CHAPITRE Y
Des cours de Louis XIII , Louis XIV et Louis XV .
A Henri IY succéda Louis XIII. Il n’eut point de maîtresse ; mais Anne d’Autriche sa femme eut des amants. La galanterie continua; seulement elle prit à la cour une autre caractère; elle cessa d’être effrontée; elle devint modeste, discrète, presque chaste. Une reine ne pouvait donner à ses amants l’éclat que le roi donne à ses maîtresses, ni les déclarer, ni les avouer, ni leur permettre de se déceler eux-mêmes; une reine risquait tout au scandale d’une liaison criminelle, son honneur, son état, sa liberté, sa vie. Il devint donc à la mode d’ajouter la retenue, la discrétion , le mystère , aux amours passionnés ; de donner aux plus faibles jouissances un prix infini, de se contenter du langage des yeux, de communications moins directes encore pour fintelligence des cœurs. C’était une conséquence nécessaire de la situation où se trouvait une reine jeune, aimable et belle.
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Anne d’Autriche ayant laissé voir son penchant pour l’amour, et se trouvant liée à un mari froid et sévère, les courtisans et même les hommes de lettres, alors fort répandus , s’intéressèrent à sa situation. On conçoit aisément que l’esprit se soit exalté alors dans les romans, dans toutes les sociétés d’élite, à l’hôtel de Rambouillet qui venait de naître ; on conçoit que les amours délicats aient pris alors un grand avantage sur les amours grossiers ; que la galanterie mêlée de romanesque l’ait emporté sur la galanterie érotique; qu’on ait voulu de la retenue dans les passions amoureuses, du respect dans les désirs, de profonds chagrins dans les disgrâces, de fortes résolutions dans les contrariétés, une constance à l’épreuve des longues séparations. Rien de tout cela ne venait ni de la littérature espagnole, comme on l’a dit, ni des habitudes d’Anne d’Autriche , ni de la tournure de son esprit; mais de sa complexion et de sa position à la cour de France.
Ce changement eut lieu à la cour et dans quelques sociétés mixtes de la capitale. Les mœurs de la multitude suivirent la marche désordonnée qui leur avait été imprimée par la cour de François Ier.
Le commencement et le milieu du règne de Louis XIV ramenèrent le scandale de celui de Henri IV. Les maîtresses avouées recommencèrent; les bâtards se multiplièrent de nouveau, et reçurent de nouveaux honneurs. A la liste des maîtresses de
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François Ioc, à la comtesse de Chateaubriand et à la duchesse d’Étampes; à l’Écossaise Flamin et à la duchesse de Yalantinois, maîtresses de Henri II ; à la duchesse de Beaufort, à la marquise de Verneuil, à la comtesse de Moret , à la comtesse de Romorentin, maîtresses avouées de Henri IY; à la liste de ces concubines toutes solennellement intronisées, qualifiées , dotées , Louis XIV ajoute les noms de La Yallière et de Montespan. Aux noms de Henri d’Angoulême, grand-prieur de France, un des plus exécrables agents de la Saint-Barthelemi, bâtard de Henri II ; de Diane d’Angoulême, bâtarde du même prince, mariée en premières noces au bâtard d’un pape , et en secondes noces à François de Montmorency; de César, duc de Vendôme, et d’Alexandre, chevalier de Vendôme , frère de César, et grandprieur de France, tous deux grands personnages des guerres de la Fronde; de Henri , évêque de Metz, et ensuite duc de Verneuil; de Catherine-Henriette, mariée au duc d’Elbeuf ; de Marie-Henriette, abbesse de Chelles; de Charlotte des Essarts , abbesse deFontevrault,tousbâtards et bâtardes de Henri IV; à cette liste de bâtards, en partie adultérins, tous élevés, dotés, magnifiquement établis aux dépens de l’État dont plusieurs ont été les fléaux, ajoutez, pour le compte de Louis XIV, un Louis de Bourbon, comte de Vermandois; une mademoiselle de Blois , princesse de Conti , tous deux nés de la duchesse de La Vallière , que sa tendresse , sa modestie et sa fin résignée font excepter de la réprobation in-
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fligée aux maîtresses; ajoutez les enfants nés d’un double adultère avec la marquise de Montespan : le duc du Maine, le comte de Toulouse, pour qui ies princes du sang, le parlement, la nation entière, furent si étrangement humiliés; le comte du Yexin , abbé de Saint-Denis et de Saint-Germain-des-Prés , lieux saints où l’horreur de l’adultère devait être prêché; mademoiselle de Nantes , mademoiselle de Tours, une seconde mademoiselle de Blois, mariée à Philippe II, duc d’Orléans, régent de France.
Ces éclatantes ostentations de galanterie accrurent les désordres des classes inférieures de la société, et combattirent long-temps, d’accord avec la dissolution générale, contre les mœurs chastes, pudiques et délicates dont l’hôtel de Rambouillet donnait l’exemple, et dont la galanterie retenue d’Anne d’Autriche tempérait la sévérité. Je parlerai avec étendue de ce grand conflit qui marque une époque mémorable dans l’histoire de nos mœurs et de notre littérature, supposé toutefois que l’histoire d’une révolution, que n’ont pas vue les historiens du dix-septième siècle , ne soit point un rêve de mon imagination.
Que dirais-je des mœurs de la cour de Louis XV qui ne soit connu de tout le monde ? ce prince commença comme Louis XIV, mais il finit comme François Tr; non pas de la même maladie, mais d’une maladie contagieuse, qui l’atteignit comme ce premier , dans un excès de débauche et de cra-