LIVRE IV, CHAPITRE III
contours d'un spiritualisme logique et conséquent avec luimême.
Dès ce moment , en effet , nous avons le droit de déclarer en déchéance tel la doctrine philosophique qui , expliquant à la satisfaction de chacun les phénomènes de I'univers inanimé , nous forcerait à introduire dans l'étude du monde vivant des notions en contradiction avec une saine interprétation des phénomènes psychologiques. Dès ce moment aussi , et réciproquement , nous avons le droit de déclarer nulle et non avenue telle doctrine qui, ayant la haute prétention d'interpréter les phénomènes psychologiques, échouerait dans l'interprétation du dernier phénomène physique, ou voudrait aller jusqu'à se dispenser d'une interprétation.
Revenons en effet sur nos pas, et examinons d'une manière directe les conditions physiques d'existence du matérialisme et du panthéisme. Cette revue rétrospective nous servira d'introduction à l'étude de I'univers animé , et la simpliûera considérablement.
La réduction de tous les éléments les plus divers en apparence , en un seul, la matière, partout et éternellement identique à elle-même en propriétés : telle est l'équation fondamentale et unique admise par cette doctrine. Mais à cette équation s'impose , en quelque sorte spontanément, un ensemble de conditions des plus rigides.
En tout premier lieu , une propriété ne peut évidemment s'étendre à travers le vide en dehors de la substance qui la possède. Lorsque nous disons, par exemple, que tous les corps s'attirent réciproquement à distance, nous sous-entendons implicitement : 1° ou qu'ils sont poussés les uns vers les autres par quelque matière invisible en mouvement ; 2° ou qu'il se trouve entre eux dans l'espace quelque chose de spécifique qui établit le rapport que nous appelons attraction. L'attraction ne peut donc à aucun titre être appelée , comme on l'a fait si souvent , une propriété de la matière ; et , des
deux interprétations précédentes, la première est la seule qui puisse se concilier avec l'équation fondamentale du matérialisme. En nous y tenant, nous sommes obligés de reconnaître de fait que tous les phénomènes possibles de l'univers ne peuvent plus résulter que des contacts immédiats et intermittents de la matière avec la matière. Mais l'échange intégral du mouvement par chocs ne peut alors plus avoir lieu qu'à la condition qu'il y ait discontinuité dans les parties matérielles qui occupent l'espace ; en d'autres termes % la matière alors ne saurait être quelque chose de continu, remplissant partout l'espace; il faut nécessairement, dans cette hypothèse, qu'elle soit localisée en atomes séparés les uns des autres par le vide absolu.
L'affirmation de l'atome limite et du vide absolu , la négation radicale de la force considérée comme élément spécifique dans l'univers , tels sont donc les deux corollaires nécessaires de l'équation fondamentale du matérialisme.
•Et que mes lecteurs ne pensent point que j'invente ici à plaisir une doctrine spéciale telle, qu'elle se réfute d'ellemême.
. c La force n'est point un Dieu propulseur, un être séparé de « la partie matérielle et fondamentale des choses ; elle est la pro « priété inséparable et éternellement inhérente de la matière. « Une force qui ne serait point liée à la matière est une image «vide de sens » (Moleschott).
« La matière n'est point semblable à une voiture à laquelle « on puisse atteler, ou dont on puisse dételer les forces, comme «des chevaux. » «Les propriétés de la matière ne peuvent ni « s'étendre en dehors d'elle , ni se transporter sur d'autres « matières. » (Du Bois Reymond).
« Rien au monde ne nous autorise à considérer l'existence «des forces comme quelque chose de distinct des corps sur «lesquels elles agissent» (Cotta).
« Une chose sans propriété est quelque chose qui ne peut