‹ Conséquences du Système de Cour établi sous François IerChapitre 18 sur 88 · CHANGEMENTS DANS INORGANISATION DE LA MAISON · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DANS INORGANISATION DE LA MAISON

Nous venons de voir, i° les éliminations d’anciens offices faites par François Ier; 2° les anciens offices qui entrèrent dans la composition de sa maison; 3° les nouveaux offices qu’il y ajouta; 4° les nouvelles maisons qu’il annexa à la sienne , et les nouveaux éléments qu’il fit entrer dans la composition de ces maisons. Voyons maintenant quelques détails d’organisation.

Nous avons indiqué un changement qui mérite d’être observé avec attention, pareequ’il eut de

» tique, t. I, p. 4^6), n’a pris le titre de grand-aumônier de » France que sous François I", en vertu des lettres du 7 août » i543. Auparavant il n’avait d’autre titre que celui d'aurnô- » nier du roi. »

Dumont est inexact sur ce dernier point. Geoffroy dePornpadour a été qualifié, en i486, de grand-aumônier du roi, et non simplement d’aumônier du roi. Ainsi le changement opéré par François Ier a consisté à qualifier de grand-aumônier de France le même ecclésiastique qui n’avait que le titre de grandaumônier de la maison. Voici ce que dit sur ce sujet Anselme, dans l’Histoire générale de la maison de France ( tome VIII , page '< Geoffroy de Pompadour est le premier qui a été

SOUS F UANCOIS l'r.

glandes conséquences; le voici. D'abord sous le règne de François Ier s’établirent des différences de considération très marquées entre les services dont les grands s’étaient jusque là également honorés; ces services étaient tous indépendants les uns des autres; les seconds dans chaque service étant suppléants des premiers, et non leur subordonnés. Mais sous François Ier des infériorités d’extraction s’adaptèrent aux infériorités de places; alors les services se distinguèrent en supérieurs et en inférieurs, et bientôt en chefs et en subordonnés. En second lieu, entre les services jusque là attribués aux gentilshommes exclusivement, une partie fut déclarée incompatible avec la noblesse et délaissée à la roture, ce qui marqua dans la maison du

u qualifié grand aumônier du roi, en i486, sous le règne de • Charles VIII. Ses successeurs en cette charge ont continué à » prendre la même qualité, jusqu’à Antoine Sanguin, dit le car- » dinal de Meudon, qui en fut pourvu par le roi François 1", »en 1 543 , sous le titre de grand aumônier de France : ce qui «a été suivi par tous ceux qui en ont été revêtus après lui. »

Il est certain, au reste, que, sous le titre de grand-aumônier de France, on n’a jamais vu ni pu voir un grand officier de la couronne. La scandaleuse affaire du cardinal de Rohan, grandaumônier de France, au sujet d’un collier de la reine Marie- Antoinette, donna lieu à examiner (en 1787) si, en qualité de grand-aumônier, le cardinal de Rohan avait le droit d’être jugé, comme les grands officiers de la couronne, au parlement, chambres et pairs assemblés. Il fut jugé comme grand officier de la maison seulement, dans les chambres assemblées. (Voyez l’État de la France. 1786, tome I, page 63. 1

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roi une distinction entre le service d’honneur et le service ordinaire.

