DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS AVANT
11er qu’il fût possible de les violer. Ainsi il s’ «établit en France une forme de gouvernement inconnue aux anciens , celle d’une monarchie dans laquelle le pouvoir du souverain, sans être restreint par aucune constitution fixe et légale , est cependant limitée par V opinion seule cl’ une partie de ses sujets sur la nature et Y étendue de ce pouvoir. »
Telle est l’explication donnée par Robertson. Il a certes raison de penser que .la forme de gouvernement qu’il décrit a été inconnue aux anciens. Mais elle ne l’est pas moins aux modernes ; l’estelle moins à l’auteur lui-méme ? il est permis d’en douter malgré le tourment qu’il s’est donné pour en présenter une exposition spécieuse, tourment qui n’a réussi qu'à donner un exemple de Yobscurum per obscurius.
D’abord quand Robertson écrivait , aucun des privilèges qu’il attribue à la noblesse n’existait en France; elle en avait d’autres, elle n’avait plus ceux sur lesquels l’auteur fonde son système.
i° Point d' exemption de taxes. La noblesse payait sans exception tous les impôts; seulement le noble était exempt de la taille dans le cas très rare où il exploitait sa terre lui-même: avait-il un fermier, et tous en avaient? le fermier payait en déduction du fermage.
20 La prééminence , le sentiment de la supériorité, le mépris des occupations du commun état, n’étaient distinctes et marquées qu’en euxmêmes , et ils avaient l’attention de ne pas
OPINION DK ROBKRTSON-
les laisser voir ouvertement. Aucune marque extérieure n’indiquait la prééminence d’un noble. Le plus petit commis d’un ministère, d’une intendance même, portait comme le noble une épée à son côté. Les bourgeois avaient des armes et des livrées. Le plus mince hobereau portait des plumes à son chapeau. On ne sait ce que c ’étaientque les distinctions apparentes dont les nobles jouissaient en temps de paix; encore moins quelles distinctions ils s’arrogeaient en temps de guerre.
On ne se fait pas une idée des maximes d’Iwnneur sur lesquelles étaient èlablieset fixées les prérogatives extérieures attribuées à la noblesse du dix-septième siècle; et on ne peut concevoir commentées principes d’honneur en ont pu faire un objet de respect pour le souverain ; ni comment elles auraient arrêté l'exercice de la prérogative royale dans tous les cas où elles se seraient trouvées en opposition avec elle ; ni enfin comment l’autorité royale se résolvait à régler sur elles l’exercice de ses droits, et à les respecter. Ce qui est surtout inexplicable, c’est comment le respect de la royauté pour l’honneur des prérogatives nobiliaires indiquées par l’auteur, s’étendait jusqu’à reconnaître les droits du commun état et du gros delà nation, uniquement pour éviter que la noblesse n’allât soupçonner la possibilité de violer les siens. Certes ces deux garanties de la liberté publique auraient été bien douteuses, qui auraient consisté dans l’appréhension qu’aurait inspirée aux nobles l’approche de
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l’arbitraire quand ils l’auraient vu s’exercer sur le peuple ; et dans la crainte qu’aurait le monarque , de voir la noblesse prendre parti pour le peuple dès que le peuple aurait eu à se plaindre de quelque abus de l’autorité royale.
Mais admettons cette double délicatesse des nobles et du monarque : on conviendra du moins que ce n’aurait pas été une garantie bien solide quand le roi aurait opprimé le plébéien au profit de la noblesse, pour renforcer ses privilèges, et pour en rendre l’exercice plus avantageux ; convenons que l’arbitraire aurait encore moins effrayé la noblesse quand c’aurait été elle qui l’aurait provoqué, sollicité et en aurait obtenu l’agence : alors sans doute, elle en aurait aussi été l’appui.
Mais de toutes les pages de notre histoire sort la réfutation de l’opinion que Robertson a mise en avant. Depuis le règne de François Ier jusque vers la fin du dix-huitième siècle , encore dans le temps où écrivait Robertson , et même plus tard, la noblesse a constamment tenu ses intérêts séparés de ceux du tiers -état; non contente dépuiser l’état par les dons et les pensions qu’elle obtenait sans mesure, et qui ont coûté un milliard à la France sous le règne de Louis XV, non contente d’être appelée à la plus grande partie des places dans l’église, dans la robe, dans le militaire, elle eut l’ambition d’y être appelée seule ; elle voulut une garantie de ses privilèges , non dans le respect du droit commun, mais dans un interdit qui