‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 129 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE II

lion foudroyante de l'acide hydrocyanique, de la strychnine, de l'atropine , des poisons le& plus rapides et les plus redoutables en un mot. Il existe d'ailleurs un grand nombre de corps qui exercent une action physiologique très énergique dans l'organisme, et qui pourtant ne s'y fixent nulle part, ne font que le traverser et sont rejetés tels quels. Et quant aux poisons métalliques, cités plus haut, chacun sait que leur action est en quelque sorte double, ou plutôt qu'elle se partage en deux périodes. Le poison (pris à haute dose) commence par agir localement et chimiquement: il produit ainsi des désordres, souvent mortels, dans l'estomac, dans les intestins; puis il est absorbé; il l'est même de suite, s'il est pris à dose réduite, et alors se manifestent des phénomènes spécifiques tout à fait distincts des précédents, et du même ordre que ceux que déterminent, par exemple, les poisons végétaux ou autres. Dans la première période, les évacuants et les contre-poisons chimiques peuvent être utilement employés ; dans la seconde période, le médecin a affaire à une maladie proprement dite, qui tantôt se guérit d'elle-même, tantôt réclame un traitement spécial : traitement qui, chimiquement parlant, n'a plus aucun rapport avec le poison ingéré. Et si par malheur ici le médecin se préoccupe de l'idée de poursuivre le poison avec un réactif chimique, le malade peut être sûr d'être empoisonné une seconde fois.

Lorsqu'en étudiant un mélange ou une combinaison de matières organiques, le chimiste parvient à isoler un de ces corps à caractères constants et bien définis qu'on appelle principes immédiats, il ne sait pas le moins du monde si ce corps est ou non un poison: fût-il même extrait d'un mélange des plus toxiques; pour savoir à quoi s'en tenir à cet égard, il faut qu'il V essaie sur un être vivant. Il y a bien plus: lorsqu'une combinaison renferme un corps ordinairement vénéneux, il est absolument impossible au chimiste de dire à l'avance si cette combinaison elle-même est vénéneuse ou non.

L'arsenic, le phosphore, le soufre, à l'état libre, ont chacun une action très définie sur l'organisme de l'homme et des animaux supérieurs ; les deux premiers, on le sait, sont des plus vénéneux. Ces trois corps peuvent se combiner avec l'oxygène et former, entre autres, trois acides très puissants qui, comme tels, ont les mêmes caractères généraux: eh! bien, tandis que dans l'acide arsénique les propriétés physiologiques de l'arsenic subsistent, tandis que c'est même là le poison arsenical le plus violent, l'acide phosphorique et l'acide sulfurique , suffisamment étendus d'eau , peuvent être pris sans nul danger et sous forme d'agréables limonades acides: les propriétés physiologiques du phosphore et du soufre y ont disparu. La chimie, en un mot, n'explique rien quant aux phénomènes physiologiques.

J'ai dit qu'une fois qu'un poison a été absorbé par l'organisme, il y détermine une maladie proprement dite (bien qu'artificielle). Il est plus correct de dire que toute maladie est un empoisonnement proprement dit, c'est-à-dire le résultat d'une lutte de la puissance plastique de l'élément vital contre une cause de désordre, de rupture d'équilibre, qui a fait invasion dans l'organisme. Cause qui peut être d'ailleurs chimique, physique, mécanique, morale même; cause qui peut venir du dehors, ou naître au dedans par suite de conditions défavorables, soit physiques, soit psychiques. Ce qui est remarquable dans cette lutte, c'est l'énergie avec laquelle l'élément animique tend sans cesse à ramener les choses à leur- état normal. Sur cette tendance reposent au fond toutes les ressources de la médecine ; et lorsque le médecin, avec beaucoup de raison d'ailleurs, dit qu'il ne peut que venir en aide à la nature, cela veut dire en termes plus précis qu'il ne peut que faciliter les efforts que fait la puissance plastique pour ramener l'organisme au plan primitif et normal, tracé en virtualité dans l'être animique.

. Le côté remarquable de l'action d'un grand nombre de

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