AVEC I ES HABITUDES DE COUR
la disgrâce, et il sera sûr de les assujettir, de les tenir en haleine, et d’exalter leur servilité.
Plaire au roi devint alors l’équivalent d’un devoir, ou plutôt un devoir impérieux. Sans être imposé aux courtisans comme le service de leur office, il en fut une condition. Son accomplissement fut plus nécessaire que l’exactitude du service même; la négligence de ce devoir fit perdre son prix à l’accomplissement de tous les autres.
Quand la faveureut fait habituellement des heureux et îles malheureux, le orince reconnut bientôt qu’il avait à sa disposition une puissance bien supérieure à cette autorité royale qui ne pouvait s’exercer sans quelque ménagement pour la justice. Celle-ci pouvait s’exercer au gré de scs caprices, au gré de ses passions et de ses vices. Celle-ci avait une promptitude, une action qui manquaient à l’autorité légale. Par la faveur le monarque put introduire des distinctions dans l’égalité, des infériorités de cour dans les supériorités nationales et politiques, faire des inégaux parmi ceux qui étaient à un rang également au-dessus de tout le monde , les faire pour un an, pour un jour, pour un moment ; élever un courtisan, l’abaisser, le relever pour le rabaisser encore. Le prince n’eut besoin , pour faire le bonheur ou le malheur des plus grands personnages de l’État, que d’un mot, d’un regard, d’un mouvement du sourcil ; le secret du cuncla supercilio moventis était tombé de l’Olympe à la cour de France. Un mot moins doux, un re-
gard moins riant, point de regard, point de parole, suffisaient à la cour pour combler le bonheur des uns et le malheur des autres.
Quand François Ier eut reconnu son empire, il se forma dans la hiérarchie même de sa cour, hiérarchie dont nous allons parler dans un moment, une autre hiérarchie : dans la gradation des places s’établit celle de la faveur, et souvent , à l’inverse de celle des places.
Le plus favorisé, le moins favorisé, celui qui l’était moins encore, celui qui ne l’était point du tout, formèrent des grades très marqués dans la maison du monarque.
Henri Étienne nous apprend que c’est sous le règne des petits-fils de François Ier que le mot disgrâce , qui n’avait jusque là désigné qu’un défaut physique, un manque de grâce, devint l’indication du plus grand malheur qui puisse arriver à un courtisan : la perte de la faveur, l’exil de la cour.
L’étiquette , la merveilleuse étiquette qui forme au prince un retranchement contre les familiarités souvent provoquées par ses déporlements, qui lui assure les respects dans la turpitude même , et impose au courtisan une certaine retenue dans le débordement commun; l’étiquette qui met le roi dissolu à l’abri des regards des hommes qui pourraient juger sévèrement ses mœurs, et lui épargner le contact de ceux qui pourraient juger de son esprit; l’étiquette qui place un voile mystérieux entre la