LIVRE V, CHAPITRE II
oiseaux, replites ; l'animal, la planle, avec le corps humain, se trouvaient réduits au rôle de simples machines, xjue Ton pouvait admirer comme telles sans se compromettre. En affirmant qu'il existe des êtres vivants sans âme , on laissait supposer qu'il peut aussi exister des hommes sans âme! On. changeait en une réalité une figure de rhétorique , trop souvent juste, hélas! J'ai stigmatisé ailleurs, et dans les jseuls termes qu'elle mérite , celte concession faite par le matérialisme aux idées dominantes d'une époque. Lorsque, par suite de la lâcheté de ses adeptes, une doctrine philosophique descend à l'hypocrisie, elle est encore plus condamnable pour l'idée vraie qu'elle affecte d'accepter que pour l'erreur qui fait sa base !
La distinction entre la vie et l'âme a, disons-nous, une origine multiple : elle repose aussi sur des raisons plus avouables que celles que je viens de signaler, sur des raisons qu'un honnête homme peut du moins discuter sans avoir à rougir pour le prochain.
Je laisse complètement de côté les arguments déclamatoires qui ont prise sur tant de personnes, quant à la pureté de l'âme et quant à l'impureté prétendue du corps. Cette dénomination d'impures , donnée à certaines fonctions physiologiques de notre corps , fût-elle aussi fondée qu'elle est au contraire absurde, elle ne légitimerait pas encore l'odieuse imputation faite au Créateur d'avoir logé uneânje pure et divine dans une impure prison, dont un autre être antagoniste, dont une force aveugle serait l'organisateur, le seigneur et maître! Ce qui est fort souvent impur, ce n'est point notre organisme, c'est l'usage que nous en faisons , ce sont les pensées de cette âme, qui se dit si pure. Cela n'est pas commode à avouer; mais notre bon sens et notre conscience nous crient que c'est là qu'est la vérité.
Passons donc à l'examen des arguments avouables et scientifiques.
Dans Tordre de ses fonctions psychiques, l'un des attributs les plus distinctifs et les plus élevés de l'âme, c'est d'avoir continuellement la conscience de ses opérations-, d'avoir presque toujours cette liberté , cette spontanéité d'action qui fait échapper à jamais ses actes aux mathématiques; c'est tout au moins de savoir encore ce qu'elle fait, alors même qu'elle n'est plus libre de faire ou non.
Le caractère saillant, au contraire, d'un grand nombre de fonctions de notre organisme , c'est qu'elles s'accomplissent à notre insu, souvent malgré nous, et en tous cas en dehors de l'empire conscient de notre volonté. Tout l'ensemble des phénomènes de nutrition et leurs conséquences : croissance, temps d'arrêt, déclin de l'être, renouvellement continu- de ses parties constituantes etc., etc., tout cela s'accomplit à notre insu et, en apparence du moins, contre notre gré.
Cette opposition apparente de caractère entre tes fonctions psychiques et les fonctions physiologiques de l'être vivant est frappante : elle forme la raison la plus spécieuse d'une distinction nominale entre l'élément ànimique et la prétendue force qui donne lieu aux phénomènes organiques.
Comment, dit-on, l'âme pourrait-elle diriger sans le savoir toutes les opérations qui se font dans notre corps?
Cette raison serait peut-être plus que spécieuse, elle aurait une valeur réelle si, entre les actes que nous exécutons avec pleine conscience, qu'il s'agisse de la pensée pure ou des mouvements du corps, et les actes qui s'accomplissent à nôtre insu dans notre organisme , il n'y avait pas tout un ensemble de phénomènes de transition qui lient de la manière la plus intime les extrêmes en apparence inconciliables. Mais l'étude la plus superficielle de ce genre de phénomènes réduit complètement à néant la valeur objective de la raison ici discutée.
L'acte de la respiration , nous le savons tous, ne peut être interrompu impunément pendant un temps même relativement