LIVRE V, CHAPITRE IY
justes, nous devons ajouter qu'en réalité Darwin n'a guère été plus loin qu'eux en fait de transmutabilité : lorsqu'il demande timidement si le chien , le loup , le renard ne pourraient pas avoir une origine commune , il est certes aussi logique que ceux qui affirment d'une manière tranchée, que l'Esquimau , le Nègre et l'Européen sortent d'une même paire primitive.
Si, après ce qui précède, nous examinons la valeur de l'opinion des personnes qui appuient la doctrine de l'unité d'origine des races humaines sur les textes sacrés, nous sommes du coup frappés des énormes contradictions auxquelles conduit un pareil point de départ. Les historiens qui ont discuté les données chronologiques de l'Ancien Testament s'accordent à dire que l'arrivée de l'homme sur cette terre remonterait à environ sept mille ans (au plus). D'un autre côté , il est bien démontré que les races nègres , et d'autres aussi , existaient déjà telles quelles , il a quatre mille ans (au moins). C'est, par suite , de trois mille années (au plus) qu'on dispose pour opérer la transmutation de la race primitive en races des plus diverses. Or nous venons de voir qu'un pareil intervalle de temps n'est en quelque sorte qu'une seconde par rapport au temps réel qu'il faudrait pour opérer toutes ces pernfbtations de racés , supposées possibles. On est donc obligé de changer les sept mille ans en des centaines de mille, pour fixer l'époque de l'apparition de l'homme sur la terre. Je n'ai pas besoin de faire remarquer qu'un pareil coup de pouce donné à la chronologie biblique est en définitive , et sous tous lea rapports , une dénégation tout aussi flagrante des textes, que l'est la doctrine de la pluralité des races humaines et de leur permanence.
En lisant d'ailleurs, sans parti pris à l'avance, les premières pages de la Genèse, on arrive à des conclusions très opposées à celles qu'il est reçu d'en tirer, et que l'on enseigne encore officiellement de nos jours.
Chap. IV, 15 «El l'Éternel mit une marque sur Caïn,
• afin que quinconque le trouverait ne le tuât point.
16. «Alors Caïn sortit de devant la face de l'Éternel et habita « au pays de Nod, vers l'orient de l'Héden. »
Qui donc alors pouvait trouver et tuer Caïn, si la terre n'était déjà partiellement peuplée?
Chap. VI, 1. «Or il arriva que quand les hommes eurent « commencé à se multiplier sur la terre et qu'ils eurent en- « gendre des filles ,
2. « Les fils de Dieu voyant que les filles des hommes étaient « belles, en prirent pour leurs femmes
4. « En ce temps-là il y avait des géants sur la terre, et cela a après que les fils de Dieu se furent joints avec les filles des «hommes »
Pour quiconque n'a pas l'esprit prévenu et occupé par un système, il est impossible de lire les versets précédents sans conclure que le récit de la Genèse ne s'applique qu'à une race spéciale, et que l'unité d'origine de l'espèce humaine, bien loin d'y être affirmée , s'y trouve de fait formellement niée.
Les personnes qui s'attachent à la lettre diront sans doute que le déluge a détruit toutes les races autres que celles d'Adam. Mais une semblable assertion avoisine tellement l'enfantillage qu'il n'est plus guère possible d'y répondre qtfè par le sarcasme. Est-il possible d'admettre sérieusement que Noé ait ouvert l'asile de son arche à des carnassiers tels que le lion , le tigre, l'ours gris des prairies, qui en un seul jour eussent dévoré tous les autres réfugiés? Et cependant ces animaux ont survécu au déluge ; les races d'hommes déjà éparses sur la terre ont donc pu y survivre aussi. Air point de vue scientifique et sérieux où nous devons rester ici , nous savons aujourd'hui que le déluge de Noé n'est qu'un phénomène tout à fait local, et par conséquent une destruction partielle.
Quand tous les hommes seraient d'une même race, quand