DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS AVANT
»La deuxième est la juridiction des parlements de France, et particulièrement de celui de Paris. »
Tout le inonde sait comment, pourquoi et jusqu a quel point les parlements faisaient obstacle au pouvoir absolu , et connaît les variations continuelles que la force de son opposition a éprouvées. Il n’en sera pas question ici : il s’agit de démêler en quoi consistait la puissance mystérieuse que l’auteur attribue aux droits, et privilèges réclamés par la noblesse ; cette puissance était-elle politique ou morale? Sommes-nous d’accord, Robertson et moi ? La puissance nobiliaire dérivait-elle des causes que j’ai indiquées ? Robertson en indiquet-il déplus vraisemblables?
Voici l’explication qu’il présente : «Quoique les nobles de France eussent perdu l’autorité légale dont ils avaient joui comme corps, ils avaient conservé les droits personnels et la prééminence qui était attachée à leur rang, La noblesse avait toujours le sentiment de sa supériorité surles autres classes de citoyens ; elle était exemple des taxes dont ceux-ci étaient chargés, et méprisait les occupations auxquelles ils se livraient; elle avait le privilège particulier de prendre des décorations et des marques extérieures qui attestaient sa prééminence ; les nobles étaient traités avec un certain degré de déférence en temps de paix , et s'arrogeaient différentes distinctions en temps de guerre. Plusieurs de ces prétentions n’étaient, il est vrai , ni fondées suides ordonnances, ni dérivées de lois positives;
OPINION DE ROBERTSON. 2g5
mais elles étaient établies et fixées par des maximes d’honneur, dont l’autorité, quoique plus vague et plus arbitraire, n’en était pas moins sacrée. Ainsi les droits de la noblesse, créés et protégés par un principe d’honneur qui la rendait aussi attentive à les conserver qu’intrépide à les défendre , sont devenus pour le souverain même un objet de respect. Partout où ces droits se trouveront en opposition avec la prérogative royale, ils en arrêteront l’exercice. La violence d’un despote pourrait exterminer l’ordre entier des nobles; mais tant que cet ordre subsistera et conservera ses idées de distinctions personnelles, la puissance du souverain aura des limites. »
Ici l’auteur cite en note, comme les autorités sur lesquelles il s’appuie, V Esprit des Lois , liv. i i , ch. 4; et Fergiisson , Histoire delà société civile , part, i , sect. i o.
Il continue ainsi le développement de son système :
a Comme le corps de la noblesse française était très nombreux et très jaloux de sa prééminence , son influence détermina la manière d’exercer l’autorité royale qui distingue particulièrement le gouvernement de ce royaume. Ce corps forma un ordre intermédiaire entre le prince et ses autres sujets ; et dans tous les actes d’autorité il devint nécessaire de respecter les privilèges de cet ordre : il fallut non seulement se garder d’y donner la moindre atteinte réelle , mais ne pas laisser même soupçon-