‹ Conséquences du Système de Cour établi sous François IerChapitre 36 sur 88 · AVEC LES HABITUDES DE COUR · texte numérisé non relu

AVEC LES HABITUDES DE COUR

C’est sans doute là ce qu’a voulu dire Montesquieu dans cette phrase qu’il serait fort difficile d’entendre sans ce que je crois en être la clef:

<- Les femmes, dit-il1, ont peu de retenue dans » la monarchie , parce que la distinction des rangs nies appelant à la cour , elles y vont prendre cet air » de liberté qui est à peu près le seul qu’on y tolère. » Chacun se sert de leurs agréments et de leurs pas- » sionspour avancer sa fortune. « Farces mots: parce que la distinction des rangs les appelant à la cour, j'entends : parce que les hommes de rangs distingués les attirant à la cour, ou, parce que, attirées «à la cour par les hommes puissants qui forment les rangs distingués , chacun se servait de leurs agréments et de leurs passions pour avancer sa fortune. Ma version s’accorde avec la vérité de fait et avec l’ensemble du passage cité.

Un but commun occupa les hommes et les femmes de la cour; ce fut de faire servir toutes les qualités aimables à écarter les qualités utiles et solides , à donner à tous les amusements un intérêt . une variété qui rendissent insupportable toute occupation sérieuse, à leur attacher un charme qui fit trouver une odieuse sécheresse aux choses et aux esprits raisonnables. Il fallut à cette cour que tout savoir fût pédanterie , toute vertu une importune censure du vice ; que les services signalés et le dévouement fussent regardés comme des som-

Esprit des lois , li v 7 , çhap 9-

mations peu respectueuses à la reconnaissance du prince , comme des défis donnés à son indifférence; ii fallut, enfin , à cette cour voluptueuse, que tout accès vers le prince fût fermé aux sollicitations de l’intérêt public, aux réclamations de la justice. A la suite ce ne fut point assez : on jugea nécessaire de l’y rendre sourd; on voulut qu’il ne pût échapper à la médiocrité, et qu’il fût un esprit sans substance et sans vigueur. Ne pouvant élever le prince au-dessus des hommes probes et éclairés qu’on redoutait, on avait besoin de sa dégradation 1 :

1 Je vais placer ici quelques traits caractéristiques de l’art du courtisan qui font partie d’un écrit que je tiens d’une femme célèbre ; écrit qui sans doute sera publié un jour par sa famille.

« Le courtisan craint-il que le prince n’ait quelque réminiscence de l’intérêt public? c’est le cas de le rassurer par la louange. Ou admire son inépuisable bonté dans les bienfaits qu’il répand autour de lui sur des dissipateurs , aux dépens des contribuables ruinés par l’impôt. On admire sa justice dans la disgrâce d’uu homme public , dont le crime aura été de déplaire à un courtisan. Les poètes ont épuisé en honneur des princes toutes les formes de la louange, pour la faire supporter, non aux princes, mais aux peuples, dont l’aveu était nécessaire pour lui donner du prix; mais ils ont laissé aux courtisans le privilège de tout louer indistinctement , le bien et le mal, les grandes et les infiniment petites choses, et n’ont pu leur dérober l’avantage de l’à-propos pour placer et mesurer la louange. Les courtisans savent merveilleusement discerner le moment où la marche indirecte est plus prudente ou a plus de grâce; celui où l’enthousiasme doit transporter; celui où le ton solennel fera plus d’effet, toujours sans em-

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