LIVRE V, CHAPITRE IV
tous seraient de notre race privilégiée, qui semble appelée à dominer et, hélas ! à détruire toutes les autres , il serait encore puéril de soutenir qu'ils dérivent d'une paire unique. Et, répétons-le , cette unité n'est pas plus affirmée dans l'Écriture sainte que ne l'est l'immobilité de la terre, par exemple. Disons-le en passant, maïs disons-le bien haut, on ne peut être qu'indigné en se rappelant les atroces cruautés exercées à plusieurs reprises par les diverses Églises chrétiennes , au nom de textes qu'un enfant saurait interpréter dans leur vrai sens, si on l'en laissait libre !
Quant aux naturalistes qui , par un sentiment des plus ho-» norables d'ailleurs, soutiennent l'unité d'origine de l'espèce humaine, pour défendre les droits si longtemps méconnus des races inférieures à la nôtre , nous leur dirons : la fraternité humaine , que l'on a tant de fois parodiée à force de parler en son nom, ressort de l'identité de nature du principe animique dévolu à toute l'espèce humaine , et non d'une parenté d'individus , réfutée par les faits et parfaitement inutile au fond. Si l'unité d'origine des diverses races actuelles est fort contestable , l'unité de l'espèce humaine ne l'est à aucun titre, et c'est sur cette unité-là que repose notre loi morale. C'est ce que nous montrerons bientôt sous la forme la plus accentuée. Tout livre de science naturelle implique des conséquences philosophiques : nous n'aurons point à renier la morale qui découle du nôtre.
Les éléments animiques considérés dans leur origine et dans
leur succession.
En résumant les deux paragraphes précédents : 1° Quant aux générations appelées spontanées, nous dirons :
« Si elles sont possibles , elles sont du moins limitées à un a cercle de phénomènes très restreint. Et de leur possibilité € dans ce cercle , on ne serait nullement en droit pour le moa ment d'inférer quoi que ce soit quant à l'histoire de l'appa- « rition de la vie sur notre terre.
2° Quant aux transformations illimitées des espèces, nous dirons :
« Dans l'état actuel de la science , rien absolument ne nous « autorise à en affirmer la possibilité, même comme phéno- « mènes de laboratoire , c'est-à-dire comme phénomènes pro- « voqués violemment par l'action d'agents spéciaux employés «méthodiquement. Et si du laboratoire nous nous transpor- « tons dans le domaine de la nature , si nous faisons de l'his- « toire et non des expériences , rien ne nous autorise à croire « qu'une espèce proprement dite se soit jamais transformée « en une autre sous l'action des agents externes ; rien même « ne nous autorise à croire que les diverses races d'une même « espèce , les diverses races humaines aujourd'hui existantes « entre autres , aient jamais été modifiées autrement que par « des mélanges , des fusions entre les races primitivement dis- € tinctes. »
En un mot donc , la doctrine des créations oontinues d'organismes dans l'univers animé, si elle est vraie, est, en ce moment , moins en harmonie avec les faits démontrés que la doctrine des créations intermittentes.
Disons-le cependant, il s'agit ici d'un des problèmes les plus difficiles qui se puissent présenter à la science. D'un moment à l'autre , la découverte de nouveaux faits , l'emploi de méthodes d'investigation plus enharmonie avec l' ensemble des faits , peuvent venir changer du tout au tout la solution regardée comme la plus correcte. Un seul exemple bien positif de génération spontanée ou de transformation d'espèce suffirait pour mettre en suspicion la valeur de tous les arguments de la doctrine contraire. Si une synthèse relative à la