LIVRE V, CHAPITRE
mot, est tellement impliqué dans cette étude, que ce que l'analyse de I'univers animé perd en grandeur géométrique , elle le gagne en grandeur idéale !
L'étude de la vie a de tout temps été le but suprême des efforts des penseurs. C'est à l'interprétation des phénomènes de la vie que se sont exercées surtout les trois grandes doctrines que, dans ce travail, nous avons à plusieurs reprises soumises à l'épreuve des faits. L'une d'elles, remontant de la matière à I'ame , a , en quelque sorte, éteint sur sa route tout ce qu'elle prétendait expliquer; l'autre, descendant de Y esprit pur à la matière, n'a que trop souvent enlevé aux deux leur réalité substantielle, ou bien, dotant à son insu la matière des qualités de la vie, elle n'y a plus vu qu'un ennemi à dompter. La troisième , par une généreuse exagération d'une idée juste et élevée, a effacé toutes les lignes de séparation, et a confondu en un même tout vivant les parties distinctes, dont l'aspiration la plus énergique est précisément l'individualité.
L'examen patient et approfondi auquel nous avons soumis le monde physique, nous fait la partie belle maintenant, et nous facilite étrangement l'étude du monde vivant. A une méthode prudente et presque cauteleuse d'investigation , nous pouvons désormais, sans crainte, substituer une marche rapide et directe. Tandis que nous avons, par tous les moyens possibles, dû nous convaincre que, pour l'interprétation correcte des phénomènes physiques, quels qu'ils soient, deux éléments génériques sont nécessaires et suffisants, ici nous pouvons poser carrément, sauf à la démontrer après coup, la nécessité de l'existence d'un troisième genre d'ÉLÉMENTS, sans lesquels il n'y aurait pas de vie possible, et qui constituent la vie par la réalité même de leur existence. Nous avons, en effet, laissé bien loin derrière nous l'une de nos doctrines : le matérialisme est pour nous mort en route. Une théorie qui ne sait interpréter logiquement la formation d'un cristal ou la
marche d'une horloge, ne saurait aspirer à nous expliquer la pensée. Nous avons épuré et consolidé le spiritualisme, en en réfutant cette forme mystique qui prétend ne trouver dans l'univers qu'esprit pur et matière, et qui ainsi a donné au matérialisme le plus de solidité et le plus déraison d'être. L'un des faits dont la réalité est ressortie avec le plus d'énergie, c'est la permanence de l'individualité , tout au moins générique, des deux genres d'éléments dont l'existence s'est révélée à nous dans le monde inanimé. Cette permanence est en pleine contradiction avec l'assertion fondamentale du panthéisme ; elle ne réfute pas encore cette grande doctrine dans sa totalité, mais elle lui enlève du moins sa vraie force d'existence; toute idée de transmutabilité étant bannie de l'univers inanimé, nous n'avons plus trop le droit d'affirmer a priori cette idée dans le monde vivant.
Je dis que nous pouvons désormais nous abandonner à une marche plus rapide : c'est à condition pourtant qu'elle reste toujours prudente et sûre d'elle-même.
Si la nature se pliait à nos classifications arrêtées , si les doctrines elles-mêmes par lesquelles nous interprétons les phénomènes de l'univers pouvaient se renfermer exclusivement dans les limites définies que nous leur assignons méthodiquement à un moment donné , notre travail serait dès à présent des plus faciles; nous n'aurions plus aucun doute à éliminer. Le matérialisme étant réfuté radicalement, le panthéisme étant en quelque sorte annulé dans sa moitié, il ne nous resterait plus qu'à mettre le spiritualisme en harmonie avec le progrès de l'ensemble de nos sciences , sans nous occuper de démontrer encore la vérité de cette interprétation, désormais unique.
Tel n'est pas notre cas cependant, il s'en faut. L'homme ici-bas semble prédestiné au doute; chaque nouvelle conquête qu'il fait sur l'obscurité, chaque pas décisif qu'il fait vers la vérité, semblent faire renaître de nouvelles énigmes. Hydre