffes tout d*abord«

Les hommes d'une forte trempd sont génëmle* ment reconnaissants et nullement soupçonneux j dès que vous les aurez obligés, ils tous appartiendront; ils s*attaeheront à la Guigrégation comme le chien errant s'attache au mendiant qui lui donne quelques morceaux de pain.

Si TOUS ayez à faire à des gens d*un caractère souple et rampant, faites-en à^ frères cafards ^ lancez-les dans la société , et payez-les bien. Ces gens- là rapporteront plus de cent pour un à la Congrégation.

' S'ils sont yaniteux , flattez leur Tanité \ s'ils ont des vices, servez-les en lés mettant à même de 1^ satisfaire \ s'ils sont ambitieux , serTex leur ambition.... A des hommes ainsi faits, tous pouTex mettre le marché en main,,.. Une fois qu'ils aunmt accepté vos conditions, ils deviendront les humbles ierviteurs de la Congrégation — et leur fidélité )era toujours en rapport avec le profit quUls en ti« feront. Si voue savez bien les placer et entretenir

leur zèle convenablement , ces frères* là rapporteront à Y Ordre plus de mille pour un ! !

8*il$ sont laids , mal faits et sordides , Ëiitea^en éoi frères cqfardf ; s'ils sont jeunes et beaux, s'ils ont Tair distingué , Tœil étincelant et le parler sé« dueteurj fiiites-en des frèros mondains^ lancez-les dans les salons*. ••

Ne refuser rien wx frères mondains ^ mes agneau]| ; car ce sont eux qui vous gagneront les femmes. ••• les femmes que vous ne devez pas négliger.*». Cette belle moitié du genre humain, plus vaniteuset plus crédule et plus ambitieuse que l'autre moitié y vous sera d'une très-grande utilité* O mes agneaux! les femmes peuvent tout.... Elles ont tant de moyens à leur disposition! l

Frères ensoutanésl enrôlez des femmes le plus que vous pourrez.. ••

Votre patron , mon fils de Loyola, fut le che-^ valier fidèle de la sainte Vierge-Marie. À Texemple de votre patron , soyez les chevaliers et surtout les directeurs du beau sexe* Dans ce dernier cas soyez indulgents pour ces mille peccadilles qui font

tout le mérite et souvent toute la force des Jésuitesses. Vous serez amplement récompensés de votre indulgence par d'abondantes aumônes , de bonnes conserves et d^excellent cbocolat.... sans compter bien d^autres choses encore ! .••• Des vieilles femmes édentées, tannées et ridées, faites des sœurs cafardes et des comparses dans vos représentations religieuses* Des jeunes filles, pas trop laides et prédis-* posées à rhypôcrisie, vous ferez des dames du Sacré-Cœur ou des dames d'une œus^re dont le but ostensible soit louable. ••• De celles qui ont Tâme cbaude et pas trop d'esprit, vous ferez des sœurs de charité. ••• Et lâchez-moi toutes les autres dans

le monde comme autant de chiens courants

Mais de toutes les femmes qui seront sous l'influence de la Congrégation , vous serez les directeurs, les tonfesseurs et les protecteuys,.,. Et laissez la France nouvelle se lever en masse contre vous. Cela n'empêchera pas la Congjvgaiion de prospérer* •• Si les bénédictions de Dieu ne tombent pas sur vos maisons, d'abondantes aumônes y tomberont*. .^ lesquelles aumônes vous verserez à la

banque de la Compagnie^ rue des Postes, n* 18, où mon ministre des finances les tiendra à la dispo* sition de mon lieutenant — sauf les sommes qui auront été affectées aux fonds secrets.

Pour la régularité du service, un rapport sera adressé, chaque semaine, à mon lieutenant de Rome Ce rapport'aura pour but d'instruire mon lieutenant des progrès de Tobscurantisme, du nombre et de la qualité des nouveaux prosélytes que vous aurez faits, et de la conduite des frères, tant ensoiitanés, que cafards ou mondains ^ sans oublier les sœurs de charité, las membres adeptes du clergé, les sœurs mondaines, les dames du Sacré-Cœur et autres Jésuitesses huppées.

Vous vous dénoncerez les uns les autres afin que rien ne reste secret pour mon lieutenant. Et ne croyez pas vous avilir en dénonçant vos frères...

En Jésuitisme,

u II sera beaucoup pardonné à ceux qui auront beaucoup dénoncé (l). )>

(1) Dans les maisons d^éducation des Jésuites, lorsqu^an

D après mos QrdreS) et conformément au règles ipent de votre fondateur, les officiers supérieurs de la Compagnie^ tels que généraux de division, directeurs de collège et autres fonctionnaires assez bien rétribués^ seront toujours choisis parmi les plus intrépides dénonciateurs. Le socius (l) surtout doit avoir des yeux de lynx, des oreilles de carlin, et une langue de vipère.**

élève a coaiini9 une faute, on lui en accorde la rémission, à condition qu'il parviendra à surprendre un de ses camarades dans la môme faute, et qu'il le dénoncera. On voit que mes agneaux cherchent à développer les bons instincts chez les enfants confiés à leur zèle.

(1) Parmi les Jésuites le sodtui est synonyme de chef de la police secrète... Il y a un socius par département. Sœius

est un mot latin qui signifie compagnon synonyme de

Judas

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