LIVRE V, CHAPITRE II
pelle la nosologie! Contenions-nous cependant, pour le moment , de nous arrêter à ce seul point de vue.
Il est pour le moment absolument impossible de dire en quoi les substances aptes à servira l'organisation diffèrent de celles qui y sont impropres. On a cru d'abord que le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote peuvent seuls entrer dans l'organisme, parce que seuls, parmi les autres éléments chimiques, ils peuvent contracter un nombre prodigieux de combinaisons dont les propriétés sont très différentes, bien que souvent les proportions des éléments constituants n'y diffèrent que très peu de l'une à l'autre. Mais cette explication repose sur une double erreur. D'une part, en effet, un très grand nombre d'éléments chimiques, que l'on considérait comme purement accessoires ou même accidentels dans le corps de l'être vivant , y sont tout aussi essentiels que les quatre que nous venons de citer. Le chlore, le fluor, l'iode, le phosphore, le fer, le calcium , le potassium , le sodium... ne pourraient pas plus qu'eux être refusés impunément à notre organisme, par exemple ; ces derniers , sans doute, s'y trouvent en moindre quantité que les quatre autres; mais c'est peut-être précisément là le côté le plus frappant , à savoir que quelques cent millièmes d'iode, de fluor... doivent être considérés comme nécessaires, comme essentiels à l'être dans son ensemble. D'autre part, les progrès de la chimie dite organique nous ont amenés à reconnaître que le chlore, l'iode, le brome, le phosphore, l'arsenic... peuvent dans bien des combinaisons organiques se substituer soit à l'oxygène, soit à l'hydrogène , soit au carbone , et produire ainsi de nouveaux composés du même ordre ; et cependant ces produits remarquables de nos expériences de laboratoire ne pourraient pas être introduits impunément dans l'organisme vivant. En troisième lieu, d'ailleurs, il n'y a rien d'absolu à établir quant aux éléments ou quant à leurs combinaisons, propres ou impropres à l'organisation ; en d'autres termes, ce qui est normal et es-
sentie] à tel organe, serait fatal à tel autre ; le fer, le soufre, le phosphore... sont indispensables ici; ils sont éliminés comme superflus ou nuisibles ailleurs.
Si nous ne savons pas jusqu'ici pourquoi la vie a besoin de tels éléments pour organiser et pourquoi elle en rejette tels autres, nous ne savons pas plus sur quoi reposent les phénomènes spécifiques produits dans l'organisme lorsque nous lui imposons ces derniers; et l'on a fait de tous temps les plus grands efforts pour expliquer l'action qu'y exercent ces substances qui s'y manifestent comme ennemies, comme poisons. Action pénible, douloureuse et presque toujpurs malfaisante quand l'être vivant est à son état normal , quand il est bien portant; action au contraire fort souvent bienfaisante, curative, quand l'être est malade, et quand le poison est bien choisi, qualitativement et quantitativement.
Dans ces dernières années, quelques chimistes ont essayé de rapporter à l'affinité chimique tous les phénomènes toxiques et physiologiques provoqués par les poisons. Si l'arsenic, le mercure, l'or... sont mortels, lorsqu'à dose même réduite ils pénètrent dans l'organisme d'un être vivant, c'est, dit-on, parce que ces corps ont une grande affinité pour certaines matières organiques ; c'est parce qu'ils peuvent former des combinaisons très stables avec plusieurs milliers de fois leur poids d'albumine , de fibrine , par exemple , et qu'ainsi ils soustraient à l'action de la vie , ils paralysent des organes essentiels tout entiers. La conséquence de cette explication, c'est que , pour arrêter un empoisonnement, il suffirait d'introduire dans l'organisme une autre substance qui ait encore plus d'affinité pour le poison que les matières organiques qu'il tend à saisir.
Disons-le de suite, cette explication, non seulement manque complètement de généralité, mais elle n'est pas même suffisante dans le très petit nombre de cas où elle peut s'appliquer. La chimie est absolument incapable d'expliquer l'ac-