LIVRE. IV, CHAPITRE III
«avoir ni réalité objective ni réalité subjective» (Drossbach).
€ La matière ne peut exister sans un échange réciproque « des forces qui lui sont inhérentes , et ces forces elle-mêmes « ne sont autre chose que diverses espèces de mouvements de «la matière» (Buchner).
Les auteurs dont je viens de citer les propositions peuvent à juste titre être considérés comme les penseurs les plus sérieux et les plus logiques que l'école matérialiste compte dans ses rangs : on voit qu'il y a unanimité parmi eux quant à l'ennemi à attaquer et à détruire dans son essence même. Tous ont compris presque instinctivement que la chose essentielle à réfuter, c'est l'existence de la force considérée comme élément distinct dans l'univers. Tous ont compris qu'après cette première négation , celle de l'âme vivante , celle d'une intelligence créatrice deviennent faciles , et que , sans cette - négation première , les deux autres deviennent impossibles.
« En partant de toutes ces considérations , les penseurs «précités ont défini la force: une simple propriété de la matière. . .
« Quelle conséquence philosophique générale découle de « celte constatation aussi simple que naturelle?
«Que ceux qui nous parlent d'une puissance créatrice, « ayant tiré le monde d'elle-même ou du néant, ignorent jus- « qu'aux premiers et jusqu'aux plus simples principes d'une « philosophie naturelle basée sur l'observation ! Comment au- «rait-il pu exister une force qui n'apparaîtrait pas dés Fori- «gine avec la substance , mais qui la gouvernerait arbitraire- « ment et d'après des considérations individuelles ? Bien « moins encore des forces préexistantes et isolées pourraient- «elles se porter sur la matière sans forme et sans loi? Car «nous avons reconnu qu'une existence distincte entre ces « deux choses est dans l'ordre des impossibilités!.... » (Buchner, Force et matière, Leipzig 4862, p. 4 et suiv.).
On le voit ici clairement : démontrer, comme nous l'avons fait, l'existence d'un élément qui, tout en agissant suivant des lois invariables, est capable de tirer la matière du repos ou de l'y faire rentrer sans l'existence d'aucun mouvement antérieur nécessaire, c'était bien réellement réfuter le matérialisme dans sa base même. Et cela de l'aveu des plus puissants défenseurs de cette doctrine»
Ailleurs il ne me sera pas difficile de démontrer que quiconque n'admet dans le monde physique qu'un seul élément, la matière douée éternellement d'une même somme de mpuvement, est soit matérialiste avoué, soit spiritualiste hypocrite ou inconséquent.
Trois erreurs sautent aux yeux dans les diverses propositions que j'ai citées plus haut, et dont tout l'ensemble a été réfuté dans ce travail. Elles sont d'un ordre purement subjectif, relatif à nous; elles reposent sur une violation flagrante du génie même de nos langues.
4° On y confond complètement la force avec les propriétés de l'atome matériel. Une propriété quelconque d'une substance est une qualité spécifique, en vertu de laquelle cette substance, placée dans les mêmes conditions, se comporte toujours de même, soit avec elle-même, soit avec une autre substance. C'est en vertu d'une propriété réciproque symétrique et immuable que l'élément matière est soumis à l'action de l'élément intermédiaire se manifestant comme force; mais la manifestation force n'est pas plus une propriété de la matière que la matière n'est une propriété de la force : ces deux assertions seraient aussi absurdes l'une que l'autre.
2° On y confond tout aussi complètement le mouvement avec la force ; ce qui est radicalement faux et absurde même en toute hypothèse sur la force, et quand elle ne résiderait que dans l'atome lui-même (p. 235). Hélas ! combien de prétendus spiritualités ne sont-ils pas tombés dans cette même erreur!