‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 107 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I

aux cent têtes, le doute nous suit pas à pas au milieu de nos triomphes, et une brume trompeuse s'obstine à nous voiler l'horizon. La matière seule ne suffit pas pour expliquer les phénomènes de ce monde, si faussement appelé Y univers matériel; la thèse de l'unité des forces, qui a aujourd'hui tant d'adhérents , même dans les écoles philosophiques dont elle est l'ennemie mortelle ; cette thèse, qui n'est autre chose que la négation de la force, est, nous le savons, une grande erreur moderne. L'atome matériel, sans l'élément dynamique, ne saurait expliquer le dernier des phénomènes physiques, ou chimiques, ou mécaniques. L'atome matériel, sans l'élément dynamique, ne saurait expliquer non plus la moindre cellule organique. La pensée, qui sait découvrir les mondes dans l'espace et le temps, les peser et en indiquer le cours, n'est point l'œuvre de ce Dieu là ! C'est ce qu'il serait même absurde de chercher à démontrer.

Mais à peine avons-nous réduit les limites de l'empire de la matière, à peine avons-nous réduit à néant les assertions les plus audacieuses du matérialisme, à peine avons-nous réfuté le panthéisme lui-même par une de ses faces, que nous voyons naître une doctrine nouvelle, mille fois plus puissante peut-être.

Nous avons nettement limité les attributs de la matière, cela est certain. Mais ce que nous lui avons vu perdre en puissance est allé directement accroître les attributs d'un autre élément constitutif, de I'élément intermédiaire, delà force. Tandis que nous avons pu assigner à l'atome matériel le caractère essentiel du fini, dans l'espace et dans le temps, nous avons vu l'autre élément prendre un caractère tout à fait transcendant.

La question qui maintenant se présente presque spontanément à l'esprit est celle-ci : les forces du monde inanimé ne nous suffisent-elles pas pour expliquer complètement les phénomènes du monde organique, de la vie?

Cette question, qui est désormais la seule à laquelle nous ayons à répondre sous toutes les faces , renferme toute une doctrine philosophique. Ce n'est plus le matérialisme, ce n'est plus le panthéisme, mais c'est bien moins encore le spiritualisme. Cette doctrine, que nous pouvons appeler le pandynamisme, est née tout entière dans nos sciences modernes ; et ce n'est qu'à l'aide de ces sciences que nous pouvons la réfuter.

Tandis que l'on a pu de tous temps trouver des arguments valables contre le matérialisme et le panthéisme en faveur du spiritualisme, sur un terrain complètement distinct des sciences naturelles, tandis qu'on a pu créer, par exemple, une psychologie qui ne touche que par des points très accessoires à la physiologie, à la physique, à la chimie, il est impossible, au contraire, d'attaquer le pandynamisme moderne avec des armes étrangères, avec des arguments cherchés ailleurs qu'au sein de la force elle-même.

C'est là évidemment ce qui inspire une crainte , presque légitime en un sens, et même de l'aversion pour l'étude des sciences , à certaines personnes qui tiennent avant tout au repos de leur esprit, qui ne se sentent pas assez de force pour scruter, pour creuser longtemps un même sujet. Ces personnes, il est vrai, ressemblent passablement à l'enfant qui croit se mettre hors de certains dangers , qui croit devenir invisible en fermant les yeux ou en se cachant la tête; elles s'imaginent que c'est créer un ennemi. que d'en parler; elles se persuadent volontiers que pour réfuter une négation pénible, il suffît de penser à autre chose, ou d'empêcher les autres d'y penser.

L'étude analytique de la constitution élémentaire des êtres vivants se présente à nous sous deux faces , qu'il importe de distinguer soigneusement.

Nous pouvons et nous devons les considérer dans l'espace, abstraction faite de l'idée de succession, c'est-à-dire tels

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