MOEURS UE LA COUR
grande bande et l’autre la petite bande \ La grande bande était livrée aux empressements des courtisans , la petite bande était réservée au roi.
Cette division établit trois grades entre elles. La grande bande formait le grade inférieur: c’était le plus nombreux. La petite bande formait un grade supérieur. La maîtresse en titre du roi, et celles de ses fils, et celles du grand- cardinal de Lorraine son second , dit Brantôme, formaient le plus élevé.
Cette gradation produisait l’infaillible effet de tourner vers le roi l’ambition de toutes les filles d’honneur, d’inspirer à la grande bande le désir de s’élever à la petite, et à la petite de monter au rang de maîtresse du roi , ou d’un de ses fils, ou du plus grand et du plus important de sa cour, ou successivement de l’un à l’autre, comme cela est arrivé à Diane de Poiriers.
« Notre liaison avec les femmes, dit Montesquieu, » est fondée sur les plaisirs des sens , sur le bonheur » d’aimer et d’être aimé , et encore sur le désir de » leur plaire , parce que ce sont des juges très éclai- « rés sur une partie des choses qui constituent le «mérite personnel. «
Des relations d’un jeune roi avec les femmes de sa cour, il faut retrancher le besoin d’aimer. Du côté du roi, le but de ces relations c’est le plaisir des sens- Du côté des femmes c’est principalement la vanité.
Aimer une femme c’est se fixer ; se faire aimer
1 Brantôme.
DFPITIS FRANÇOIS l". 1 3()
d’elle, c’est la fixer. Quelle raison un jeune roi at-il de se fixer, ayant à choisir entre tant de femmes, et quelle raison de se faire tant aimer d’une seule, étant toujours prêt à changer et n’ayant jamais à craindre que sa maîtresse change? Et d’un antre côté quel danger n’est-ce pas pour une femme de s’abandonner à un amour passionné pour un roi entouré de tant de femmes, sollicité au changement par tant d’agaceries et par l’attrait de la nouveauté? Le besoin d’aimer et d’être aimé ne compte point à la cour des rois. Le plaisir de plaire est la seule passion dont ils soient capables , et c’est aussi la seule qu’ils inspirent.
La vanité est la passion dominante des femmes. La faiblesse de leur sexe, dit Montesquieu, ne leur permet pas l’orgueil.
Que ce soit la faiblesse de leur sexe, ou le grand travail de la reproduction qui leur interdise les hautes ambitions que nous croyons propres à l’orgueil , la vérité est qu’un roi qui veut leur plaire en est quitte pour satisfaire leur vanité par des distinctions de rang, par des fêtes, par des parures qu’elles y étalent, par les hommages qu’il leur rend, par les agréments personnels qu’il peut déplover dans ses attentions pour elles.
C’est dans ces fêtes , dans leur ivresse, dans leurs enchantements, que le luxe du prince, le luxe des femmes, le luxe de la cour, franchissent toutes les bornes et que se contracte pour toujours l’habitude de tous les genres d’ostentations et de profusions.