‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 103 sur 183 · LIVRE IV, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE III

« 3° La force et la matière ne peuvent pas être séparées « Tune de F autre : elles ne peuvent pas même être conçues « Tune sans l'autre ; car c'est Tune qui nous fait connaître d'autre. Donc elles ne font qu'une» (Buchner).

Présenté par l'école matérialiste , ce raisonnement est tout simplement un non-sens. Du moment qu'on fait <le la force une qualité , une propriété de la matière , il est bien clair qu'on ne peut plus même l'en séparer par la pensée ; mais dès ce moment aussi on cesse de considérer la force comme quelque chose qui agit en dehors de l'atome , de manière à mettre en rapport deux atomes séparés par un espace non occupé par d'autres atomes. Dire que la matière ne peut pas être séparée de ses propriétés, même idéalement, c'est dire quelque chose de par trop évident ou de par trop absurde,, selon le sens qu'on attache au mot de propriété.

Il est bien çvident que, par aucun procédé de laboratoire, nous ne pourrons jamais séparer l'élément matière de l'élément dynamique. L'un des attributs essentiels de celui-ci , c'est d'être partout dans l'espace; nous ne pourrions donc point l'isoler en un lieu défini sans le dépouiller de ses propriétés. Mais un exemple, en quelque sorte grossier, peut servir ici de démonstration encore plus palpable. Le fluor, jusqu'ici, n'a pu être séparé des autres éléments chimiques, avec lesquels il se combine (hydrogène, métaux etc.); passera-t-il jamais par la tête d'un chimiste de nier par celte raison l'existence de cet élément, ou de dire qu'il ne fait qu'un avec ceux auxquels il s'unit? Il est bien évident que c'est par la matière que nous connaisssons l'élément dynamique, et réciproquement. L'élément intermédiaire , avonsnous dit , joue dans la nature le rôle de principe révélateur entre les êtres distincts. La lumière, par exemple, nous fait connaître à distance les corps qui l'émettent ou qui la réfléchissent; et sans ces corps, la lumière ne serait ni émise ni réfléchie : mais résulte-t-il de ces évidences physiques quoi

que ce soit qui infirme l'existence distincte de la lumière et de la matière? Assurément non ; et c'est bien ptatôt le contraire qui ressort ici de ces faits. L'analyse rigoureuse des faits, sous mille faces différentes, nous a montré que, tandis que l'espace infini est partout rempli d'une certaine substance que nous avons appelée élément dynamique ou intermédiaire , il ne l'est qu'en certaines parties , et dans des limites arrêtées, définies, par une autre substance que nous appelons la matière. Nous sommes donc pleinement en droit de conclure à la distinction actuelle de ces substances, et il nous est absolument interdit de les dénommer de même. La question, pour nous , se borne exclusivement à savoir si l'une de ces substances est une émanation , une transformation de l'autre, ou si elles sont à jamais distinctes.

L'objection que nous venons de réfuter, et qui est absurde dans la bouche d'un matérialiste, est, au contraire, logique dans celle d'un panthéiste , et la question finale en laquelle elle s'est résumée est la question vitale du panthéisme.

Cette question est aujourd'hui tranchée pour nous, au moins par deux de ses faces.

Si quelque chose, en effet, est bien démontré par nos sciences d'observation, c'est certainement l'invariabilité de la quantité de matière présente dans l'univers. Et non seulement il n'y a pas un fait qui légitime l'idée d'une transmutabilité possible de cet élément en un autre , mais , comme nous l'avons vu , il n'est plus même soutenable que les individus qui forment l'élément générique matière, que les éléments chimiques puissent changer de personnalité et se transformer les uns en les autres.

D'un autre côté, nous avons reconnu ce que sont les prétendues transformations des divers éléments individuels qui constituent l'élément générique intermédiaire. Ce sont des substitutions dynamiques , et nullement des changements de personnalité.

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