‹ Conséquences du Système de Cour établi sous François IerChapitre 60 sur 88 · DU BON TON · texte numérisé non relu

DU BON TON

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» Toute question importante , tout raisonnement suivi , tout sentiment raisonnable, sont exclus des sociétés brillantes , et sortent du bon ton. Il y a peu de temps que cette expression est inventée ; et elle est déjà triviale sans en être mieux éclaircie.

»Le bon ton , dans ceux qui ont le plus d’esprit, consiste à dire agréablement des riens , à ne pas se permettre le moindre propos sensé si l’on ne le fait excuser par la grâce du discours, et à voiler enfin la raison, quand on est obligé de la produire, avec autant de soin que la pudeur en exigeait autrefois quand il s’agissait d’exprimer quelque idée libre... La médisance même a besoin d’agrément pour plaire; il ne suffit pas de nuire, il faut surtout amuser.

» Le bon ton devient dans les sots un jargon inintelligible pour eux-mêmes. .. Ce jargon , qu’on appelle persiflage , a prévalu: amas de paroles sans idées , volubilité de propos qui font rire les fous, scandalisent la raison, déconcertent les gens honnêtes ou timides, et rendent la société insupportable. »

Ajoutez à ce mérite du bon ton , celui du bon goût dans les manières, celui de l’usage, celui du rompu dans le bel usage , celui du tact , de la finesse, de la délicatesse, de la grâce parfaite dans les choses du bel usage; toutes qualités stériles et purement négatives, qui, réunies, 11c valent pas la plus petite vertu, ne s’appliquent à aucun intérêt réel, n’ont d’autre utilité' que celles de ménager

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DE LA VANITlS

des yeux qui craignent la lumière ou une sensibilité mignarde, et d’épargner de petits déplaisirs sans donner, en privant même de beaucoup de plaisir; car le bon goût des gens du monde n’est, comme on disait de celui de Suard en littérature, que du dégoût : c’est un tact qui fait éviter ce qui blesse, et ne suffit pas pour découvrir ce qui agrée.

Est-il nécessaire de dire que ce n’est ni le bon ton , ni le bon goût que nous rejetons comme indignes d’une grande nation ; c’est l’excessive, l’exclusive importance qu’on leur donne dans une civilisation corrompue.

Madame de . trouvait l’agriculture de mau¬

vais goût : elle sent le fumier, disait-elle. Elle trouvait la médiocrité de fortune de plus mauvais goût encore dans la société. Que la pauvreté est de mauvais goût ! dit-elle un jour en parlant d’une dame devenue depuis marquise, qui , n’ayant pas de voiture , et se trouvant dans une maison fort éloignée de la sienne , l’avait priée de la jeter chez elle. On citait encore , du temps de l’empereur, un petit fat suranné , qui n’a jamais su rien dire de mieux sur la bataille de Marengo et de pis sur la retraite de Moscou , que : cette victoire est de bien bon ton, cette défaite est de bien mauvais goût.

Dans ces sociétés et dans ces temps de bon ton et de bon goût, tout se mesurait à ces deux qualités. Justice, raison , sagesse , probité, vertu, lumières, force, courage, c’étaient là autant de paroles hors

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