Louis XII avait laissé en mourant une maison peu nombreuse, mais honorablement composée. Le premier état qui fut formé des officiers de François Ier lui-même, présente des noms aussi illustres pour les moindres offices que pour les plus grands. Du Tillet nous apprend que «le comte de La Rochefoucauld estoit simple panetier; son frère, sieur de Barbesieux, les sieurs de Gyé, Clermont de Dauphiné, de La Palice, de Pyennes, et le vicomte de Lavedan , eschansons ; les sieurs de Clermont-Lodève et de Montpezat, vallets tranchans; les sieurs de Bazillac , de Panjalz et de Granzay, rnareschaux-des-logis, et autres, d’ancienne et riche noblesse , se tenoient advancez et honorez de servir à petits gages. » Peut-être tous les officiers n’étaient pas des seigneurs aussi considérables. De tout temps, dit encore Du Tillet, il s’est trouvé parmi ces officiers de grand nom et de grande fortune, quelque gentilhomme peu riche , placé par la bienveillance du prince, soit pour récompense de quelque service, soit à l’occasion de quelque circonstance heureuse, soit à la suite d’une éducation commune dont le souvenir était resté agréable au prince. Mais ces faveurs ne rebuloient les riches et de plus grande étoffe , parcequ’elles étaient rares et bien placées; elles prouvaient qu’un gentilhomme, aidé de considération personnelle, n était point au-dessous d’un office de la cour, comme la com-

SOUS FHANÇOlS l". r]h

position générale prouvait qu’aucun seigneur ne se croyait au-dessus, et qu’il n’y a aucun petit lieu au service des rois et roynes.

Sous François Ier ce système changea. Du Tillet, qui écrivait du temps de Charles IX, et usait de ménagements, en a cependant indiqué les causes. Les profusions de François Ier attiraient les hommes avides de mauvais gain 3 au lieu de ceux qui avoient à cœur le devoir et /.’ honneur du service. Les favoris du prince profitèrent de la multiplicité des offices pour introduire au service de la cour leurs créatures et leurs propres serviteurs. Bientôt la confusion du grand nombre et le mélange des personnes inspirèrent aux seigneurs du dégoût pour des emplois que le prince avait avilis.

Quand les seigneurs ne tinrent plus à honneur égal tout service du roi , il fallut distribuer les offices suivant la gradation des personnes, et dès lors ils se classèrent en plus honorables et moins honorables , les officiers se divisèrent en grands officiers chefs de service, et simples officiers subor donnés aux premiers; au lieu d’être seulement distingués en officiers et grands officiers qui, suppléants les uns des autres et non subordonnés , se tenaient pour égaux en honneurs.

En distinguant ainsi entre les plus honorables et de moins honorables, on avisa que l’office de valet de chambre, jusque là rempli par un gentilhomme, ne devait pas être compris entre les honorables, ni les valets de chambre dans le« honneurs

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Cependant le vaiet de chambredu roi, homme de confiance particulière , ne descendait alors , non plus qu’aujourd’hui, à aucun service bas ou répugnant. Par exemple ,il ne faisait pas la barbe; les barbiers du roi étaient des serviteurs à part qui estoient couchés dans l’état de la maison (Qu’on me passe ces détails; je touche ici à un point d’histoire auquel on ne tardera pas à trouver de l’importance). D’ailleurs iemot de valet n’avait point le même sens qu’aujourd’hui; le titre de valet. ou varlet n’avait été donné jusque vers le règne de François Ier qu’à de jeunes hommes de condition noble. Valet vient de varlet, varlet de virlet; virlet est un diminutif de vir. Long-temps on a dit indifféremment valet ou varlet , valeton ou varleton. Que varlet soit ou non une altération de virlet, et un diminutif de vir, toujours est-il certain que le mot de varlet ou virlet , dans nos anciens romans, se disait d’un jeune homme, varleton d’un plus jeune encore, mais tous de condition noble, même des enfants de prince et de fils de roi. En effet, les jeunes hommes sont, dans l’intérieur des familles, les serviteurs naturels des vieux. Aussi voit-on les virlets ou varlets appliqués à divers services de la maison : le varlet qui avait soin des armes, qui portait l’écu en campagne, c’était le valet scutifer ou l’escuyer; le varlet dapifer , c’était le valet tranchant; le varlet , sans autre

* Du Tillet.

