A LA COUR DK FRANCE
et ta richesse les élevaient réellement et solennellement au rang des hommes de la plus illustre naissance, leur donnaient des enfans encore plus nobles que leur père! Il est impossible de ne pas admirer , aimer et célébrer une telle cour.
Les chances de grandeur qui s’offrirent aux filles de haute bourgeoisie rachetèrent, pour toutes les femmes de la même condition, la déchéance des familiarités qui avaient eu lieu, en de certaines circonstances, entre les princesses de la maison royale et les notables bourgeoises dont nous avons parlé à la page 87, d’après Argonne : familiarités qui cessèrent à l’époque où les généalogies devinrent nécessaires aux hommes qui voulaient être présentés. La condition des femmes de tous les états en France changea à leur avantage, quand il fut certain qu’il leur suffisait d’avoir un mari titré pour devenir femmes de la cour.
La fortune des bourgeoises distinguées par la beauté et la richesse ne devait pas se borner à parvenir jusqu’à la cour, et à s’y établir honorablement. Une fois établies, leur destinée était d’y prendre de l’empire; de s’y faire une domination; de s’y rendre indépendantes d’un mari; de lui devenir même supérieures; et c’est ce qui arriva. C’était la conséquence de l’esprit de galanterie établi par François Ier et son ami le cardinal de Lorraine.
Ce ne devait pas être la seule. Quand François 1" eut secoué le joug de la décence et de la reh-
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gion, et qu’il eut publiquement avoué des maîtresses, la porte de tous les honneurs fut ouverte à la beauté, sans autre condition que de plaire au prince. Toutes les femmes pouvant devenir dames de la cour en épousant un seigneur, ce fut une conséquence que les femmes de toute condition pussent devenir maîtresses du roi , et qu'il ne fallût pas plus de preuves de haute naissance pour être sa concubine, qu’il n-’en fallait pour être la femme d’un grand et la mere d’un plus grand.
« Aux règnes précédents, dit Pierre Mathieu, » les voluptés étaient revêtues de modestie , et «éloignées d’insolence et de scandale... Le roi «François fut le premier qui démasqua l’amour et » le fît marcher en plein jour, honora et récom- « pensa l’impudicité ; et sur son exemple, le roi son «fils (Henri II) ne fit plus de scrupule d’avoir en » même table et la femme et la concubine « ( Catherine de Médiciset Diane de Poitiers ).
Quand le monarque, ayant la reine à sa droite , eut fait asseoir, à sa gauche, une maîtresse de basse origine , une maîtresse comblée de ses faveurs , au mépris d’une épouse privée de ses regards, il fut bientôt établi dans l’opinion générale, et dans les conditions les plus médiocres, que plaire était un mérite qui couvrait tous les vices et tous les désordres, qui dispensait de tout autre mérite et les suppléait tous; que ne pas plaire était un tort, et déplaire une offense; que l’amour n’avait plus besoin du mariage pour être autorisé; que
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le mariage n’avait plus besoin de l’amour pour êtie fructueux , donner des héritiers, et fonder des familles; que l’amour pouvait s’allier avec le mépris , le mariage avec le dégoût; que les amours pouvaient être consacrés par le mariage sans être plus garantis ; que la fidélité n’était plus un devoir; que le lit conjugal était la couche de la convenance et de l’intérêt , et le lit de l’adultère la couche de l’amour et du plaisir; que l’amour et le mariage, jusque là réputés indivisibles, pouvaient former sans crime et même sans scandale deux liens, deux intérêts indépendants, deux existences distinctes.
Il est facile de se figurer les ravages d’une telle dépravation dans les mœurs des femmes de toutes les conditions. Le renversement des notions les plus saintes sur leurs devoirs, sur leur naturelle et légitime vocation, l’exaltation des plus folles idées sur leurs droits prétendus, celle des plus vaines et des plus criminelles ambitions, une ligue secrète entre elles pour soutenir leur extravagance, mettre leurs écarts sous la protection de la mode , et livrer au ridicule les condamnations prononcées contre elles par la morale et la religion également offensées: telles furent les conséquences de l’adultère couronné.
Mais évitons d’anticiper sur les conséquences du système de cour établi par François Ier : bornonsnous à en offrir le complément, en disant comment se formèrent les mœurs de la cour dans
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ce système, et en montrant leur caractère; ce sera une introduction à l’examen des mœurs nationales qui reçurent des premières la vie et le mouvement.