AVEC CES HABITUDES DE COUR
médiocrité de son esprit et la pénétration de certains regards ; l’étiquette qui met une barrière entre le prince et les gens de bien , entre ses illusions et l’importune vérité; l’étiquette eut encore l’avantage de fournir les moyens de marquer les degrés de faveur auxquels le roi élevait ses courtisans. La longue distance qu’elle établissait entre le monarque et les grands, servit à former une échelle de gradations pour la faveur. Mettre ou omettre dans la liste d’un voyage de Chambord ou de Fontainebleau ; accorder ou retirer de grandes entrées , des entrées particulières ; donner ou ne plus donner le bougeoir au coucher du roi, même aux levers d’hiver; le donner souvent, moins souvent , rarement, jamais : toutes ces distinctions marquèrent le degré de faveur où l’on était placé.
Le bougeoir , quel mot j’ai prononcé! le bougeoir devint, après le sceptre et la couronne, la pièce la plus importante du mobilier royal. Le roi seul , porte l’étiquette, a un bougeoir à deux bobèches'. La reine même n’a droit qu’à une bobèche a. M. le Dauphin avait aussi un bougeoir à une bobèche.
Donner le bougeoir au coucher, c’était le remettre à la personne que le roi avait désignée chaque soir pour demeurer à son coucher, après que
1 Etat de la France , tom. i , pag. 3t)4 . ■ Ibid.
Sa Majesté avait congédié les personnes admises à y assister.
C’était un évènement dans une famille d’avoir le bougeoir au coucher du roi , même à celui de M. le Dauphin.
Madame de Sévigné écrit à madame de Grignan sa fille , le 1 8 octobre 1 688, que le jeune Grignan, fils d’un premier lit de son mari, se porte bien, qu’il fait des merveilles au siège de Philisbourg, qu’il a souvent l’honneur clemanger avec monseigneur, qui lui parle et lui fait donner le bougeoir
Qui ne croirait , en voyant cette importance du bougeoir, qu’on le regardât comme le symbole des lumières que la sollicitude royale invoquait en se levant pour bien faire, en se couchant pour bien dormir; et que , le remettre à un courtisan, c’était lui dire: Vous êtes, aux yeux du monarque, le serviteur fidèle de qui il attend de bons avis pour l’intérêt de ses peuples, et le serviteur bien-aimé de la bouche de qui Sa Majesté se plaît davantage à les entendre?
’ Lettre de Sévigné :
« Le marquis (le jeune marquis de Grignan , fils d’un pre- « mier lit de M. de Grignan , mari de mademoiselle de Sé- » vigne) a été seul à Versailles : il s’y est fort bien comporté. » Il a dîné chez M. du Maine , chez M. de Montausicr, soupé » chez madame d’Armagnac , fait sa cour à tous les levers , » a tous les couchers. Monseigneur lui a fait donner le bou- » geoir; enfin le voilà jeté dans le monde, et il y fait fort
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» bien. » ( Madame de Sévigné à madame de Grignan. 24 décembre 1688, t. 7, p. 55; édition de Yauxelles.)
« Bougeoir se dit du petit chandelier d’or qu’un valet » de chambre porte au coucher du roi, et que le roi, lors- » qu’il se déshabille, fait donner par distinction à quelqu’un » de ses courtisans. Let'oi fit donner le bougeoir à un tel sei- » gneur. Un tel seigneur a eu le bougeoir ce soir. » ( Dict. de V Acad. , 1 762. )