titre, était à toutes mains, écuyer en campagne, tranchant dans le château. Du Tillet dit que le mot de valet signifiait écuyer; ces mots ne sont pas absolument synonymes comme il l’a cru. Le valet n’était pas toujours écuyer, mais l’écuyer était valet: valet était le terme générique, écuyer était spécial. Mais Du Tillet dit avec raison : « Ce titre » es toit honorable et ne convenoit à roturier'. Guy de «Lusignan, sire d’Archiac, se dit vallet en 1292. » Par autre titre de juin 1 269 , Gérard Chabot, sire » de Roix, et Sebranz Chabot , se dient vallets. Par «autre de 1246, Guillaume Mangot , sieur de Sur- «gières, se dit vallet; encore sont nommés vallets » tranchans pour escuyers tranchans. «Nous avons vu les Clermont-Lodève, les Montpezat, valets tranchants dans le premier état de la maison de François Ior. Les valets de nos cartes à jouer portent tous des noms illustres du temps de Charles VL Pourquoi donc sous le règne de François Ier le titre de valet de chambre du roi devint-il insupportable à la noblesse? Le prétexte qu’elle donna fut que ce titre était avili par sa prostitution aux valets de la garde-robe ou vestiaire du roi , dont le service se bornait au soin du linge et des habits du prince et ne les approchait jamais de sa personne. Le motif véritable était l’intérêt de cette multitude effrénée de gentilshommes de la chambre que le roi avait créés à son avènement, et qui avaient be-

Rccueil des rois de France, page 4x8.

COUR DE FRANCE

soin de se partager quelques attributions de l’office de valet de chambre. La faveur que la vanité du roi accordait aux créatures de sa vanité, le détermina à condescendre à leur répugnance pour la place de valet de chambre, et cette place fut éliminée du service d’honneur, ce qui marqua la distinction de ce- service et du service ordinaire, distinction qui était fort ancienne au fond , mais qui n’avait pas encore pris son nom , et n’avait pas encore été précisément déterminée.

L’élimination de la place de valet de chambre donna lieu à quelque embarras et à de nouvelles décisions. La noblesse , déchargée d’une place que son titre lui faisait regarder comme indigne d’un gentilhomme, ne voulut pourtant pas qu’on pût en conclure qu’elle avait jugé le service de la personne du roi indigne de ses empressements. Les officiers du service d’honneur demandèrent donc la faculté de prendre le service du valet de chambre quand ils le jugeraient à propos ; les gentilshommes de la chambre obtinrent la faveur de passer la chemise au roi quand ils seraient présents à son habillement. Cette préférence était une véritable dégradation de la place de valet de chambre; on la sauva en décidant que le grand-chambellan aurait la même préférence sur le gentilhomme de la chambre , le prince du sang sur le grand-chambellan , le prince de la famille royale sur le prince du sang, l’héritier présomptif de la couronne sur tout le monde. Le service d’honneur se composa

SOUS FRANÇOIS Ier.

donc, et du service d’ostentation qui lui était propre, et de la partie du service habituel qu’il pouvait avoir occasion de rendre.

D’un autre côté, le roi, ne pouvant plus faire qu’un service dépouillé de ses anciens honneurs fût compris dans le service d’honneur, et qu’ayant été répudié par les nobles il continuât d’étre réputé noble , et ne voulant pourtant pas que le service de sa personne cessât d’ëtre un honneur et cessât d’être un service noble, trouva l’expédient de le faire anoblissant ; et comme la noblesse avait estimé que le mot de valet était tombé au-dessous de celui d’écuyer, le roi cumula ce titre d écuyer sur celui de valet de chambre, fit le valet de chambre non seulement noble , mais écuyer , et ordonna qu’il ferait son service l’épée au côté : cette décoration, ce titre, marquèrent plus précisément le genre de service jusqu’où pouvait descendre le valet de chambre du roi, et où commençait un service d’un ordre inférieur.

Ce qui se fit pour le valet de chambre eut lieu pour les huissiers de la chambre, pour les valets de la garde-robe, pour les porte-manteaux, pour les officiers de la bouche et du gobelet , des levrettes de la chambre, des faucons et éperviers du cabinet, lesquels tenaient des places intermédiaires entre le service d’honneur qui touchait à la personne du roi et le service purement matériel.

