‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 125 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

savons tous à quel degré la couleur de nos idées , à chaque moment, reflète celle des circonstances externes les plus étrangères en apparence à ce qui nous occupe; nous savons à quel degré presque désespérant l'état de notre santé intervient, de manière à faciliter ou à rendre impossibles les opérations de l'esprit. Une hygiène des plus sévères est nécessaire au penseur qui veut produire une œuvre durable ; l'artiste sensé sait qu'il lui faut attendre l'inspiration ; il se garde de la forcer par des moyens artificiels. Tout excès physique ou intellectuel, en plus ou en moins, se paie temporairement ou définitivement, dans notre aptitude à produire des idées : car tout excès produit une lésion, une rupture de l'équilibre dans les fonctions de l'organisme, et celles-ci, soit directement, soit par un effet réflexe, atteignent telle ou telle partie de l'instrument à l'aide duquel nous pensons. Nous disons telle ou telle partie. L'organe cérébral, en effet, est bien loin d'être une masse partout identique à ellemême en fonctions; et d'après les données de là physiologie, convenablement interprétées, il paraît certain que chaque faculté intellectuelle a son clavier spécial , sans lequel il lui est impossible de se manifester. Ainsi, par exemple, un organe spécial dans le cerveau nous est tout aussi indispensable pour nous souvenir, que l'œil nous est indispensable pour voir.

Je dis : c'est presque à l'aide de l'organisme que l'élément aniraique vit! Ici-bas, bien entendu. C'est, en tous cas, à l'aide de cet organisme que se manifeste tout l'ensemble des phénomènes de la vie de relation. Il arrive, en effet, une période dans la journée où les rouages de l'organisme , fatigués par le travail, réclament le repos : I'élémenï animique semble perdre alors sa spontanéité d'action ; il passe en quelque sorte à un état passif, et ne se manifeste plus que par sa puissance plastique : les phénomènes de la vie de nutrition seuls continuent sous son influence. Un sommeil bienfaisant vient,

comme l'eau du Léthé, éteindre temporairement jusqu'au souvenir de la peine, de la joie, des durs labeurs du jour, et ce sommeil, ou repos de l'organe cérébral, est aussi nécessaire au maintien de l'intégrité de l'organisme entier, que la nourriture, solide, liquide ou aérienne elle-même.

En un mot , il n'est pas une seule des fonctions de I'élément animique qui puisse, en ce monde, s'accomplir sans* l'aide des éléments de I'univers inanimé, groupés d'une certaine façon tout à fait spécifique, de manière à constituer un appareil sui generis.

Si, des données élémentaires delà science, nous passons aux idées que les hommes en général se font sur la nature de l'être animique, aux opinions qui ont été posées presque comme dogmes par toute une école, nous irons beaucoup plus loin encore; et, je le dis dès à présent, nous irons beaucoup trop loin, dans la direction que je viens de faire ressortir. Non seulement l'homme simple et naïf, mais même l'homme dont l'intelligence a été cultivée, ne peuvent pas concevoir leur être pensant sans lui adjuger un corps; mais ils arrivent presque toujours à douter de l'existence même de cet être, lorsque l'expérience directe, l'observation leur montre que rien de visible, rien de palpable ne s'échappe de l'organisme que la mort vient d'atteindre! El de ce côté, lespirilualisme mystique n'a-t-il pas renchéri sur le matérialisme le plus radical? Non seulement il s'est plu à nous doter, dans une autre vie, d'un corps, glorieux il est vrai, ce que la raison peut très bien admettre, mais il a été jusqu'à remettre chacun de nous en possession de son propre corps d'ici-bas ! On a oublié, ou plutôt on ne savait pas, que le corps du même homme se renouvelle plus d'une fois en totalité pendant son

existence organique ; que les molécules qui forment actuellement notre corps ont fait ou feront bientôt partie de tel autre corps, vivant ou non, de la surface de cette terre! Notre âme, en vérité, serait bien embarrassée sur le choix de ses maté-

Page 1