LIVRE V, CHAPITRE II
riaux, s'il lui fallait réellement reprendre un jour son enveloppe terrestre !
Nous venons de caractériser aussi énergiquement quç possible le besoin qu'a I'élément animique du concours de son instrument pour se manifester sous toutes ses faces , la sou* dure puissante qui le lie aux éléments du monde physique. •Le sceptique le plus incarné, le matérialiste le plus positif ne pourra pas nous reprocher d'avoir repoussé dans l'ombre le plus petit fait en apparence favorable aux idées de négation relatives à l'existence d'un élément supérieur. doué des attributs de la vie.
L'ordre de faits des plus positifs que nous avons passé en revue prouve jusqu'à l'évidence que I'élément animique est doué de propriétés physiques relevant de sa nature même, absolument comme l'est I'élément matière, comme l'est
I'ÉLÉMENT DYNAMIQUE. L'ÊTRE ANIMIQUE et VIVANT n'est point
un prisonnier temporairement enfermé dans un obscur cachot, à travers les lucarnes duquel lui arrivent un jour douteux et des notions douteuses sur ce qui se passe au dehors.
C'est un principe constitutif de l'univers temporairement soudé , par suite de ses propriétés mêmes , à d'autres principes , et donnant lieu par ce contact à des phénomènes d'un ordre spécial. Mais y a-t-il , dans les faits si précis que nous avons examinés , quoi que ce soit qui infirme l'existence même de cet être, comme unité distincte? Nous allons voir bientôt que c'est bien plutôt le contraire qui saute aux yeux, et que cette soudure de l'élément animique à d'autres éléments , non seulement ne masque point la réalité de son existence distincte , mais même ne masque aucun de ses attributs essentiels.
I. «Qu'est-ce qu'une âme qu'une fièvre fait délirer, qu'un « verre de vin généreux égaie , que deux verres souvent abrutissent, font descendre au-dessous de la brute, que quel- « ques centigrammes d'opium, de haschisch... endorment^ font
«déraisonner, rendent folle de joie ou de fureur? Qu'est-ce « qu'une âme que le plus petit dérangement dans l'organisme «force souvent à juger, à comparer, à imaginer de travers, «à divaguer? Que sont donc cette liberté , cette spontanéité, «celte conscience d'elle-même, cette sublime faculté de pen- « ser, tant vantées ? Cette âme n'est-elle pas plutôt le cerveau «lui-même avec ses dépendances? »
Tels sont l'argument et la conclusion finale que l'école matéraliste proclame triomphalement à l'appui de sa doctrine. Telle est l'opinion philosophique d'un grand nombre de penseurs très jeunes, qui plus tard se rangent, deviennent bons pères de famille, fervents défenseurs du trône et de l'autel, lorsqu'ils ont reconnu qu'il n'est pas facile de penser juste, et qu'il est plus prudent et plus commode de ne pas penser du tout.
Qu'un tel argument, loin d'être sérieux, soit essentiellement puéril , c'est ce qu'il est facile de rendre évident.
Nous disons qu'un organe, qu'un instrument spécial est nécessaire à l'élément animique, tout à la fois, pour se mettre en rapport avec le monde externe et pour s'y manifester. 11 résulte de là visiblement que si, par une raison ou une autre, cet appareil est ou mal construit, ou temporairement lésé et dérangé, les rapports de l'élément animique avec le monde externe seront faussés , et ses manifestations externes , comme ses rapports avec lui-même, le seront aussi. Si , par exemple, pour une cause ou une autre, interne à l'individu, les sens de l'ouïe, de la vue, du tact...., l'organe delà mémoire..., sont dérangés et ébranlés , comme ils le seraient par un phénomène externe et réel , il est clair] qu'ils simuleront pour nous les sensations, les images qui correspondent à ce phénomène. Tous nos raisonnements, tous nos jugements, tous nos sentiments même, seront altérés par ces rapports, ou fictifs, ou mensongers, de nos organes : pour un témoin externe, qui ne saura ce qui se passe en nous, nous déraison-