‹ Conséquences du Système de Cour établi sous François IerChapitre 44 sur 88 · DE H EN FU IV · texte numérisé non relu

DE H EN FU IV

Henri III et à ses mignons. « Comme cette guerre, b dit de Thou, s’alluma sans raison et fort mal à «propos, elle finit de même, d’une înanière peu «avantageuse et peu honorable pour ceux qui en • étaient les auteurs. »

Fénelon a jugé la première partie de la vie de Henri IV comme en ont jugé les contemporains de ce prince. Il met son sentiment dans la bouche du duc de Mayenne, parlant à Henri qui confesse que Mayenne dit la vérité.

«Vous fûtes sur le point de céder à la mauvaise fortune, lorsque vous étiez acculé au bord de la mer, et vous auriez fait la faute de vous retirer en Angleterre, si Biron ne vous avait représenté les suites d’un tel parti. Tous les mécomptes de la ligue sont venus de l’idée que nous avions conçue de vous dans votre jeunesse : nous savions que les femmes vous amusaient partout ; que la comtesse de Guiche vous avait fait perdre tous les avantages de la bataille de Coutras; que vous aviez été jaloux de votre cousin, le prince de Condé, qui paraissait plus ferme, plus sérieux, plus appliqué que vous aux grandes affaires, et qui avait un bon esprit et une grande vertu. Ou vous regardait comme un homme mou et efféminé, que la reine-mère avait trompé par mille intrigues d’amourettes ; qui avait fait tout ce qu’on avait voulu dans le temps de la Saint-Barthelemi pour changer de religion ; qui s’était encore soumis, après la conjuration de La Mole, à tout ce

que la cour voulut. Enfin nous espérions avoir bon marché de vous *. »

Si, comme le pense Fénelon , les mécomptes de la ligue sont venus de l’idée que Henri avait donnée de lui dans sa jeunesse, on peut dire sans exagération qu’ils lui sont à peu près imputables. Il a fait la guerre civile avec vaillance , la paix avec sagesse et grandeur ; mais avec plus de considération il aurait abrégé la durée de la guerre et tempéré ses fureurs.

Devenu roi de France, il poussa au-delà du scandale le désordre des maîtresses avouées , presque régnantes. Il porta la dissolution jusqu’à attenter à l’honneur des princes de sa famille1 *. Il a laissé onze bâtards reconnus, et une multitude d’autres qu’il s’est contenté de doter et d’enrichir ainsi que leurs mères: il eut de Gabrielle d’Estrées six entants ; deux de la marquise de Yerneuil, deux filles de Charlotte des Essarts3.

1 Fénelon. Dialogue de Henri IV et du duc de Mayenne.

3 Voyez la mort de Henri IV, tom. I du Théâtre historique que j’ai publié.

3 Les libelles du temps de Henri IV ont donné à ce prince un nombre incroyable de maîtresses, dont plusieurs sont d’ignobles créatures que la plus basse crapule pourrait seule avouer. Rejetons loin de nous de pareils témoignages. Malheureusement la liste des maîtresses déclarées de Henri n’est que trop nombreuse. Tenons-nous-en à celles-là. Voici celles dont les Mémoires de Marguerite de Valois et les Mémoires de Sully fournissent les noms , consignés d’ailleurs , mais épars, dans l’histoire de de Thou et dans celle de Péréfixe.

DE HENRI IV

Henri IV n était guère respecté, et il était faiblement aimé de son vivant. C’est ce que nous assure l’homme du monde par qui son règne a été le plus étudié et le mieux connu, qui en a le

Séparons les maîtresses des temps antérieurs au règne de Henri IV en France, de ceux qui ont suivi son élévation au trône.

Maîtresses de Henri, roi de Navarre. — La première fut madame de Sauve, fdle de Jacques de Baune de Semblançai, ce malheureux surintendant que François I" fit pendre comme coupable du divertissement de fonds dont la duchesse d’Angoulême, mère de François Ier , s’était emparée. Le mari de madame de Sauve était secrétaire d’Etat. Elle était dame d’atour de Catherine de Médicis. Elle fit au roi de notables infidélités, notamment pour le duc de Guise : mais elle resta toujours attachée à scs intérêts et à sa cause.

Après sa passion pour madame de Sauve , en 1 5yg , Henri devint fort amoureux de Dayelle, Italienne, fille d’honneur de Catherine de Médicis.

Dans la même année il devint encore plus amoureux de Rebours , fille d’un président de Calais.

Ensuite de Fosseuse, enfant de quatorze ans, fille dePierre, marquis de Thuri et baron de Fosseuse , de la maison de Montmorency. Elle était fille d’honneur'' delà reine Marguerite, qui nous apprend cjue Henri respecta quelque temps la jeunesse et l’innocence de Fosseuse , mais qu’en i58i elle devint mère. Lorsqu’elle accoucha , Henri pria "la reine ( étrange confiance!) d’aller secourir sa fdle (sous-entendez d 'honneur) ; la reine y alla, et revint chez elle après la délivrance. Le soir le roi trouva mauvais qu’elle n’y lût pas retournée. Nous lisons ces détads dans les Mémoires de Marguerite elle-même. Fosseuse fut abandonnée du roi après son accouchement.

Alors, en i58i, commencèrent à Bordeaux ses amours

plus soigneusement recueilli les circonstances honorables , et qui a placé sur la gloire de ce prince le fonds le plus considérable de la sienne ; je parle

pour Diane, dite la belle Corisande , veuve du comte de Guiche , âgée de vingt-six ans.

