‹ Conséquences du Système de Cour établi sous François IerChapitre 34 sur 88 · ORIGINE UK LA GALANTERIE · texte numérisé non relu

ORIGINE UK LA GALANTERIE

C'est dans ces fêtes, dans leur ivresse, dans leurs enchantements , que prend naissance l’art de plaire; cet art funeste qui ne périt plus et qui ne fait que se perfectionner quand il a une fois été inventé ' ; cet art de plaire qui dans son développement et sa perfection est si opposé au don de plaire sans art, heureux effet de douces et nobles sympathies entre les âmes affectueuses et les esprits polis; cet art de plaire qui consiste à savoir imiter certaines qualités qui plaisent généralement, et dont on est dépourvu , et à s’approprier celles qui plaisent aux personnes qu’on a intérêt de captiver, bonnes ou mauvaises ; cet art de feindre des sympathies qu’on ne ressent point, de dissimuler des antipathies dont on est pénétré; de flatter les passions et les vices, de convenir à toutes les faiblesses , de corrompre et de dégrader quand on ne se sent pas le moyen de plaire par la vertu et par l’élévation ; enfin l’art de nuire aux concurrents et de les écarter par l’intrigue.

Du moment qu’une femme qui plaisait a été supplantée par une autre, on s’est demandé ce que la première aurait dû faire pour ne pas perdre la préférence dont elle jouissait, et ce que l’autre a fait pour l’obtenir.

Moncrif, et ensuite La Bruyère , ont réduit l’art de plaire à faire que les gens sur qui on veut l’exer-

1 Président Hénault. Drame de François II, rôle de Montmorency.

cer soient contents d’eux-mêmes et de soi. C’est 'très bien définir l’art de plaire à une personne, de plaire à son égal , de plaire un jour, de plaire dans une circonstance donnée, de plaire quand rien d’ailleurs ne s’y oppose ; ce n’est pas l’art de plaire à un roi.

Une certaine conformité de mœurs , d’esprit, de caractère avec ceux du prince, entre dans le don de lui plaire , mais n’y suffit pas. On n’est pas toujours sûr de plaire , même à un prince vertueux , avec de la vertu, à plus forte raison à un prince vicieux avec ses vices , ni au prince spirituel avec de l’esprit, ni au prince médiocre par la médiocrité.

Mais il y a des qualités qui plaisent à tout le monde , et tellement qu’elles en font passer d’autres qui déplaisent. La gaieté , la grâce , la douceur, la complaisance, les empressements affectueux sont de ce genre. La louange plaît au plus mauvais prince; le talent de louer à propos ne déplaît pas au meilleur.

Pour qui possède le don de plaire, l’art devrait être facile, cependant il demande de l’apprentissage. Pour celui qui n’a pas le don de plaire l’art est plus difficile , parce qu’il doit commencer par apprendre ce que les premiers savent sans l’avoir appris.

Les femmes en étudiant l’art de plaire apprennent à varier la beauté par la parure ; à joindre aux agréments du corps ceux de l'esprit; à exciter les

désirs des sens par leur alliance plus ou moins étroite avec ceux de l’imagination ; à faire jouer sur l’imagination la crainte des obstacles et l’espérance des succès; enfin à prévenir le besoin de la nouveauté, en devenant tous les jours nouvelle, en plaisant chaque jour plus que soi-même', en faisant trouver dans la constance ce que La Rochefoucauld appelle les plaisirs d’une perpétuelle inconstance.

Tous ces artifices ne compléteront pas encore l’art de plaire au prince. Des rivales, exercées aussi dans cet art, peuvent profiter d’un moment favorable, et d’un heureux hasard. 11 faut prévoir de loin cet échec. L’art de plaire qui a fixé l’attention du prince doit prendre ses précautions contre l’art de plaire jouant d’un côté opposé pour le distraire. Il faut dérober à une rivale ses avantags, les balancer , les surpasser par d’autres, et enfin, s’il est nécessaire, les déprécier. Osons le dire; l’art déplaire à un jeune roi se compose non seulement du don de plaire, ou d’un emploi savant et d’une habile imitation des moyens de plaire, mais encore de l’art de nuire à des rivales; car l’art de plaire n’a pas pour objet de plaire un jour, un moment, mais durablement; ni de plaire en concurrence avec une autre, mais plus que toute autre. L’art de nuire et l’intrigue qu’il suppose, sont donc compris dans l’art de plaire.

1 Montesquieu.

ORIGINE DE LA GALANTERIE. 1 Zf 5

L’art de plaire, entendu comme on vient de le dire , s’appelle la galanterie. Nous venons de voir qu’elle se compose d'incontinence , de vanité et d'intrigue.

Le président Hénauit en a attribué l’invention à Catherine de Médicis. C’est en effet de son temps que l’art a commencé. Elle l’a exercé dans ses relations avec son beau-père , mais non dans toute son étendue. Les Chateaubriand et les Pisseleu ont plus contribué qu’elle à la gloire honteuse de cette invention.

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