Dans ce nouvel arrangement le service du roi se trouva composé de quatre ordres de personnes :

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le service d’honneur , le service noble , le service anoblissant , le service roturier'.

1 II n’est pas exact de dire que toute espèce de service près du roi ou de la reine fût, comme l’a dit madame Campan, un service d'honneur, entrât dans le service d’honneur, ou que le service d’honneur s’étendît à tous les détails du service nécessaire du roi ou de la reine. Cette proposition n’a besoin que d’être énoncée pour être hors de doute. Il est triste que madame Campan ait voulu prouver que la vanité de cour tenait à honneur les services les plus bas, et quelle en ait donné pour exemple le service que la dame d’honneur fait près de la reine malade et alitée. Quand la reine prenait médecine, dit-elle, c’était la dame d’honneur qui devait retirer le bassin du lit. Madame Campan oubliait que rien ne peut être bas dans les services rendus aux malades. Au fait, le service d’honneur, qui peut s’étendre à tout ce qui marque du respect et du zèle pour le prince, n’a jamais compris ce qui est bas et répugnant. Le service d’honneur passe la chemise au roi et ne lui met pas les bottes ; il donne à laver les mains et ne fait point la barbe ; il donne un mouchoir blanc et ne relève point le linge sale; il présente un verre d’eau et ne donne point à laver la bouche, etc. Mais il ne suffit pas que le service n’ait rien d’avilissant pour constituer le service d’honneur ; il faut de plus que l’importance des personnes qui le remplissent en fasse un honneur pour la personne du roi. Ce mot de service d’honneur désigne un service rendu en honneur de la majesté royale, pour honorer la personne du roi, par des personnes qui elles-mêmes reçoivent les honneurs de cour.

Madame Campan aurait pu se récrier ici, et demander comment concevoir que le service d’un sujet honore le roi; qu’un sujet , quel qu’il soit, se croie en droit de dire qu’il fait au roi Y honneur àe le servir? Sans doute on ne peut pas dire qu’un sujet fait au roi l’honneur de le servir, mais on peut dire qu’il lui porte honneur en le servant.

SOUS FRANÇOIS 1er.

Corneille a «lit :

Je sais ce que l’on doit de respect et d’honneur

Aux vertus , au courage , et surtout au malheur.

On peut dire dans le même sens: Je sais ce que l’on doit de respect et d’honneur à la majesté royale.

Du Tillet s’exprime ainsi au sujet du service des grandsofficiers de la maison du roi : « Encore que les rois eussent les » grands-officiers de leur maison pour leur service ordinaire, » quelquefois, pour honorer la solennité de leur sacre et cou- » ronnement , ils faisaient servir lesdits offices, lesdits jours, « par autres de plus haute étoffe et éminence. » Et Du Tillet cite les princes du sang. Voilà bien le service du roi, honorant le roi , lui rendant honneur, lui portant honneur, ajoutant aux honneurs de la solennité qui en réunit le plus de tout son règne. D’un autre côté on conçoit très bien comment un service qui honore le roi, qui ajoute aux honneurs dus au roi, est en même temps un service honorable pour celui qui le rend, et pourquoi l’on dit à la cour qu’un grand cède à un plus grand les honneurs du service : c’est qu’il est honorable de faire ce qu’il n’appartient pas à tout le monde de faire. Il n’appartient pas à tout le monde d’ajouter par son service à la grandeur et à la majesté royale. C’est donc une expression très juste d’appeler honneur du service l’exercice de quelque partie du service d’honneur. De sorte que le mot de service d’honneur exprime un service qui honore celui qui le reçoit et celui qui le rend, au lieu que les honneurs du service ne désignent que les honneurs dont jouit celui qui le fait: dans cette locution, le service d honneur, l’honneur est pour le roi; dans cette autre, les honneurs du service, l’honneur est pour l’officier qui le fait.

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