En i586, Henri lui porta les drapeaux pris au siège du Catelet. En 1587 , après la bataille de Coutras , au lieu de marcher sur Paris et de s’assurer d’une paix glorieuse, il licencia scs troupes pour se rendre près de la comtesse de Guiche. Ayant divorcé avec Marguerite de Valois il fit à sa maîtresse une promesse de mariage dont d’Aubigue obtint la révocation. Elle eut un fils de Henri. Ce fils mourut enfant en 1 588. Elle devint grasse, rouge, laide j le roi l’éloigna de sa cour.

Alors il s’était attaché à la marquise de Guercheville, mais sans succès, exemple rare dans la vie de ce prince.

Marie de Beauvilhers, fille du comte de Saint- Aignan , gentilhomme du duc d’Alençon, lui fit oublier les rigueurs de la marquise de Guercheville. En 1590, à l’époque du siège de Paris, le roi la vit à l’abbaye de Montmartre, où elle venait de prendre le voile • elle avait alors seize ans : il s’éprit de ses charmes, l’enleva, et la conduisit à Senlis.

Malheureusement pour elle, leroi vit à Cœuvres sa cousinegermaine, Gabrielle d’Estrées, et sepassionna pour cette belle, qui était âgée de dix-neuf ans ; il négligea la religieuse , qui retourna à l’abbaye de Montmartre. Quelques années après, en 1097, Henri récompensa la vertu de Marie de Beauvilliers en la nommant abbesse de cetLe maison. Tels furent les amours les plus connus du roi de Navarre.

Maîtresses de Henri IV roi de France. Ce fut en i5qo que Henri vit pour la première fois Gabrielle d’Estrées au château de Cœuvres , chez son père Antoine d’Estrées. Elle aimait le duc de Bellegarde , et se prêta peu d’abord aux avances du roi. Mais il la maria à un gentilhomme pi-

DE HENRI IV

de Voltaire. « Ne dissimulons rien, écrivait-il en 1776 au baron de Faugère , Henri IV était haï et peu respecté. » Il est vrai que Voltaire trouve en cela

card pour la soustraire à son père , ayant soin , dit Sully, d 'empêcher la consommation du mariage , qui fut ensuite dissous pour cause d’impuissance du côté du mari qui avait quatorze enfants d’une première femme.

Le roi la fit duchesse de Beaufort ; il voulait l’épouser, il a eu d’elle trois enfants, César et Alexandre de Vendôme , et Catherine-Henriette , qui épousa le duc d’Elbœuf.

À Gabrielled’Estrées succéda Catherine-Henriette de Balzac d’Entragues, marquise de Verneuil;elle était fille de J. d’Entragueset de Marie Toucliet (et non Tronchet ), qui avait été maîtresse de Charles IX. Elle devint la maîtresse de Henri IV, qui lui fit une promesse de mariage, ce qui 11e l’empêcha pas d’épouser Marie de Médicis.Furieusc,elle se ligua avec le roi d’Espagne pour détrôner sou amant. La conspiration fut découverte : mais la marquise rentra en grâce, et fut enfin supplantée par la princesse de Condé.

Dans l’intervalle vintLa Bourdaisière (Marie Babou), comtesse d’Étange, de la famille des Babou, fille d’honneur de la reine Louise, veuve de Henri III. Bassompicrre dit qu’elle fut un moment aimée de Henri IV , et épousa le vicomte d’Etange en 1602. Henri IV lui avait aussi promis de l’épouser.

Jacqueline de Beuil , comtesse de Bourbon-Moret , succéda à La Bourdaisière. Elle eut de Henri IV Antoine de Bourbon, comte de Morct, en 1C07, légitimé en 1608.

Des Essarts ( Charlotte ) , comtesse de Romorentin , succéda à la comtesse de Moret. Elle eut du roi deux filles ; l’une fut abbesse de Fontevrault, l’autre de Chelles. Abandonnée du roi, elle fut entretenue par le cardinal de Guise; ensuite elle épousa le maréchal de L’Hôpital.

Ce fut alors que se déclara la funeste passion du roi pour Charlotte de Montmorency, qu’il maria au prince de Condé ,

la nation injuste. Elle ne connaissait point alors le mérite, dit-il, elle ne le sentait pas. Pourquoi l’avait-elle reconnu dans Louis XII, qu’elle surnomma le Père du peuple?

Il est enfin remarquable que le héros de la Henriade , dont la gloire est aujourd’hui au-dessus de toute atteinte, et qui, parvenu au trône, racheta ses défauts par d 'éminentes qualités, n’a cependant reçu aucun éloge des écrivains du siècle de Louis XIV, excepté La Fontaine, qui encore n’a loué que sa clémence.

qu’il séduisit , qu’il voulut ensuite hautement ravir à son mari, pour laquelle il résolut de porter la guerre dans les Pays-Bas, où le prince de Condé l’avait conduite, pour laquelle , en un mot, il s’aliéna tous les esprits qui avaient gardé quelque respect pour les mœurs . et enhardit le fanatisme qui l’assassina l’avant-veille de son départ pour l’armée. J’ai fait, très fidèlement, je crois, l’histoire de cette catastrophe dans un drame historique intitulé la Mort de Henri IV, tom. I du Théâtre historique.

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