SÉANCE DU 13 NOVEMBRE
A. Si le phyllode est le résultat de l’union de deux feuilles opposées, connue le sont évidemment les deux côtés d’une feuille d’Iridée, il doit y avoir une somme de vitalité et un tissu cellulaire double, deux conditions qui s’opposent aux hécastosies circulaires et doivent maintenir la feuille dans une grande intégrité. Aussi voyons-nous les phvllodes être, en général, très-simples dans leur constitution, sans lobes, découpures ou dents, plus épais que les feuilles ordinaires, caractères que nous retrouvons dans les feuilles des Iridées, ainsi que dans les ailes des Cactées phyllomorphes.
B. Nous savons que chez les Monocotylédones, le bourgeon est toujours exactement axillaire, mais nous avons dit que deux feuilles de Dicotylédones opposées et unies par leurs faces supérieures sont les équivalentes d’une feuille de Monocotvlédone ; par conséquent, ce bourgeon se formera de préférence exactement à l’aisselle des phyllodes des Acacia, dans le sinus profond de Y Acacia alata , aux sinus des phyllodes continus des Cactées phyllomorphes, c’est-à-dire sur leurs bords et non sur leur face, ce qui est précisément le contraire pour les tiges ailées résultant du défaut d’hécastosie centripète des feuilles alternes et des axes.
C. Enfin la théorie des doubles feuilles rend compte: 1° de la verticalité des limbes; 2° de l’identité des deux faces des phyllodes; 3° de la propriété que présentent les phyllodes et les Cactées phyllomorphes d’agir à la manière des feuilles dans l’acte de la respiration.
M. Duchartre demande à M. Fermond s’il a observé quelques faits anatomiques venant à l’appui de sa théorie.
M. Fermond répond que l’anatomie ne pourrait rien apprendre qui pût fortifier l’hypothèse d’une fusion végétale. 11 rappelle que, dans beaucoup de cas desynanthie, il existe une fusion quelquefois complète, sans qu’il en reste aucune trace anatomique. Il cite notamment, à cet égard, les Fuchsia.
M. Duchartre dit, à ce propos, qu’il a examiné des fleurs de Fuchsia résultant de synanthie, et qu’il a remarqué, dans l’ovaire de ces fleurs, tantôt deux, tantôt trois cavités distinctes et situées sur le môme plan. Il demande comment M. Fermond pourrait expliquer la constitution des feuilles de Y Acacia heterophylla , dont la partie phyllodique présente, il est vrai, la même structure sur les deux faces, mais dont les folioles différent, comme on le sait,
notablement à cet égard. M. Duchartre-fait observer, en outre, que, d’après M. Fermond, il n’v aurait point de végétaux monocotylédonés, puisque, selon lui, une feuille de Monocotylédone serait tonnée de deux feuilles. Cependant, ajoute M. Duchartre, le dévc-
tfl\ SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE.
loppement bien connu de l’embryon monocotylé ne favorise point cette hypothèse, car on n’y observe qu’un centre d’activité parfaitement circonscrit d’un seul côté de l’axe, et l’on ne peut dire qu’il y ait là confluence de deux éléments distincts.
M. Fermond persiste à penser que les phytogènes périphériques se détachent du phytogène central pour constituer l’unique cotylédon de ces végétaux, et que celui-ci peut être considéré, par la pensée, comme le représentant phytogénique de deux de ces organes opposés qui sont le nombre normal des Dicotylédones (1).
M. de Schœnefeld présente à la Société trois feuilles vivipares de Bégonia , qu’il a reçues de M. J.-B. Verlot, et donne lecture de l’extrait suivant de la lettre qui accompagnait cet envoi :
Grenoble, 12 novembre 1863.
..... Je joins à cette lettre trois feuilles d’un Bégonia que je cultive sous le nom de B. geranioides. Sur deux de ces feuilles, on remarque un fait tératologique qui me paraît intéressant : ce sont des poils qui se sont transformés en bourgeons et qui rendent en quelque sorte ces feuilles vivipares. Je ne sais pas si ce phénomène a déjà été observé; et, dans le cas où vous le jugeriez digne d’intéresser nos honorables confrères, je vous prie de le communiquer à la Société. Sur une plante haute de plus d’un mètre, il n’y a que les deux feuilles que je vous envoie qui soient devenues vivipares.
Plusieurs des membres présents examinent avec intérêt les feuilles de Bégonia envoyées par M. Verlot, et citent divers exemples analogues parfaitement connus ( Cardamine , Bryophyllum , Ormtho galam , etc.).
M. Eug. Fournier, secrétaire, dépose sur le bureau, de la part de M. Besnou (de Cherbourg), des échantillons fructifiés de l’Hymenophyllum Wilsoni Hook., destinés à l’herbier de la Société; ces échantillons ont été recueillis par M. Besnou dans l’arrondissement de Cherbourg (Manche).
M. Éd. Prillieux, vice-secrétaire, donne lecture de la communication suivante, adressée à la Société :
(1) M. Fermond a adressé à la Société une réponse détaillée aux objections qui ont été faites à sa théorie dans la présente séance. Lecture a été donnée de cette réponse à l’ouverture de la séance du 27 novembre. Voyez plus bas, p. 478 et suiv.