‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 105 sur 183 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Aperçu général. — Double point de vue sous lequel se présente naturellement

l'étude des êtres vivants.

Nous voici arrivés à la partie tout à la fois la plus limitée et la plus élevée de notre sujet.

La plus limitée. Tandis que, dans les profondeurs les plus reculées de l'espace, nous avons pu trouver expérimentalement les preuves de la présence de I'élément matière et de I'élément intermédiaire, tandis que nous n'avons même pu assigner de bornes à cette partie de l'univers que nous avons dû appeler le monde inanimé; I'univers animé, au contraire, se confine, pour notre expérience, à la surface de ce grain de sable égaré dans l'espace, dont l'homme a si longtemps fait le centre de l'univers, pour s'en intituler le roi. Ce n'est que par la puissance de la pensée, et ici il est vraiment roi, que l'être intelligent sait trouver à la surface des autres globes d'autres êtres vivants et pensants comme lui.

La plus élevée, objectivement et subjectivement. Si grandiose ,#si admirable que soit le mécanisme des cieux, si mystérieux que soit encore pour nous le jeu des forces dans l'immensité de l'espace et du temps, il n'en est pas moins vrai

que l'organisme et les fonctions si éphémères du plus minime des êtres vivants surpassent encore en merveilles tous les mystères et toutes les splendeurs du Grand Abîme. Telle est la vérité au point de vue objectif, à celui de la réalité des choses. Mais ici, le côté subjectif, le point de vue humain, que dans notre analyse nous avons si souvent relégué à l'arrière-plan, reprend des droits imprescriptibles. Notre sort à nous, rois de ce globe, est le même ici-bas que celui du moindre de nos sujets. Nous passons comme l'herbe des champs, et les plus grands d'entre nous ne brillent qu'un moment comme la fleur, heureux quand, comme elle, ils répandent un arôme bienfaisant, et non une vapeur léthifère. Qu'avec Descartes et Malebranche nous fassions de l'animal un automate, et de la plante un phénomène physique, ou qu'avec saint François nous appelions l'hirondelle «notre sœur,» et qu'avec le doux Fechner nous fassions de la plante un être sensible, toujours est-il qu'en ce monde il y a entre tous les êtres vivants égalité de droits devant le trépas. Les vers, les insectes sont nos frères du sépulcre! Dans l'étude impartiale de l'un quelconque de ces petits, nous retrouvons les mystères de notre propre organisation transitoire; et lorsque l'orgueil ne nous a pas frappés d'une incurable cécité , nous trouvons dans les fonctions de l'un quelconque d'entre eux, ce ressort, ce souffle, dont pour nous-mêmes nous redoutons tant l'extinction, dont nous espérons tant voir Se prolonger l'existence au delà du tombeau : la vie, en un mot, dans sa plénitude.

A un point de vue tout personnel et des plus légitimes, l'étude des plus minimes des êtres vivants est pour nous du plus grand intérêt, car c'est l'étude, tout au moins partielle, de notre propre individualité. Le chercheur qui aura su trouver comment naît un de ces petits, nous aura appris par contre-coup comment naît le maître de cette terre!

Notre égoïsme, et cette fois dans l'acception légitime du

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