CHAPITRE IV
Dissolution de la cour de Henri IV. Esprit des États- Généraux de 1 588 à son égard. Opinion de Voltaire comme particulier, différente de son opinion comme poète, sur Henri IV , Sentiment de Fénelon sur ce prince.
Ce qui distingue les seconds États de Blois des précédents, c’est d’abord autant de haine et de violence contre Henri IV dans les derniers, que de ménagements dans les premiers.
C’est ensuite la volonté d’accroître la liberté politique par quelques changements à la constitution.
Aux États de ! 5^6 . on réprouvait, on interdisait le culte que professait Henri, roi de Navarre, sans menacer sa personne; à ceux de i588, on l’exclut du trône de France.
Quelle était la cause de ce changement ? Les écrivains varient entre l’une des suivantes : la haine du protestantisme, l’affection pour le duc de Guise, l’aversion pour Henri IV.
Les députés de la nation, animés, disent les premiers, de la même horreur que la France entière pour la religion prétendue réformée, repoussaient, par zèle pour la religion catholique, un roi qui
aurait travaillé à faire au moins prévaloir son culte sur le leur.
Les députés, disent les autres, étaient pour la plupart des affidés du duc de Guise, et voulaient aider à l’exécution de ses desseins sur le trône de France, espérant obtenir sous son règne la récompense de leur zèle.
Selon d’autres encore, les députés voulaient seulement protéger le duc contre la malveillance et la défiance de Henri III, en interdisant pour jamais à celui-ci toute alliance et tout raccommodement avec Henri, roi de Navarre, dont le secours eût pu faciliter le renversement de la Ligue. Ce qui favorise cette opinion, c’est la conformité de vues et de sentiments de l’assemblée, dès l’ouverture, avec la requête de la faction assemblée à Nancy.
Selon d’autres enfin, les députés voulaient aider le duc de Guise, non à détrôner Henri de Valois , mais à empêcher Henri de Bourbon de lui succéder; en d’autres mots, ils étaient en conspiration contre l’héritier du trône, non contre le prince qui s’y trouvait assis, c’est-à-dire contre Henri IV, non contre Henri III.
Cette dernière opinion, qui n’est pas la plus généralement reçue , a été celle de d’Avila , et Voltaire inclinait à l’adopter. J’oserai rejeter les premières, convaincu que les Etats n’ont jamais eu en vue de favoriser le duc de Guiseen proscrivant Henri IA T , et ajoutant que Henri IV, haï connue ennemi, était mésestimé comme roi presque autant que Henri III.
Les faits les plus certains et les plus généralement avoués montrent avec évidence que le duc de Guise avait tout au plus l’ambition d’empëcher Henri IV de monter sur le trône, mais nullement celle d’en faire tomber Henri III.
Quand la ligue se déclare-t-elle? quand le duc de Guise paraît-il en être le chef? quand la faction des seize, ligue particulière dans la ligue générale, ligue locale et propre à la ville de Paris, ligue plus audacieuse, plus entreprenante que la ligue des provinces , parcequ’elle voyait de plus près l’autorité contre laquelle elle s’élevait, et connaissait le terrain sur lequel elle avait à combattre, quand se forme-t-elle? quand essaie-t-elle ses forces et signale-t-elle son audace? quand arbore-t-elle la révolte ouverte? C’est en i584, après que la mort du duc d’Alençon , dernier rejeton de la branche des Valois , eut appelé la branche des Bourbons à l’iiérédité immédiate du trône.
Alors ce n’est plus une simple guerre, ce ne sont plus de simples hostilités sans cesse pacifiées, sans cesse renouvelées contre les protestants, de simpies précautions contre la versatilité du roi entre leur culte et le culte catholique , contre les désordres de la cour, la dilapidation des finances, l’abus du pouvoir royal ; en un mot , ce n’est plus une guerre dont la réforme des abus de la cour était le but et la religion le prétexte , une guerre toujours facile à pacifier, qui occupe la faction: c’est une guerre à outrance contre la personne