‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamique. Analyse élémentaire de l'universChapitre 160 sur 183 · LIVRE V, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE III

un mot, au degré près (et non à un abîme près), chez la plante comme chez l'homme. Le cinquième, qui est à dire vrai Fattribut cardinal, est-il présent aussi? La plante a-t-elle dans de certaines limites, et au degré près, l'affectivité?

Ainsi présentée, cette question provoquera le rire de tout le gros public, lettré et illettré. Elle ne fera sourire aucun homme sérieux et sensé, qui aura su regarder ce qui se passe dans le calice d'une fleur; ou pour parler plus vrai, le rire semblera à cet homme un blasphème. Pour le public, la fleur n'est qu'une beUe chose; pour l'homme de science, l'ensemble de la floraison est un acte, aussi solennel dans le règne végétal que dans le règne animal ; acte inspiré par un besoin physique pour la conservation des êtres, mais répondant chez tout être vivant à une aspiration psychique. Devant les faits surabondants groupés avec ordre et talent par Boscowitz, devant ceux qu'en plus petit nombre, mais avec un coloris de pudeur charmante, a esquissés E. Noé, il est absolument impossible de nier ici l'analogie physiologique et psychique des deux règnes. Quelques citations prises au hasard suffiraient pour prouver presque matériellement ce que je dis ; mais je me fais autant scrupule de déflorer de beaux livres que d'effeuiller une belle fleur. Je me borne à conclure ce que chacun de mes lecteurs a peut-être conclu depuis longtemps déjà.

Aux yeux du vulgaire, la plante est à peine un être vivant. Que dis-je! l'artiste, dont le génie et la mission sont de faire vivre même ce qui est déjà mort, l'artiste la considère comme une chose : le peintre de fleurs est appelé peintre de la nature morte! Pendant long temps, certains botanistes ont vu dans le végétal un produit des forces ordinaires du monde inanimé. Tout cela cependant est faux; tout cela repose sur des préjugés, sur des fautes d'observation presque élémentaire. Et nous, hommes de science du dix-neuvième siècle, gerit réputée si sèche et si prosaïque, nous dirons : «Si l'homme est animé, la plante l'est aussi. »

: Nous ajouterons ; ' ■

La plante existe, comme nous, en vertu de là présence et* de l'activité d'un élément transcendant, d'une nature abso-» lument différente de celle des éléments de l'univers inanimé. Cet élément est analogue en nature à celui qui nous constitue: analogue, mais non identique, mais spécifiquement distinct;' appelé à des fonctions d'un autre ordre; inférieur en titre: autant qu'on voudra, mais non infiniment inférieur.

Et nous dirons encore une fois: il n'y a dans l'univers animé d'autres abîmes que ceux qu'y créent notre orgueil et. notre sottise.

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